Gallant et la constitution: rien à gagner

Parlons un peu de constitution aujourd’hui. Ou plus précisément, de négociations constitutionnelles. Un sujet rébarbatif s’il en est un, mais qui vient d’effectuer un retour dans l’actualité.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, est un ardent fédéraliste. Il a au début du mois présenté sa vision de la place du Québec au sein du Canada à l’intérieur d’un document intitulé Québécois, c’est notre façon d’être Canadiens.

Le document reprend les demandes constitutionnelles historiques du peuple québécois. Il ne s’agit pas d’un document de négociation, mais plutôt d’un appel au dialogue avec l’espoir qu’un jour, le fruit soit mûr pour préparer l’adhésion du Québec à la Loi constitutionnelle de 1982.

La constitution du Canada a été signée par neuf provinces sur dix, en l’absence du Québec. Un traumatisme politique qui a mené en 1995 à un référendum remporté de justesse par les fédéralistes.

Entretemps, deux rondes constitutionnelles, celle du Lac-Meech et celle de Charlottetown, ont eu lieu dans l’espoir d’obtenir la signature du Québec. Elles se sont soldées par des échecs.

Le premier ministre Couillard savait fort bien que sa tentative d’intéresser le reste de la classe politique canadienne à d’éventuelles discussions constitutionnelles était vouée à un échec. Même lui a toutefois dû être surpris de la réaction de son homologue fédéral Justin Trudeau qui, sans même lire le document québécois, a rejeté son contenu. «On n’ouvre pas la Constitution», a-t-il dit.

L’Alberta a suivi en disant ne pas être intéressée. L’Ontario a déclaré privilégier le renforcement de ses relations avec le Québec. Et le toujours pas très subtil Brad Wall, premier ministre de la Saskatchewan, a déclaré que le cas échéant, il faudrait aussi aborder la question du programme de péréquation, qu’il juge trop généreux.

Au Nouveau-Brunswick, la réponse a été aussi claire. Le premier ministre Brian Gallant a affirmé que son gouvernement est concentré sur l’économie, l’éducation et la santé. «Dans ce contexte, la réforme constitutionnelle n’est pas une priorité», a-t-il tranché.

Avec raison.

On l’oublie parfois, mais l’absence de signature d’un représentant de la province du Québec n’a aucune conséquence juridique. La constitution et la Charte canadienne des droits et libertés qui l’accompagne sont en vigueur autant au Québec que dans les autres provinces.

Elle a aussi été amendée plusieurs fois. Depuis l’enchâssement de l’égalité du français et de l’anglais au Nouveau-Brunswick, en 1993, pas moins de sept autres modifications ont été apportées.

Nous sommes plutôt ici sur le terrain miné du symbolisme. L’adoption d’une constitution sans la deuxième province la plus populeuse, la seule dont la majorité des citoyens ont le français comme langue maternelle, est gênante.

Mais même ce symbole perd de son poids avec le passage des années. Les négociations du Lac-Meech ont débuté en 1987, soit à peine cinq ans après le rapatriement. Charlottetown a été rejeté par référendum en 1992 – une petite décennie après «la Nuit des longs couteaux».

Nous sommes aujourd’hui en 2017. Trente-cinq années ont passé. Les déchirures d’antan ne sont plus aussi douloureuses. Personne ne veut toutefois les raviver, d’où en partie ce rejet d’une relance de négociations constitutionnelles.

Le Parti québécois – qui a rejeté les accords de 1982, du Lac-Meech et de Charlottetown – essaie déjà de faire un peu de millage sur la question en affirmant que Justin Trudeau méprise le Québec en refusant de négocier.

Mais dire non à quelqu’un ne signifie pas nécessairement qu’on le méprise. Ça peut simplement vouloir dire que sa proposition ne nous intéresse pas, tout simplement.

C’est le cas au Nouveau-Brunswick. Nous sommes une petite province. Brian Gallant n’exagère pas en affirmant qu’il a d’autres priorités. Les efforts que son gouvernement mettrait dans une nouvelle ronde constitutionnelle ne seraient pas mis ailleurs, sur des enjeux qui touchent de près la population.

C’est sans compter le spectre de la division linguistique qui menace toujours de relever la tête dans notre province. Un récent sondage de Corporate Research Associates confirme l’existence d’une fracture politique sur une base linguistique. Les circonscriptions francophones appuient le Parti libéral, alors que le Parti progressiste-conservateur tire sa force dans le Nouveau-Brunswick anglophone.

Il n’est pas impensable qu’une ronde constitutionnelle puisse réveiller de vieux démons.

Philippe Couillard peut lancer toutes les perches qu’il désire. Brian Gallant, son gouvernement libéral et le Nouveau-Brunswick n’ont rien à gagner à jouer ce jeu.

Ce n’est pas faire preuve de mépris. C’est d’abord penser à nous.