Se droguer à quel âge et à quel prix?

Il reste un peu moins d’une année avant que la vente et la consommation de cannabis à des fins récréatives soient légalisées au Canada. Il n’y a pas de temps à perdre.

Les derniers mois nous ont appris que c’est une chose de légaliser la marijuana, mais que c’en est une autre de déterminer comment le faire. Plusieurs questions – dont certaines se retrouvent dans le titre de cet éditorial – doivent encore trouver réponse.

Vendre où? La marijuana sera bientôt légalisée, soit. L’un des objectifs étant de sortir le crime organisé de ce lucratif marché, il faudra que ce produit soit disponible ailleurs que sur le marché illicite.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick devra bientôt décider à quel point cette drogue sera accessible. Par exemple, le produit sera-t-il disponible dans des cafés spécialisés et détenteurs d’une licence?

À moins que Fredericton choisisse de se réserver le monopole de la vente, comme il le fait déjà avec les boissons alcoolisées.

Cela signifie qu’il ne serait possible d’acheter son joint que dans les succursales d’Alcool NB, à moins de mettre en place un réseau parallèle.

Une autre voie à l’étude est d’accorder aux pharmacies le droit de vendre de la marijuana à des fins médicinales. Cela aurait l’avantage de faciliter la vie aux clients (il y a des pharmacies à peu près partout) tout en donnant à ceux-ci un accès direct aux conseils d’un professionnel.

Comment les policiers s’adapteront-ils? Afin de mieux faire avaler la pilule de la légalisation, le gouvernement Trudeau a promis qu’elle s’accompagnera de lois plus sévères. Celles-ci viseront en particulier les automobilistes qui conduiront avec les facultés affaiblies ainsi que les revendeurs qui visent les endroits où on retrouve les jeunes (notamment les cours d’école). Les corps policiers testent déjà de l’équipement dernier cri en matière de dépistage des drogues.

Surtout, des études scientifiques démontrent que des traces résident dans le sang des fumeurs réguliers pendant de longues périodes. Conséquence du plan des libéraux dans sa forme actuelle, une personne qui fume quotidiennement son joint à des fins thérapeutiques n’aurait techniquement plus le droit de conduire son automobile, même plusieurs jours après avoir inhalé.

À quel âge? C’est la question qui soulève le plus les passions. Ottawa a décrété que 18 ans sera l’âge minimum, mais laisse aux provinces la permission d’imposer un âge plus élevé, comme certaines le font déjà pour l’alcool.

Fredericton semble pencher pour imposer 19 ans comme âge limite. La Société canadienne du cancer et la Société médicale du N.-B. croient plutôt que ce devrait être 25 ans, soit l’âge à partir duquel la consommation aurait un moins grand impact sur le développement du cerveau. Les médecins reconnaissent toutefois qu’il n’y a aucune chance que les gouvernements se rangent à cette proposition, et proposent un compromis (21 ans).

Au-delà de ces considérations, la réglementation doit aussi s’arrimer à la réalité. Environ 25% des personnes arrêtées pour un crime en lien avec la marijuana sont âgés de 15 à 19 ans, a fait remarquer dans nos pages Norman Bossé, défenseur des enfants, de la jeunesse et des aînés. Une situation qui est toutefois appelée à évoluer, puisque la possession simple sera décriminalisée pour les jeunes âgés de moins de 18 ans.

Néanmoins, l’imposition d’un âge limite trop élevé qui serait accompagné de mesures de répression plus sévères pourrait avoir pour conséquence de voir un nombre disproportionné de fumeurs âgés de 18, de 19 ou de 20 ans arpenter les couloirs des palais de justice.

Est-ce bien ce que nous voulons?

Coûts financiers et sociaux. Nous avons à peine entrepris la discussion sur les coûts financiers et sociaux qui accompagneront la légalisation. Si les cigarettes rapportent des millions de dollars en revenus de taxation, nous savons qu’elles coûtent aussi très cher en soins de santé. Qu’en sera-t-il pour la marijuana?

D’autres coûts, notamment en matière de sécurité publique, seront plutôt partagés par les municipalités. Comment seront-elles dédommagées?

Le dossier se complexifie davantage quand on sait que le gouvernement du Nouveau-Brunswick a établi la culture de la marijuana comme ayant un fort potentiel de création d’emplois et de croissance économique.

La légalisation de la marijuana est une vision progressiste et séduisante. Elle vient cependant avec de lourdes responsabilités. Les enjeux de santé et de sécurité publique sont trop importants pour laisser un excès d’enthousiasme nous laisser commettre des erreurs qui auront encore un impact des décennies plus tard.

Le gouvernement provincial a choisi la bonne voie en organisant des consultations publiques afin d’obtenir autant l’avis de la population que celui des professionnels de la santé.

Le plus dur reste toutefois à faire.