Du protectionnisme pur et simple

Tous les étés, des restaurants mobiles font leur apparition dans les villes ou du moins, dans certaines d’entre elles. Des conseils municipaux imposent des barrières dans le but de les tenir au loin.

La plupart d’entre nous trouvons ridicule que le gouvernement provincial impose des limites d’importation d’alcool en provenance des autres provinces.

Alors, pourquoi serait-il plus acceptable que des Néo-Brunswickois se voient interdire de gagner leur croûte dans certaines villes?

Les camions-restaurants, ces fameux food trucks, se déplacent surtout lors de festivals. Les touristes assistent à un spectacle à l’extérieur ou amènent les enfants sauter dans les jeux gonflables. Et quand toute la famille commence à avoir faim, elle se dirige vers les restaurants mobiles qui se sont installés dans le coin pendant les festivités.

Ces entrepreneurs ne veulent pas limiter leurs activités à quelques jours par année. Certains font donc la tournée de la province et s’arrêtent où ils pensent attirer un maximum de clients.

C’est le concept de l’offre et de la demande. Il n’y a rien là d’exceptionnel.

Mais voilà, des élus municipaux froncent les sourcils devant ces camions-restos de plus en plus nombreux. Ils craignent une concurrence déloyale à l’endroit des commerces établis dans la communauté.

Il faut dire que ces cantines mobiles ont affiné leur menu. Terminée l’époque où elles se contentaient de vendre des patates frites, des hot-dogs et des boissons gazeuses. Elles offrent aujourd’hui une variété de produits qu’on ne retrouve pas nécessairement dans les plus petites communautés qu’elles visitent.

Cette concurrence est parfois vue d’un mauvais oeil. Le cas le plus extrême est celui de la Ville de Campbellton, qui impose présentement des frais de 500$ l’heure à cette industrie. La personne qui a mis au point cette règle, il y a une douzaine d’années, n’a évidemment jamais cru que cela créerait une vache à lait. L’objectif était d’interdire la présence des vendeurs itinérants sans le faire officiellement.

Mission accomplie! Ceux-ci se tiennent désormais loin de la cité restigouchoise. Les critiques ont toutefois été nombreuses depuis que l’Acadie Nouvelle a dévoilé l’état de la situation plus tôt cet été, si bien que la Ville reconnaît qu’elle est allée trop loin et songe à larguer un peu de lest.

La plupart du temps, ces règlements sont imposés à la suite de pressions des commerçants. Chaque région ou ville d’importance compte sa Chambre de commerce ou sur une société de promotion du centre-ville. Celles-ci font campagne en faveur de «l’achat local». Elles tentent de convaincre la population d’acheter dans les commerces de proximité plutôt que de se rendre dans les grands centres ou de commander par internet.

Elles ne peuvent empêcher un citoyen de rouler 300 km en direction de Place Champlain à Dieppe. Elles peuvent par contre convaincre les élus de limiter la présence des commerces mobiles, tels que les camions-restaurants, les vendeurs itinérants ou de voitures d’occasion, etc.

Il ne s’agit ni plus ni moins de protectionnisme, un peu comme le font les Américains avec leurs «Buy American acts» ou en imposant des taxes punitives à nos entreprises forestières.

Il est vrai que ces restos mobiles ne paient pas d’impôt foncier. Mais ils n’ont pas accès aux services (eau, égouts), en plus d’être exposés aux caprices de Dame nature.

Le problème, c’est que les élus municipaux agissent sans avoir toutes les données. Aucune étude publique ne démontre qu’un restaurant local fermera ses portes si les camions-restos arrivent en trop grand nombre dans la communauté pendant un long week-end.

Ils semblent plutôt réagir en fonction d’événements anecdotiques. Il suffit que quelques restaurateurs se plaignent que leurs tables sont vides pendant une chaude journée de juillet, alors qu’au même moment, des gens font la file devant une cantine mobile, pour qu’une municipalité intervienne.

La cause à effet n’est pourtant pas si simple à démontrer. Le citoyen qui décide à la dernière minute de manger un fish n’ chips à l’extérieur n’aurait pas nécessairement, dans d’autres circonstances, été s’enfermer dans un restaurant.

Personne ne veut enlever aux élus le droit de réglementer cette industrie. Il est normal d’imposer des permis, des normes et même des lieux où les restaurateurs mobiles peuvent s’installer.

Cela doit toutefois être fait de façon raisonnable. Les Néo-Brunswickois qui parcourent la province pour vendre leurs plats ne devraient pas faire face à des barrières tarifaires punitives dans leur propre province.

Ultimement, c’est le client qui a toujours raison. Les élus municipaux n’ont pas à lui dicter par leurs décisions où il peut manger et où il ne le peut pas.