La stratégie du «advienne que pourra»

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick – toutes couleurs politiques confondues – a toujours refusé de prendre le taureau par les cornes dans le dossier des changements climatiques. Des plans d’action sont adoptés, des idées sont lancées, mais au final, très peu d’investissements ou de mesures coercitives sont mis en place pour atteindre les objectifs.

Cette stratégie du «advienne que pourra» a fonctionné jusqu’à un certain point. Dans les années 2000, le Nouveau-Brunswick a pu se targuer d’avoir réduit de beaucoup ses émissions de gaz à effets de serre. La fermeture d’usines (la Smurfit-Stone de Bathurst et l’AbitibiBowater de Dalhousie, pour ne nommer que celles-là) et de centrales thermiques a contribué à nos bons résultats.

Cela n’avait rien à voir avec des considérations environnementales. Les centrales de Coleson Cove et de Dalhousie fonctionneraient peut-être à pleine capacité aujourd’hui si le gouvernement provincial n’avait pas vu son fournisseur attitré d’orimulsion, le Venezuela, lui couper abruptement les vivres.

L’accession de Justin Trudeau au pouvoir à Ottawa a changé la donne. Le gouvernement provincial ne peut plus surfer sur les fermetures passées.

D’abord, l’administration Trudeau a ordonné l’élimination de toutes les centrales au charbon d’ici 2030. Le Nouveau-Brunswick n’en compte qu’une: celle de Belledune. Mais elle joue un rôle vital. Sans Belledune, nos factures seraient plus élevées de 30%.

De plus, Ottawa imposera aussi à compter de l’année prochaine une taxe sur le carbone de 10$ la tonne (50$ à compter de 2022) dans les provinces qui n’ont aucune forme de tarification. Vous vous doutez bien que notre province tombe dans cette catégorie. Frede­ricton s’est engagé à adopter son propre mécanisme pour ne pas avoir à subir celui d’Ottawa.

La vérificatrice générale, Kim MacPherson, s’est penchée sur cet enjeu.

Cette partie de son rapport a reçu moins d’attention que celle qui traite du contrat de 13 millions $ accordé à Ernst & Young, et qui n’aurait permis de dégager que 10 millions $ en économies.

La manière dont a été géré le contrat Ernst & Young est proprement scandaleuse. Son impact financier à long terme sera cependant beaucoup moindre que celui de la lutte contre le réchauffement planétaire. Et la mauvaise nouvelle est que Fredericton n’est pas prêt à relever ce grand défi.

Dans son rapport, la vérificatrice explique que le plan du gouvernement Gallant est flou. Il comprend plusieurs objectifs, mais ils ne sont pas accompagnés d’échéanciers, de financement ou d’un plan de mise en oeuvre.

Bref, nous sommes encore dans le «advienne que pourra».

Le plus surprenant dans le rapport de Mme MacPherson est d’apprendre que Énergie NB n’a pas le moindre objectif précis de réduction de gaz à effet de serre. La société de la Couronne est pourtant l’une des principales émettrices de la province (avec la raffinerie Irving de Saint-Jean).

Nous sommes aussi la seule province qui utilise le charbon pour produire l’électricité à ne pas avoir encore négocié de compromis avec le fédéral pour exploiter cette ressource après 2030.

Pendant ce temps au Québec, le gouvernement a dévoilé un plan qui comprend de la production d’électricité solaire, des subventions au transport vert, l’élimination du charbon, la réduction de la dépendance au pétrole et la consommation énergétique des maisons. Quelque 1,5 milliard $ sera investi dans les trois prochaines années.

Le Québec fait aussi partie de la bourse du carbone avec la Californie. La province ne sera donc pas touchée par la taxe Trudeau.

Du côté néo-brunswickois, nos politiciens jugent (avec raison) que le sujet n’est pas rentable politiquement et électoralement. Les décisions difficiles ont toujours été repoussées. Les entreprises et les automobilistes – lesquels produisent la majorité des gaz à effets de serre – sont encouragés à modifier leurs habitudes de façon volontaire. La carotte avant le bâton. Et encore! La carotte n’est pas particulièrement généreuse… quand il y en a une.

Un exemple parmi tant d’autres. L’achat d’automobiles hybrides ou électriques est officiellement encouragé.

Dans les faits, nous ne disposons toujours pas d’un réseau de bornes de recharge digne de ce nom dans la province. Et contrairement à d’autres juridictions, le gouvernement du N.-B. n’offre pas d’incitatifs financiers à l’achat de véhicules verts. De tels incitatifs sont prévus dans le plan d’action du Nouveau-Brunswick, mais on ne sait pas lesquels, ni quand.

À la longue, cela vient à avoir un impact toujours plus lourd sur notre bilan environnemental collectif. Le manque de leadership des gouvernements provinciaux passés et présent a pour conséquence que l’agenda est désormais dicté par les décisions d’Ottawa.

Nous n’avons que nous à blâmer.