Constat d’échec

Les plus récentes données du recensement de 2016 ont été dévoilées cette semaine. Le français recule partout au Canada, y compris en Acadie. Ce n’est pas une surprise. Les solutions ne pleuvent pas.

La tendance est lourde et ne se renversera pas de sitôt. Partout, le français en tant que langue maternelle perd du terrain.

Au Nouveau-Brunswick, nous avions l’habitude de dire que plus ou moins un tiers de la population (33%) est francophone. Nous sommes maintenant plus près du 30%. Les chiffres ne mentent pas. Un jour, ce sera 25% ou 20%.

Le temps n’est toutefois pas encore venu de hisser le drapeau blanc. En cinq ans, la population de langue française de la province est passée de 235 695 citoyens à 232 950. C’est une diminution notable (-1,2%), mais ce n’est pas non plus la saignée. Il est encore possible de vivre en français au Nouveau-Brunswick. Notre langue n’a pas atteint un statut folklorique. Elle est parlée tous les jours, pas seulement baragouinée le 15 août.

Parmi les chiffres les plus intéressants, notons que le taux de bilinguisme, qui avait décliné de 2006 à 2011 dans la province, a augmenté. Quelque 250 460 Néo-Brunswickois peuvent s’exprimer dans l’une ou l’autre des deux langues officielles, soit 4570 personnes de plus qu’il y a cinq ans. C’est le plus haut total de l’histoire de la province.

Néanmoins, des bémols s’imposent là aussi. Oui, le groupe comprend des unilingues anglophones qui ont choisi d’apprendre l’autre langue. Mais il est aussi un reflet d’une réalité, celles de milliers de francophones qui ont quitté leur région homogène acadienne pour s’établir dans des centres urbains où l’anglais est dominant.

Bref, le portrait n’est pas rose. Il s’inscrit aussi dans une tendance nationale. Toutes les régions francophones du Canada, en particulier (mais pas uniquement) celles à l’extérieur du Québec, font face à des défis semblables.

Les symptômes ont été identifiés depuis longtemps. La dénatalité, l’assimilation, l’immigration qui se fait surtout en anglais et l’exode des communautés rurales (qui affecte beaucoup les petites localités francophones) peuvent tous être montrés du doigt.

Le problème est que personne ne sait exactement quoi faire pour endiguer ce problème. «Pour qu’on puisse continuer à parler de dualité dans 15, 20 ou 30 ans, il faut donner aujourd’hui un coup de barre majeur», a déclaré le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne. On veut bien. Mais lequel? Et comment s’y prendre?

Cela représente aussi un constat d’échec pour nos gouvernements, dont les politiques lingustiques n’ont pas atteint les objectifs visés. Les libéraux fédéraux ont adopté un plan de 810 millions $ sur cinq ans en 2003. Les conservateurs ont suivi avec un plan d’action de cinq ans, cette fois au coût de 1,1 milliard $, à la suite de consultations publiques menées par l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Bernard Lord.

Ces visions ont été applaudies à l’époque, mais qui peut dire aujourd’hui qu’elles ont résolu les principaux défis auxquels nous faisons face? Surtout, peut-on espérer que la ministre actuelle du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, qui prépare à son tour une politique, obtiendra plus de résultats que ses prédécesseurs?

Est-il même possible de complètement renverser la vapeur et de voir le nombre de francophones grandir à nouveau? Peut-être. Et peut-être pas. Mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras.

Les chantiers sont nombreux, en commençant par augmenter le nombre d’immigrants qui s’intègrent à la communauté francophone. L’Université de Moncton et le CCNB accueillent de plus en plus d’étudiants internationaux. Fait-on suffisamment d’efforts pour que ces travailleurs qualifiés et déjà adaptés à notre culture demeurent dans notre province après leurs études?

Il faut revitaliser l’économie de nos régions acadiennes afin de non seulement ralentir l’exode, mais aussi séduire plus de nouveaux arrivants. Faudrait-il créer un ministère des régions, qui aurait le mandat de mettre en place une politique de développement en milieu rural?

Sans oublier qu’une politique de natalité digne de ce nom ne serait pas de trop.

Pour y arriver, cela prendra beaucoup de leadership, tant chez nos élus qu’au sein de la société civile, où trop d’efforts ont été consacrés dans les dernières années dans de vaines luttes de pouvoir, au détriment des enjeux les plus importants.

Même Statistique Canada a un rôle à jouer. L’agence doit absolument s’engager à modifier ses questions afin d’avoir un meilleur aperçu de la population francophone.

Le Nouveau-Brunswick ne deviendra pas unilingue anglais demain matin. Les Acadiens y sont encore trop nombreux – avec des institutions et une langue qui rayonnent – et sont protégés par des droits acquis de haute lutte.

Mais le déclin de notre langue a des conséquences.

Nous perdons des services, des palais de justice, des écoles… Des hôpitaux sont menacés de fermeture. N’attendons pas d’être incapables d’utiliser notre langue dans la sphère publique avant de nous interroger sur notre avenir.