Un peu de compassion, monsieur le ministre

Apprendre d’être atteint du cancer est une horrible nouvelle. Survivre à cette maladie est une raison de célébrer. Mais apprendre qu’il existe une procédure qui vous permettrait de reprendre ensuite une vie normale, mais que celle-ci n’est pas remboursée par le programme d’assurance-maladie est terriblement frustrant. Et triste.

Chaque année, des Néo-Brunswickoises atteintes du cancer du sein doivent subir des traitements difficiles et intrusifs. Leur vie sera transformée à jamais. Chimiothérapie, radiation, opérations chirurgicales et ablation des seins font partie des soins prodigués pour venir à bout de la terrible maladie.

Une fois le cancer éradiqué, plusieurs de ces femmes se retrouvent avec un rappel physique permanent de l’épreuve qu’elles ont vécue. Heureusement, il existe des traitements.

L’un d’eux est la lipogreffe. Il s’agit d’une méthode de reconstruction mammaire. Le chirurgien prélève de la graisse dans une autre partie du corps (par exemple dans l’abdomen ou dans les cuisses) et la réinjecte dans la poitrine pour rétablir l’apparence du sein. En prime, cela renverse les effets de la radiothérapie en redonnant à la peau une apparence plus naturelle. Il y a très peu, sinon pas d’effets secondaires.

Cette opération chirurgicale est couverte au Québec ainsi que dans d’autres provinces. Mais pas au Nouveau-Brunswick.

Bizarrement, les reconstructions mammaires pour des raisons médicales sont couvertes par l’assurance-maladie néo-brunswickoise, mais cela n’inclut pas la technique de lipogreffe. Une sorte d’anomalie administrative qui aurait dû être corrigée depuis longtemps.

Cela n’a pas été le cas. Des milliers de Néo-Brunswickoises se croisent les doigts en espérant que cette décision sera un jour modifiée.

La lipogreffe coûte quelques milliers de dollars à effectuer. Ce n’est pas donné, mais ça ne coûte pas non plus les yeux de la tête. Nous ne parlons pas ici d’un investissement qui mettrait en péril l’équilibre des finances publiques ni l’avenir du programme d’assurance-maladie. Néanmoins, le coût est suffisamment élevé pour rebuter bien des victimes du cancer du sein.

Le Comité des femmes survivantes du cancer et ami.e.s avec sa porte-parole, l’infatigable Fernande Cantin, se bat pour cette cause. Leur frustration est d’autant plus grande qu’elles affirment que le ministre de la Santé, Victor Boudreau, fait preuve de bien peu d’empathie dans ce dossier. Mme Cantin affirme avoir frappé un mur de béton. Elle soutient n’avoir jamais rencontré de sa vie un ministre avec aussi peu d’empathie, et qui souvent ne se donne même pas la peine de répondre à leurs requêtes.

Mis à part le manque de compassion présumé du ministre, il n’est pas anormal que des demandes de financement de soins de la santé prennent du temps à être approuvées… ou rejetées. Les besoins sont infinis alors que les moyens financiers de la province sont limités.

Chaque jour, le ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick reçoit des demandes d’agrandissement d’un hôpital, de remboursements des coûts d’un traitement expérimental aux États-Unis ou d’accès à un nouveau médicament capable d’accomplir des miracles à fort prix. Les fonctionnaires doivent prendre des décisions déchirantes basées sur les faits, la science et, oui, malheureusement, sur la capacité de payer des contribuables.

Néanmoins, nous avons l’impression – à tort ou à raison – qu’il est parfois plus difficile de convaincre le gouvernement provincial d’agir quand il s’agit de soins spécifiques aux femmes.

Il y a eu bien sûr toute la question de l’avortement. Pendant des décennies, Fredericton a limité l’offre et imposé des barrières qu’on ne retrouve nulle part ailleurs pour décourager le plus grand nombre de femmes possible de faire appel à cette procédure pourtant tout à fait légale.

Rappelons aussi le grand combat qui a été mené à compter de 2002 pour convaincre le gouvernement provincial de créer un centre d’excellence pour le traitement du cancer du sein à Moncton. Pendant une décennie, les femmes se sont butées à des portes closes. Le centre a finalement ouvert ses portes en 2015. Personne ne pourrait imaginer aujourd’hui un retour en arrière.

Dans le dossier de la lipogreffe, le ministère de la Santé, après s’être fait tirer l’oreille, a convenu d’examiner la requête.

Il est évident à nos yeux que cette opération sera éventuellement couverte, comme il a toujours été clair que le gouvernement finirait un jour par abattre les obstacles à l’avortement et créer le centre d’excellence du cancer du sein.

La question est toujours la même: combien de temps faudra-t-il avant que nos dirigeants se rendent à l’évidence? Des semaines, des mois ou des années?

La lipogreffe n’est pas qu’une chirurgie esthétique. Ce n’est surtout pas un caprice. C’est un soin réparateur du corps de la femme. «C’est redonner à la femme son estime de soi, sa confiance intérieure d’être encore une femme, son image de soi», pour reprendre les mots de Fernande Cantin.

Allez monsieur le ministre. Faites preuve de compassion et trouvez dans votre budget les fonds pour rembourser cette procédure. Des milliers de femmes ont suffisamment patienté.