Pas de réforme en profondeur au CMA

La Société Nationale de l’Acadie a adopté en fin de semaine des règles visant à endiguer la croissance des coûts des Congrès mondiaux acadiens. Ces nouvelles mesures n’assureront toutefois pas à elles seules la pérennité de l’événement.

Les congrès mondiaux ont paradoxalement à la fois bien changé tout en restant fidèles à eux-mêmes depuis le tout premier, en 1994, dans le Sud-Est. Les événements signatures tels que les rassemblements de famille, les cérémonies d’ouverture et de fermeture, les conférences et le Tintamarre, sont toujours bien présents.

L’événement a cependant gagné en importance, particulièrement à la suite du CMA de 2004 en Nouvelle-Écosse, lequel n’avait connu qu’un modeste succès populaire. Les congrès de la Péninsule acadienne (2009) et de l’Acadie des terres et des forêts (2014) ont été autrement plus gros. La croissance des coûts a suivi: 8 millions $ en 2009, 14 millions $ en 2014 et qui sait combien en 2019.

Une partie du phénomène s’explique par la surenchère. Il n’y a pas une région hôtesse qui veut voir «son» congrès mondial être considéré comme ayant été un échec.

Il n’y a rien de mal avec ça. Tant mieux si le peuple acadien réussit à prouver une fois aux cinq ans qu’il n’est pas né pour un petit pain et qu’il sait organiser des événements grandioses.

Néanmoins, des signaux d’alarme avaient commencé à se faire entendre, et c’est ce qui a poussé la Société Nationale de l’Acadie à réfléchir à l’avenir de l’événement. Est-il encore pertinent? Et si oui, sous quelle forme?

La première question a été répondue sans trop de flafla. L’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques a effectué en 2015 une série d’entretiens avec une quarantaine de personnes liées aux congrès mondiaux. Elle a aussi récolté les réponses de quelques centaines d’internautes lors d’un sondage en ligne.

L’exercice a donc surtout permis d’obtenir l’opinion de gens vendus d’avance au congrès mondial. Dans ces circonstances, il était évident que la SNA n’allait pas décréter son arrêt de mort.

Pour la réforme en profondeur, on repassera.

Restait à décider à quel point il fallait en réduire l’ampleur. Les trois derniers congrès ont été attribués en tout ou en partie à des régions néo-brunswickoises (y compris celui à venir de 2019). Le nombre de candidatures a fondu au même moment.

À la longue, les congrès sont devenus tellement gros que seules les régions acadiennes du Nouveau-Brunswick disposent désormais des moyens financiers et humains nécessaires pour les organiser. D’où les mesures annoncées en fin de semaine pour renverser la tendance.

L’annonce la plus importante consiste en la réduction de la durée de l’événement à 11 jours (il s’est étalé sur 17 jours en 2014) et à l’imposition d’un plafond des dépenses (1 million $ par jour).

La décision de limiter les principales activités dans un rayon de moins de 50 km est plus surprenante. Non seulement elle n’aidera pas vraiment à limiter les coûts, mais cela aura en plus pour effet d’empêcher des régions acadiennes moins populeuses ou plus disséminées de participer à la fête.

Seuls les congrès de 1994 (Sud-Est) et de 2009 (Péninsule acadienne) ont respecté ce critère géographique.

Lors du CMA de 2014 (Acadie des terres et des forêts), il aurait fallu restreindre les activités au Madawaska-Victoria. Le Témiscouata se serait en effet retrouvé à l’extérieur de la limite permise, à supposer que le centre du rayon aurait été près d’Edmundston.

Et c’est sans oublier les difficultés que rencontreraient une province comme la Nouvelle-Écosse ou un État comme la Louisiane, où les régions acadiennes sont en majorité situées les unes les autres à des distances qui dépassent la nouvelle norme.

En souhaitant limiter le gigantisme du congrès mondial acadien afin de le rendre plus accessible, la Société Nationale de l’Acadie se retrouve quand même, avec sa règle du 50 km, à limiter l’organisation aux seules régions homogènes acadiennes du Nouveau-Brunswick.

Et encore! Le projet d’un congrès de la région de la baie des Chaleurs risque de tomber à l’eau, Bonaventure étant située trop loin de Restigouche-Chaleur.

Le Congrès mondial acadien n’est pas menacé à court terme, mais sa survie dépend de deux choses: l’appui financier des gouvernements et l’intérêt des régions acadiennes à organiser les activités.

La Société Nationale de l’Acadie a peu de contrôle sur le premier enjeu. Aucun nuage ne se pointe toutefois à l’horizon. Tant à Ottawa qu’à Fredericton, rien ne laisse croire à un désengagement à venir.

Par contre, les paris sont ouverts à savoir si le nouveau cahier de charges sera suffisant pour convaincre plus de communautés de se lancer dans l’aventure.

Les changements apportés par la SNA sont significatifs. Ce n’est toutefois pas le coup de barre dont avait besoin l’événement afin de gagner un second souffle.