Un chef présentable

Les conservateurs fédéraux se sont donné un nouveau chef, samedi soir. Surprise, ce n’est pas Maxime Bernier qui a remporté la palme, mais plutôt Andrew Scheer, qui est relativement peu connu de la population. Quel impact son élection aura-t-il au Nouveau-Brunswick?

Le choix des militants conservateurs réunis à Toronto est aussi intéressant que celui qu’ils n’ont pas fait. La candidate Kellie Leitch, par exemple, était sortie de l’anonymat avec sa proposition d’imposer un test des valeurs aux immigrants. Elle a dû se contenter d’une humiliante défaite. Sa campagne aura finalement été à l’image de celle de Jake Stewart pour la succession de David Alward au Nouveau-Brunswick: beaucoup de bruit pour pas grand-chose.

Celui qui s’était imposé en tant que favori au milieu de la campagne au leadership, Maxime Bernier, a finalement coulé en raison de l’extravagance de ses positions.

Mad Max a proposé de réduire le financement de Radio-Canada, de cesser de subventionner les multinationales en général et Bombardier en particulier, d’imposer un régime minceur au gouvernement fédéral, de privatiser Poste Canada et de mettre fin au système de gestion de l’offre.

À un certain moment, trop c’est trop. Les militants ont préféré se tourner vers un visage plus présentable. Et surtout, ne pas aller vers l’inconnu.

Stephen Harper était député en Alberta, tout comme celle qui lui a succédé sur une base intérimaire, Rona Ambrose. Le nouveau chef est quant à lui basé en Saskatchewan.

Les racines du Parti conservateur du Canada restent donc fermement plantées dans les terres de l’Ouest canadien.

Depuis son élection, de nombreux observateurs ont rappelé que M. Scheer a été surnommé «Harper 2.0 avec un sourire», une façon de dire qu’il représente la continuité. Tout comme l’ancien premier ministre, M. Scheer est bilingue et a bonne presse auprès de la droite religieuse conservatrice. Il s’est opposé au mariage gai, à la légalisation de la marijuana tandis que sa position antiavortement est bien connue.

Il n’a toutefois pas fait campagne là-dessus.

Il a plutôt insisté sur sa volonté de réduire les impôts, de s’attaquer à la dette nationale et d’éliminer la taxe sur le carbone que s’apprête à imposer le gouvernement libéral. Il veut aussi améliorer l’accès aux armes à feu.

À 38 ans, il est aussi considéré comme un jeune politicien, ce qui lui permettra de ne pas trop souffrir de la comparaison devant le charismatique Justin Trudeau.

Stephen Harper a gouverné pendant 10 ans. Avec Andrew Scheer, les conservateurs croient avoir trouvé quelqu’un qui lui ressemble suffisamment pour répéter ses exploits passés. Y parviendra-t-il?

Ça reste à voir.

L’ère Harper, après tout, s’est terminée abruptement. On ne peut pas seulement attribuer sa défaite à l’usure du pouvoir. La population a choisi une autre voie, celle d’un gouvernement plus vert, plus féministe et surtout plus dépensier. Les déficits budgétaires ne sont plus considérés comme une hérésie.

Nulle part ce changement n’a été autant ressenti qu’au Nouveau-Brunswick. De 2011 à 2015, huit des dix circonscriptions de notre province ont été occupées par les conservateurs. Elles sont désormais toutes libérales, comme c’est le cas aussi dans les trois autres provinces de l’Atlantique.

Pas certain que l’arrivée d’un Harper 2.0, même avec un sourire, sera suffisante pour renverser la vapeur dans notre coin de pays.

Néanmoins, il faut reconnaître la sagesse des militants qui ont choisi un candidat qu’ils jugent rassembleur. Andrew Scheer a occupé le poste de président du Parlement de 2011 à 2015. Cela signifie qu’il n’a pas à traîner sur son dos les bagages du gouvernement Harper. Il peut être considéré comme une nouvelle voix.

De plus, en nommant un chef bilingue, ils évitent de couper les ponts avec la minorité francophone.

Pour peu qu’il joue bien ses cartes et qu’il ne laisse pas la droite religieuse – en partie responsable de sa victoire – imposer son agenda, il pourrait surprendre.

M. Scheer a aussi été capable de créer des liens avec les conservateurs du Nouveau-Brunswick. Il a obtenu samedi au premier tour l’appui de 22,58% des militants originaires de notre province, un score supérieur à celui de Maxime Bernier et de tous les autres candidats. Cela fait du Nouveau-Brunswick l’une des trois juridictions (avec l’Île-du-Prince-Édouard et la Saskatchewan) a avoir misé en partant sur M. Scheer. Au dernier tour, il était rendu à 60,33%, une performance bien supérieure à celle obtenue en moyenne dans les autres provinces.

Le nouveau chef possède aussi quelques appuis au sein de la députation provinciale, dont Jeff Carr. Celui-ci a expliqué dans nos pages, en janvier, que M. Scheer est sensible aux problèmes du Nouveau-Brunswick parce que la Saskatchewan a aussi été un parent pauvre de la Confédération avant de mieux développer ses ressources naturelles. «Il comprend la position dans laquelle se retrouvent les Maritimes.»

L’avenir nous dira si Jeff Carr a raison. Pour le moment, le premier ministre Brian Gallant a trouvé en Justin Trudeau un partenaire fiable. Voyons maintenant si le chef de l’opposition Blaine Higgs – dont le chef de cabinet Dominic Cardy a appuyé Maxime Bernier – sera un jour en mesure d’en dire autant d’Andrew Scheer.