Le décevant discours de Barack Obama

Le discours de Barack Obama à Montréal était accompagné de grandes attentes. Qu’allait dire l’ancien président américain en ces temps troubles? Il a finalement abordé des thèmes qui lui sont chers, comme l’ouverture, l’environnement et l’espoir. Malgré tout, il ressort de cette conférence une odeur d’occasion manquée.

La présence de Barack Obama au Canada était un événement important. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui était l’hôtesse de l’événement, avait bien pris soin de préciser que le grand homme politique avait carte blanche.

Cela a soulevé toute sorte de spéculations. L’ex-président proposerait-il au Canada de jouer un rôle plus important sur la scène internationale? Livrerait-il un plaidoyer en faveur du libre-échange? Condamnerait-il les politiques de son successeur Donald Trump, lequel ne s’est pas gêné dans les derniers mois pour le critiquer?

Certains avaient même rappelé que c’est dans une occasion semblable, au Missouri (États-Unis), que l’ancien premier ministre britannique Winston Churchill avait livré, après sa défaite électorale de 1945, son fameux discours dans lequel il avait prévenu le monde de la menace du rideau de fer qui était en train de naître entre les blocs soviétique et occidental.

Bref, la table était mise.

Malheureusement, le «discours de Montréal» ne passera pas à l’histoire. Plusieurs retiendront la phrase clef de son allocution, soit que «nous devons remplacer la peur par l’espoir», mais disons qu’elle a fort peu de chances de devenir un cri de ralliement à travers le monde.

Ça n’enlève rien à la qualité de la prestation de M. Obama. Il est un excellent orateur. Cependant, force est de constater qu’il s’est surtout contenté d’énoncer de bonnes intentions, sans trop tomber dans le concret.

Il a prôné l’ouverture des frontières et appelé à la protection des plus faibles contre les trop puissants. Il a dénoncé le retrait de l’administration Trump (dont il n’a jamais prononcé le nom) de l’Accord de Paris, mais tout en précisant que les entreprises américaines ne reculeraient pas sur leurs engagements. Il a encouragé l’ouverture à l’immigration.

Tout cela est bien. Mais nous aurions espéré plus de celui qui a incarné l’espoir, au point de mériter le prix Nobel de la paix peu après son arrivée à la Maison-Blanche.

L’animatrice et femme d’affaires Sophie Brochu lui a même dit que le monde a un «besoin urgent» de sa vision et de son leadership, mais M. Obama semblait bien peu enclin à les lui offrir.

Il manquait surtout de «comment» dans son discours. Par exemple, il a affirmé que l’avenir n’appartient pas aux hommes forts, mais à ceux qui défendent les valeurs libérales et les droits de la personne. Il a précisé que le monde est à un point de bascule, mais qu’il est possible de sauver l’ordre mondial actuel. Il a appelé à moderniser le filet social et même fait un appel à l’action. «Nous ne pouvons pas rester immobiles.»

De belles phrases qui sont tout ce qu’il y a de plus inspirantes. Malheureu­sement, elles risquent de ne pas résonner bien fort à l’extérieur du circuit des conférences.

En fait, il a plutôt laissé l’impression d’avoir livré une prestation standard, semblable à toutes les autres qu’il offrira aux États-Unis dans les prochaines années. Il a toutefois pris soin de saupoudrer ici et là des références à Montréal et au Canada, recueillant chaque fois des applaudissements bien nourris.

Il faut dire qu’en refusant de parler directement de son successeur Donald Trump, l’ancien président démocrate se condamne à énoncer des généralités. M. Trump, par ses déclarations intempestives, ses coups de gueule et ses actions qui vont à l’encontre des consensus établis,  a pris le contrôle de l’actualité politique américaine.

Difficile, dans ces circonstances, de prendre des positions fermes sans avoir l’air d’être au coeur d’une campagne antiTrump.

Résultat, un grand nombre d’auditeurs ont surtout retenu sa prédiction voulant que ni son épouse Michelle ni ses filles n’allaient un jour se lancer en politique.

Mais pour un Néo-Brunswickois qui souhaitait entendre des conseils sur la façon de s’adapter au nouvel homme fort de Washington, qui rêvait d’un appel au renforcement de l’Accord de libre-échange nord-américain ou simplement qu’il nous montre la voie à suivre, meilleure chance la prochaine fois.

Dans le fond, il s’agissait surtout pour les gens présents au Centre des congrès de Montréal d’une occasion unique d’entendre en personne une personnalité marquante du XXIe siècle parler de l’état du monde d’aujourd’hui. À près de 400$ le billet (et jusqu’à 1500$ sur le marché noir), c’est exactement ce à quoi les spectateurs ont eu droit.

Mais pas beaucoup plus.