Le monde a perdu ses élections

Oh, say! can you see… Oui, le monde entier a vu ce qui s’est produit mardi soir. Plus de 57 millions d’Américains ont voté pour Donald Trump, lui donnant du même coup les clefs de la Maison-Blanche. Ceux-ci ont en même temps offert un pied de nez aux élites politiques, économiques et médiatiques de leur pays, mais aussi au reste de la planète.

Donald Trump a été élu président des États-Unis d’Amérique. Cette phrase, encore inimaginable il y a quelques semaines à peine, est devenue réalité. Un menteur, ignorant, raciste, intimidateur et misogyne a été élu à la tête de la plus grande puissance de la planète.

Du même coup, il a brisé le rêve d’Hillary Clinton de devenir la première présidente des États-Unis. Les Américains avaient élu à deux reprises une personne de race noire à ce poste. Mais il semble que c’était trop leur demander d’élire une femme.

Remarquez, tant les Néo-Brunswickois que les autres Canadiens n’ont pas de leçons à offrir au peuple américain là-dessus. Nous continuons à tous les niveaux de gouvernements de surtout élire des hommes blancs. Le Cabinet du premier ministre Brian Gallant ne compte par exemple que trois femmes dont l’influence est somme toute très limitée.

On dit souvent que les électeurs ne se trompent jamais. C’est faux. Ils font parfois erreur, même si leur choix ne peut être remis en question. Et dans ce cas-ci, l’élection de Trump à la présidence montre bien que la vieille maxime de Winston Churchill, voulant que «la démocratie est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres», est encore d’actualité.

Le premier réflexe est de croire que les Américains subiront les conséquences de leur choix et que ce sera bien fait pour eux. En effet, Donald Trump a promis de baisser les impôts des plus riches, de criminaliser l’avortement («il doit y avoir une forme de punition», a-t-il déclaré), de nommer des ultraconservateurs à la Cour suprême et d’enlever à des millions de ses concitoyens leur assurance santé (l’Obamacare).

Mais c’est oublier que l’influence du président des États-Unis se fait sentir à travers le monde. Huit années de présidence sous George W. Bush ont suffi à créer une crise financière sans précédent ainsi qu’à provoquer une guerre en Irak sous de faux prétextes, laquelle a ensuite mené à la fondation du groupe terroriste Daech.

À court terme, l’élection de Trump signifie la fin de l’accord de libre-échange transpacifique, dont le Canada est l’un des promoteurs. Il souhaite aussi déchirer l’Accord de libre-échange nord-américain, ce qui risque de provoquer une récession dans notre pays.

Et si vous croyez que le nouveau président sera ouvert à une nouvelle entente qui permettra de continuer d’exporter le bois d’oeuvre des scieries néo-brunswickoises dans son pays, vous rêvez en couleurs.

Donald Trump croit aussi que le réchauffement climatique est une invention des Chinois pour fragiliser l’économie américaine. Il entend donc renier l’historique Accord de Paris et plutôt investir dans les industries fossiles polluantes, en particulier le charbon.

Il a par ailleurs l’intention de relancer le projet d’oléoduc Keystone, qui permettrait de livrer plus de pétrole albertain aux États-Unis et pourrait rendre caduc le projet Énergie Est, sur lequel compte Brian Gallant pour relancer l’économie du N.-B.

Donald Trump a été élu président des États-Unis, mais c’est toute la communauté internationale qui se réveille avec une gueule de bois et qui craint les conséquences.

Plus grave encore, les républicains ont conservé leur majorité au Congrès. Cela signifie que Donald Trump ne fera face à aucune opposition sérieuse pour mettre en place sa vision… et ses lubies. De plus, Trump ne doit rien à personne. Il a littéralement gagné envers et contre tous, y compris même l’establishment de son propre parti.

Tout est en place pour un désastre. Il ne nous reste plus qu’à retenir notre souffle et à passer les quatre (ou même les huit…) prochaines années à essayer de limiter les dégâts.

À ce point-ci, nous ne pouvons qu’espérer que sa campagne n’a été qu’un gigantesque show de boucane. Déjà, dans son discours d’acceptation, Trump était plus rassembleur et moins extrême dans ses propos. L’exercice du pouvoir suffira-t-il à le transformer un tant soit peu?

La politique, dit-on, est l’art du compromis. Qui sait si même Donald Trump ne sera pas obligé d’apprendre cette règle. C’est sans compter qu’il n’a désormais plus besoin du mouvement sur lequel il s’est appuyé pour grimper jusqu’à l’échelon politique suprême. Et nous savons tous comment agit M. Trump avec ceux dont il n’a plus besoin.

Mais en attendant une preuve du contraire, force est de constater que si Donald Trump a triomphé, le monde, lui, a perdu ses élections.