Coup d’éclat… ou d’épée dans l’eau

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a nommé l’ex-ambassadeur américain David Wilkins à titre d’envoyé spécial dans le dossier du bois d’oeuvre. Coup d’éclat ou coup d’épée dans l’eau? Possiblement un peu des deux en fait.

David Wilkins n’est pas n’importe qui. Il a été ambassadeur des États-Unis au Canada de 2005 à 2009. Il avait été nommé à ce poste par le président George W. Bush. Il a donc ses entrées au sein du Parti républicain, lequel est présentement majoritaire tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat des États-Unis. Le président Donald Trump et ses collaborateurs portent les couleurs de cette formation politique.

M. Wilkins a aussi siégé pendant une quinzaine d’années à la Chambre des représentants de son État, la Caroline du Sud. Il est donc bien au fait de la mécanique législative. Il a des contacts à tous les échelons du gouvernement et sait comment en tirer profit.

Il est présentement associé au sein d’un cabinet d’avocat à Washington, où il est devenu lobbyiste. Cela signifie qu’il vend à prix d’or ses accès privilégiés et sa crédibilité dans la capitale américaine.

Il est exactement ce dont le Nouveau-Brunswick a besoin.

Quand le gouvernement provincial a annoncé pour la première fois son intention d’embaucher un négociateur afin de tenter de sauver les meubles dans le dossier du bois d’oeuvre, il y avait une crainte que le premier ministre Brian Gallant mise sur un ancien ministre des Ressources naturelles (préférablement un ami du Parti libéral) ou sur un sous-ministre à la retraite.

En choisissant M. Wilkins, Fredericton démontre son sérieux et sa volonté de défendre convenablement les intérêts des milliers de travailleurs forestiers du Nouveau-Brunswick dont l’emploi est menacé par le spectre d’une nouvelle guerre du bois d’oeuvre.

Vous vous en doutez bien, une telle expertise n’est pas offerte gratuitement au premier venu. Le ministre Roger Melanson a d’abord refusé de faire preuve de transparence et de dire à combien se chiffreront les honoraires de M. Wilkins.

Les vieux réflexes ne se perdent pas de sitôt, même quand il s’agit de fonds publics.

Nous savons aujourd’hui que M. Wilkins sera payé 40 000$ US par mois afin de défendre nos intérêts. Sur un an, cela représente quelque 650 000$ en dollars canadiens. Et ne soyons pas surpris si la facture devait gonfler.

Le problème n’est toutefois pas le salaire de M. Wilkins, mais plutôt le moment de sa nomination.

La famille Irving, on l’a vu, a travaillé en amont. Elle a si bien fait son travail qu’elle s’est vu imposer des tarifs compensateurs de 3,02%, les plus petits du genre au Canada. Toutes les autres entreprises forestières du Nouveau-Brunswick, qui évoluent pourtant dans un environnement semblable, se voient imposer des tarifs rétroactifs punitifs de 19,88%.

Pire, le département du Commerce américain prévoit ajouter des droits antidumping. Pour la toute première fois, le Nouveau-Brunswick risque de ne pas jouir d’une exception, comme ce sera pourtant le cas pour les entreprises des autres provinces de l’Atlantique.

Il nous semble qu’alors que ces décisions étaient en train d’être prises de l’autre côté de la frontière, la présence de David Wilkins nous aurait été très utile. Il est à se demander si son embauche n’intervient pas trop tard dans le processus.

Il reste aussi à découvrir à quel point il sera en mesure de jouer un rôle crucial dans la partie qui est en train de se jouer. Après tout, M. Wilkins ne sera pas à la table des négociations. Ce rôle revient aux représentants du gouvernement du Canada.

Tout ce que l’ancien ambassadeur peut faire, c’est d’essayer de convaincre des décideurs américains qu’un conflit du bois d’oeuvre serait néfaste pour nos deux économies et de les pousser à faire pression pour que les entreprises néo-brunswickoises puissent jouir d’un traitement favorable, semblable à celui obtenu par J.D. Irving.

Un grand défi en perspective.

Fredericton a joué d’imprudence dans le dossier du bois d’oeuvre au cours des dernières années. Ses décisions maladroites, en particulier celle d’augmenter depuis 2014 les allocations de coupes de bois sur les terres de la Couronne, sont directement responsables de la situation difficile dans laquelle se trouve notre industrie forestière aujourd’hui, à l’exception notable des Irving.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick tente de réparer les pots cassés. Il a trouvé la personne idéale pour l’aider à réaliser son objectif. À ce point-ci, nous ne pouvons en effet que présumer que si David Wilkins a accepté ce contrat et qu’il impose des honoraires aussi élevés, c’est qu’il croit être capable d’obtenir des résultats concrets.

Espérons simplement qu’il ne soit pas trop tard et que le nouvel envoyé spécial sera à la hauteur de sa réputation.