L’U de M la mal-aimée

Le classement annuel des universités du magazine Maclean’s est toujours attendu. Ses résultats sont très médiatisés d’un océan à l’autre. Malgré ses imperfections (par exemple, sa constante sous-évaluation des universités francophones), il dresse un portrait pertinent de ce qui va et de ce qui ne va pas dans nos institutions.

Premier constat: si on se fie aux résultats de cette publication, le Nouveau-Brunswick compte plus que sa part d’institutions postsecondaires de qualité. Nous avons toutes les raisons d’être fiers de la qualité de celles-ci. Elles offrent une éducation de qualité qui n’a rien à voir avec les machines à imprimer des diplômes que l’on retrouve sur le web.

Nous retrouvons encore une fois cette année l’Université Mount Allison de Sackville au tout premier rang dans la catégorie des établissements offrant surtout des programmes de premier cycle. Ce n’est pas un accident de parcours. «Mount A» s’est classée deuxième l’année dernière et a fini au sommet du classement à pas moins de 19 reprises depuis 1991. Il y a quelque chose d’extraordinaire dans la formule de cette petite université qui réussit année après année à séduire les analystes de Maclean’s.

L’Université du Nouveau-Brunswick n’a pas non plus à rougir. Elle a terminé au 6e rang dans la catégorie des établissements qui offrent une vaste gamme de programmes de premier cycle et des cycles supérieurs, de même que des programmes professionnels.

Il s’agit d’une catégorie prestigieuse, dominée cette année par l’Université Simon Fraser de Colombie-Britannique, dont la réputation n’est plus à faire. UNB devance d’ailleurs des institutions bien connues comme York avec ses 52 000 étudiants, Wilfrid Laurier et Concordia.

En Acadie, nous nous intéressons bien sûr surtout à l’Université de Moncton. Elle s’est classée cette année encore au 14e rang sur 19 institutions postsecondaires dans sa catégorie. S’il n’y a pas de quoi là pavoiser, cela reste un résultat honorable.

C’est loin de la 10e position atteinte en 2013, mais cela ne fait pas non plus d’elle une sorte de cancre national. MacLean’s précise que «l’Université de Moncton a beau être petite, elle a un plus grand impact que sa taille ne le suppose», en rappelant que le juge en chef de la Cour d’appel, Ernest Drapeau, de même que des premiers ministres ont tous passé du temps sur les bancs de l’institution.

Notons que nos universités néo-brunswickoises ont réussi à se maintenir dans le classement dans un contexte particulièrement difficile. Le gouvernement Gallant n’a pas hésité dans les dernières années à geler les subventions ou à les augmenter timidement.

Surtout, l’université acadienne impressionne dans quelques catégories importantes. Elle est au 2e rang pour le ratio étudiants/professeurs. Cela signifie en gros que les classes ne sont pas surchargées et, surtout, que l’étudiant a facilement accès à son professeur avant, pendant et après les cours.

Ne sous-estimons pas l’importance de ce point. Dans de nombreuses universités, le professeur est inaccessible. L’étudiant qui a besoin d’aide devra plutôt aller voir un chargé de cours, sinon consulter une vidéo ou des notes de cours en ligne.

Précisons toutefois que si notre université fait si bien à ce chapitre, c’est aussi en raison de la chute du nombre d’inscriptions dans les dernières années.

Elle se classe au 10e rang pour les bourses offertes, ce qui laisse sous-entendre un effort important pour améliorer l’accès à l’éducation postsecondaire. De plus, ses étudiants pointent au 7e rang en ce qui a trait aux prix remportés, ce qui démontre qu’ils obtiennent en classe une formation de qualité qui leur permet de bien supporter la comparaison avec leurs collègues des autres universités.

Ce qui contribue à couler l’Université de Moncton semble plutôt être sa réputation. Elle termine 18e sur 19 en matière de satisfaction de sa clientèle. Cela laisse croire que les jeunes qui fréquentent les trois campus n’ont pas une très haute opinion de leur établissement d’enseignement. Il faut dire aussi que l’U de M fait piètre figure pour ce qui est du pourcentage du budget qui est alloué aux services étudiants.

Il n’est pas impossible que l’Université de Moncton paie ainsi le prix d’années de controverses, de division et de décisions hautement discutables. Pensez à toute la saga de l’embauche d’une vice-rectrice, le parachute doré offert à l’ancien recteur Yvon Fontaine, les magouilles qui ont présumément empêché l’ancien ombudsman Bernard Richard d’être nommé recteur, les célébrations ratées du 40e anniversaire et nous en passons.

Il se peut aussi que cela a simplement à voir avec le peu de prestige associé avec une université encore relativement jeune et qui n’aura jamais la réputation de McGill ou même de UNB, plus vieille université de langue anglaise au Canada.

Dans tous les cas, nous encourageons la direction à consulter ses étudiants pour en savoir un peu plus. Non pas dans un objectif de grimper d’un rang ou deux dans le classement Maclean’s, mais pour savoir ce qu’elle peut faire pour améliorer son offre de services. Aucun détail ne peut être mis de côté dans un contexte de décroissance démographique, où chaque étudiant compte.