Un Cabinet électoral

Brian Gallant a pris soin de préciser, en dévoilant son nouveau conseil des ministres, que le remaniement ministériel qu’il a décrété n’a rien à voir avec les élections, lesquelles auront lieu dans un an. Rien ne saurait être plus faux. Ce remaniement a tout à voir avec l’échéance électorale à venir. Et c’est dans la région de Saint-Jean que le premier ministre prévoit voir son gouvernement vivre ou mourir.

Pour les Acadiens, les nouvelles ne sont pas des plus réjouissantes. Le nombre de ministres anglophones surclasse celui des francophones. Le ministre responsable des langues officielles est désormais un anglophone.

De plus, Brian Gallant annonce qu’il fera désormais de Saint-Jean sa priorité. Il ouvrira d’ailleurs un bureau dirigé par un ancien ministre de l’Énergie, Jack Keir, qui vole à la rescousse de son parti. M. Keir avait piloté à l’époque la vente ratée d’Énergie NB.

Bref, c’est un remaniement ministériel électoral. Le chef juge (avec raison) que l’élection ne se gagnera pas dans le nord du Nouveau-Brunswick.

Pour bien comprendre, il faut retourner en arrière, et plus précisément au 22 septembre 2014, date des dernières élections provinciales.

Le Parti libéral l’a emporté avec une faible majorité de cinq sièges sur le Parti progressiste-conservateur et le Parti vert. Son triomphe a été rendu possible grâce à un raz-de-marée dans les régions acadiennes ainsi qu’à des victoires à l’arraché dans quelques circonscriptions à majorité anglophone.

Ed Doherty (qui vient de perdre son poste de ministre), John Ames, Stephen Horsman et Andrew Harvey l’ont tous emporté pour les libéraux avec une majorité de moins de 200 votes. Ils sont entourés de circonscriptions représentées par des députés du PC. Ajoutons à cela le fait que le chef du Parti vert, David Coon, a profité d’une division du vote (l’ex-libéral Kelly Lamrock était candidat pour le NPD) pour prendre un siège aux conservateurs.

Il n’aurait fallu que les libéraux ne perdent que trois circonscriptions pour que David Alward soit encore aujourd’hui premier ministre.

Brian Gallant sait compter. MM. Ames, Horsman et Harvey sont désormais tous ministres. Mais le premier ministre a toutefois été beaucoup plus loin.

Le départ de Victor Boudreau à titre de ministre de la Santé a l’effet d’une bombe, même si c’était un secret de Polichinelle dans sa circonscription de Shediac-Beau­bassin-Cap-Pelé qu’il prendrait sa retraite à la fin de son mandat.

Rappelons que pas plus tard que vendredi, Victor Boudreau annonçait en conférence de presse un changement fondamental dans notre système de santé, avec la privatisation de Télé-Soins et du Programme extra-mural au profit de Medavie. Et voilà que quatre jours plus tard, il n’est même plus ministre!

M. Boudreau a été mêlé à toutes sortes de controverses depuis 2014. Il est probable qu’à un an des élections, Brian Gallant a jugé que son ancien homme de confiance était devenu le symbole de l’arrogance du gouvernement et qu’il valait mieux le cacher sur les banquettes arrière.

La même chose peut être dite de l’autre grande victime de la purge, Donald Arseneault. Il n’a pas livré la marchandise dans le dossier des langues officielles, dont il avait la responsabilité. Cet enjeu a été une épine au pied du gouvernement Gallant depuis le début de son mandat. Ils sont plusieurs, dans le sud de la province, à ne pas pouvoir voir M. Arseneault en peinture. Il semble que le premier ministre ait conclu qu’il lui causait un problème d’image.

De tous les changements annoncés, celui qui importe le plus est la nomination de Benoît Bourque à titre de ministre de la Santé.

Sa présence annonce déjà un changement de ton comparativement à son controversé prédécesseur. Il reste maintenant à voir si M. Bourque a le mandat de poursuivre dans la même voie que Victor Boudreau ou s’il a le feu vert pour reculer sur certaines décisions controversées.

Brian Gallant souhaite-t-il passer la prochaine campagne électorale à expliquer pourquoi c’est une bonne idée de faire passer au privé le Programme extra-mural, auquel des milliers de Néo-Brunswickois sont attachés? Veut-il réellement risquer sa réélection sur la foi que les électeurs ne lui en voudront pas de fermer les cafétérias de plusieurs hôpitaux au profit de la bouffe congelée de Sodexo?

Le remaniement ministériel laisse entrevoir un recul sur ces deux fronts.

Ça ne servira à rien de mettre un nouveau visage à la Santé s’il n’a pas le mandat de renverser les réformes annoncées. Nous l’avons écrit mardi en éditorial, le gouvernement Gallant n’a pas le mandat de privatiser des services médicaux.

Il doit reculer.

La nomination d’un nouveau venu qui ne traîne pas le lourd bagage de Victor Boudreau est le moment idéal de mettre l’entente avec Medavie sur la glace.