Sauvée, tant que nous y mettrons les efforts

La cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption de Moncton revient de loin. Menacée au tournant de la décennie d’être fermée, vendue et même démolie, voilà qu’elle obtient la désignation de monument historique national. Désormais mieux protégée, cela ne signifie toutefois pas que le combat pour la sauver est désormais terminé.

La cathédrale de Moncton porte le surnom de Monument de la reconnaissance. Inaugurée en 1940, elle a été construite grâce aux efforts de la population, des ouvriers et avec des dons parvenus de partout en Amérique du Nord. Grande et majestueuse, elle envoyait au monde le signal qu’après les affres de la Déportation, les Acadiens étaient bel et bien de retour, plus résilients que jamais.

La Commission des lieux et monuments historiques du Canada a reconnu tout cela et bien plus encore. En accordant à l’édifice le statut de monument historique national, elle souligne sa valeur ainsi que son importance dans l’histoire de l’Acadie.

C’est un geste symbolique majeur. Du jour au lendemain, la commission annonce que la cathédrale n’est pas un lieu comme les autres et qu’elle doit être protégée ainsi que préservée pour la pérennité.

Cela signifie-t-il que le lieu de culte est protégé à jamais de la démolition? Malheureusement, ce n’est pas tout à fait le cas. Il faudra bien plus qu’une plaque commémorative pour assurer la survie de l’établissement.

Comprenons-nous. La désignation n’est pas que symbolique. Désormais, un promoteur ne peut plus tout simplement acheter la bâtisse, enlever le clocher et construire des condos à l’intérieur. Il n’est plus possible de refaire les murs de n’importe quelle manière ou d’y installer un revêtement de siding.

Cela ne signifie toutefois pas que les fidèles peuvent désormais se croiser les bras. L’avenir de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption continuera de dépendre du temps, des efforts et de l’argent que voudront bien y accorder les Acadiens.

Ce fut toujours le cas. Ce l’est encore aujourd’hui.

Un bon exemple est l’ancien collège de Memramcook. En 1994, il a reçu la désignation de Lieu historique national du Canada du Monument-Lefebvre. Dans le document que lui consacre la Commission des lieux et monuments historiques, on y apprend que «le bâtiment occupe une place toute spéciale dans le coeur des Acadiens». On y raconte le rôle qu’il a joué dans l’histoire de l’Acadie, la «contribution remarquable» du père Camille Lefebvre ainsi que le détail de l’architecture et des éléments qui font de l’édifice un monument.

Or, toutes ces considérations ont pesé bien peu dans la balance quand l’Institut de Memramcook a déclaré faillite en 2013. Le gouvernement provincial (alors dirigé par David Alward) a offert l’édifice au plus offrant. Une vente à l’enchère a eu lieu afin de payer certaines dettes. Les artéfacts les plus précieux ont été retirés de la vente à la dernière minute.

C’est finalement l’annonce au début de l’année d’un investissement totalisant 25 millions $ du gouvernement provincial qui a permis de sauver l’endroit. Pas sa désignation à titre de lieu national.

C’est un peu la même chose pour la cathédrale de Moncton. S’il n’avait fallu qu’une plaque d’une commission basée à Ottawa pour la protéger, sa survie aurait pu être assurée il y a bien longtemps. L’ennui, c’est que ces désignations ne sont pas accompagnées de fonds importants. Elle ne force pas les gouvernements à investir des millions de dollars pour entretenir ces lieux qui ont joué un si grand rôle dans notre histoire.

L’avenir du «Monument de la reconnaissance» est prometteur parce qu’un groupe de citoyens a pris les choses en main. Des travaux de 7 millions $ devaient être effectués afin de réparer l’édifice. Une somme gigantesque pour l’archevêché de Moncton, qui semblait avoir baissé les bras. Une fondation a depuis été mise sur pied. Pas moins de 6,2 millions $ ont déjà été recueillis.

La désignation de monument historique national accordé à la cathédrale est un outil sur lequel peut s’appuyer la population pour protéger un édifice qui lui tient à coeur. Elle ne servira toutefois à rien si la bâtisse est éventuellement laissée à l’abandon, que de nouveaux travaux sont nécessaires et que personne ne souhaite payer pour qu’elle reste debout.

Nous n’en sommes heureusement pas là. La cathédrale de Moncton est entre de bonnes mains. Tant qu’il y aura de bons Samaritains pour s’en occuper et qu’il y aura suffisamment d’Acadiens prêts à payer de leur poche pour la protéger, ce monument historique national sera là pour rester.