Moncton High: éviter le pire

L’ancienne école Moncton High a été vendue au secteur privé pour la somme de 1 million $. Ce faisant, le pire a été évité, tant pour la survie du magnifique édifice que pour l’avenir de la bibliothèque municipale ainsi que pour les contribuables.

Le gouvernement du N.-B. a vendu l’ancienne école ainsi qu’une partie de son terrain d’athlétisme à Heritage Developments, qui souhaite en faire un centre culturel. L’entreprise de Moncton a participé par le passé à la restauration d’édifices historiques, notamment le Théâtre Capitol et la Place Héritage. Cela augure bien.

Notons aussi que le gouvernement a obtenu 1 million $ dans la transaction, soit le prix de vente annoncé dès 2014. C’est une agréable surprise pour les contribuables qui aurait pu s’attendre à ce que la bâtisse soit échangée contre un dollar symbolique.

Bien sûr, un édifice de cette importance vaudrait normalement sur le marché beaucoup plus. Mais ce serait oublier qu’il est dans un piètre état, au point où Fredericton a préféré construire une nouvelle polyvalente au coût de 34 millions $ dans un quartier cossu plutôt que de se lancer dans de coûteuses rénovations. Dans ces circonstances, un retour de 1 million $ est inespéré.

Par ailleurs, l’annonce de mardi est intéressante sur plusieurs fronts.

D’abord, elle assure la survie d’un édifice patrimonial important au coeur des résidants de Moncton. Il aurait été dommage de voir un endroit à l’architecture aussi majestueuse tomber bêtement sous le pic des démolisseurs. Ce n’est pas comme si la ville regorgeait de lieux de ce type…

Le pire a donc été évité. Mais pas seulement en ce qui a trait à l’intégrité physique de l’ancienne polyvalente.

Le projet d’y déménager la bibliothèque publique de Moncton a été écarté. Nous avions dénoncé cette proposition coûteuse en éditorial. Le déménagement aurait servi la vision des promoteurs de la sauvegarde de Moncton High, mais ne favorisait en rien les intérêts de ses usagers.

L’idée est désormais envoyée aux oubliettes et elle y restera. C’est parfait ainsi.

La bâtisse est sauvée, la bibliothèque est protégée et les contribuables n’y laisseront pas leur chemise. Tout est beau en apparence. Néanmoins, des questions demeurent sans réponse.

Le diable est dans les détails, dit-on. Et malheureusement, tant le gouvernement Gallant que Heritage Developments sont avares sur ce qu’on retrouvera dans ce nouveau centre des arts et de la culture.

On sait déjà que le Ballet-théâtre Atlantique du Canada, qui est à l’étroit dans ses locaux actuels, salive à l’idée de déménager dans Moncton High et de profiter de son auditorium de 1200 sièges. Mais sa présence ne sera pas suffisante pour rentabiliser le tout.

Les promoteurs ont annoncé qu’ils loueront le gymnase à des organismes sans but lucratif de la communauté. Mais nous sommes encore bien loin d’un plan d’affaires.

Par exemple, le projet original de MH Renaissance prévoyait de réaménager l’ancien établissement scolaire au coût de 21,3 millions $. Pour y arriver, elle réclamait pas moins de 9,3 millions $ des gouvernements. Cela comprenait le loyer de la bibliothèque, mais aussi le souhait que la province loue des bureaux administratifs.

Sans la bibliothèque, on devine que le trou financier est encore plus profond. Fredericton sera-t-il appelé à le combler?

La question est cruciale, et pas seulement du point de vue des contribuables. En injectant des millions de dollars dans le projet, que ce soit en frais de location ou avec des subventions, le gouvernement se retrouverait à nuire à d’autres organisations qui verront naître de la concurrence sous leurs yeux.

Ce n’est pas comme s’il n’existait pas de lieux culturels à Moncton. Le centre Aberdeen est situé à quelques jets de pierre. Il est déjà un endroit privilégié pour les arts, en plus de compter sur les revenus de location d’entreprises et d’organismes sans but lucratif… un peu comme le prévoit le projet de Heritage Development. On retrouve aussi à Dieppe un Centre des arts et de la culture.

Les organismes culturels se battent déjà pour avoir leur part de fonds publics.

Le Théâtre Capitol a vu Moncton réduire de 50 000$ sa subvention annuelle l’an dernier. Sistema, qui enseigne la musique auprès des jeunes, a perdu 25 000$ de la même manière. Le Centre culturel Aberdeen avait réclamé un maigre 5000$ de plus. En vain.

Tout le monde souhaite obtenir une plus grande part de la tarte des subventions publiques, mais la concurrence est grande. L’arrivée d’un nouveau joueur ne doit surtout pas fragiliser les autres organismes qui jouent un rôle crucial, en particulier sur la scène culturelle acadienne de Moncton.

Les gouvernements devront en tenir compte avant de verser des millions dans Moncton High, si telle est leur intention.