Une promotion bonne pour le N.-B.

La nomination de Ginette Petitpas Taylor à titre de ministre de la Santé du Canada surprend, mais démontre que cette recrue en politique a été rapide à impressionner les décideurs par la qualité de son travail à Ottawa.

Ginette Petitpas Taylor joue pourtant un rôle relativement effacé à titre de députée de Moncton-Dieppe-Riverview. Elle est compétente, mais ne s’est pas non plus particulièrement démarquée dans l’espace public. Nous sentions plutôt qu’elle tentait encore de trouver ses marques depuis son élection en 2015, en essayant d’éviter les controverses.

Un exemple parmi d’autres: interrogée l’année dernière sur la possibilité que le Nouveau-Brunswick fasse passer à 16 ans l’âge minimum du droit de vote, elle avait répondu ne pas vouloir prendre position, mais être prête à écouter les gens pour connaître leurs idées. Elle avait ajouté qu’à ses yeux, les jeunes ne partagent pas la même opinion sur ce sujet.

Pas exactement une position forte, et encore moins un exemple de leadership. Notons toutefois qu’elle n’a brûlé aucun pont, une façon d’agir qu’elle semble privilégier en politique.

Elle a par contre contribué au déblocage de deux mégaprojets dans sa circonscription:

45,2 millions $ dans l’amélioration du traitement des eaux usées du Grand Moncton et 61 millions $ pour le remplacement du pont-chaussée de la Petitcodiac. Dans les deux cas, le fédéral a accepté de défrayer une partie des coûts.

Mme Petitpas Taylor a joué un rôle important dans le dossier de la Petitcodiac. Contraire­ment à son précédesseur conservateur Robert Goguen, elle croyait au projet et s’est battue en coulisses pour qu’Ottawa soit partenaire.

Elle n’a pas pris de temps à se faire un nom dans la capitale nationale. Elle a d’abord été nommée whip adjointe, avant d’être promue au début de l’année à titre de secrétaire parlementaire au ministre des Finances Bill Morneau.

C’est sans doute dans ce rôle qu’elle a fait écarquiller quelques yeux. Il s’agit d’un poste de confiance, où le titulaire est appelé à travailler en étroite collaboration tant avec le ministre responsable qu’avec les hauts fonctionnaires, en plus de toucher à une foule de dossiers.

Un bon endroit pour se faire les dents et se bâtir une belle réputation… ou se casser la gueule. C’est clairement la première option qu’il faut retenir dans le cas de notre nouvelle ministre.

La voici maintenant à la tête du portfolio de la Santé. Son ministère est gigantesque. Elle supervisera des dépenses qui se comptent en milliards de dollars ainsi que des dizaines de programmes et d’agences.

Néanmoins, Ginette Petitpas Taylor sera moins sous le feu des projecteurs qu’on pourrait le croire. Le ministère de la Santé fédérale joue un rôle important, certes, mais n’est pas sur la ligne de front. La santé est de juridiction provinciale. Ce sont les provinces qui gèrent les fermetures d’hôpitaux, les temps d’attente dans les urgences, le manque de spécialistes, etc.

D’ailleurs, les médias nationaux ont accordé très peu d’importance à la nomination de Mme Petitpas Taylor, privilégiant plutôt la décision de scinder en deux le ministère des Affaires autochtones et du Nord.

Il faut dire que l’enjeu le plus chaud du ministère a déjà été réglé avec la négociation d’ententes avec les provinces concernant les transferts en santé (souvenez-vous de la crise qui a éclaté quand Brian Gallant a brisé le front commun des provinces pour signer une entente bilatérale avec Ottawa).

Cela ne signifie pas que la nouvelle ministre aura le temps de s’ennuyer. Elle devra prendre les commandes dans le dossier de la légalisation à venir du cannabis. Les provinces font pression pour que le fédéral dévoile un cadre législatif plus clair ou qu’il reporte l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.

Au Nouveau-Brunswick, les attentes seront élevées. Fredericton réclame depuis longtemps qu’Ottawa tienne compte du vieillissement accéléré de notre population avec un financement accru. L’arrivée en poste d’une ministre néo-brunswickoise offrira à Brian Gallant un accès direct et privilégié pour vendre sa salade.

Reste maintenant à connaître la vision de Mme Petitpas Taylor. Peut-être surprise par sa nomination, elle a refusé de répondre aux questions trop pointues, en précisant qu’elle n’était ministre que depuis peu. Dans un journal concurrent, elle a indiqué que les préoccupations du N.-B. concernant le vieillissement sont «sur son radar» et qu’il faut «être prêt pour ce qui s’en vient».

Avant l’élection de 2015, elle avait participé à Moncton à un débat portant sur la santé. Elle avait surtout répété des généralités pigées dans la plateforme du Parti libéral, comme le fait que le système de santé doit être modernisé et que les Canadiens ont droit à un service «efficace et efficient».

Il faudra donc attendre avant de connaître ses intentions.

D’ici là, saluons le fait que Justin Trudeau a accordé sa confiance à une Acadienne. C’est une bonne nouvelle pour le Nouveau-Brunswick, mais aussi pour Moncton, une ville en pleine croissance, mais qui a pourtant été représentée par des députés d’arrière-ban dans les dernières années.

Nous avons besoin de voix fortes à Ottawa. Avec Dominic LeBlanc et maintenant Ginette Petitpas Taylor au conseil des ministres, il n’y a aucune raison pour que nos priorités ne progressent pas.