La décision qui s’imposait

Pendant quelques minutes, toute la planète politique néo-brunswickoise a été suspendue aux lèvres de Donald Arseneault. Celui-ci a mis fin au suspense très rapidement. Il a annoncé sa démission à titre de député libéral de Campbellton-Dalhousie. Elle sera effective à la fin du mois. Ce faisant, M. Arseneault enlève une énorme épine au pied de son premier ministre. Mais il en reste plusieurs autres.

N’en doutez pas, le député Arseneault est sûrement attristé et frustré de voir sa longue carrière dans la vie publique prendre fin de cette façon. Nous parlons ici d’un politicien d’expérience, quelqu’un qui «mange» de la politique.

Il est important de rappeler que Donald Arseneault n’avait rien fait de mal. Au risque de se répéter, la législation n’interdit pas aux députés d’occuper un double emploi. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des députés d’arrière-ban ou de l’opposition continuer de pratiquer la médecine, de travailler dans un cabinet d’avocats ou de suivre de très près les activités d’une entreprise dont ils sont propriétaires.

Un exemple parmi tant d’autres: l’avocat T.J. Burke, dont M. Arseneault vient de s’adjoindre les services, a été député libéral de 2003 à 2010. En 2009, il a démissionné de son poste de ministre de l’Environnement afin de consacrer plus de temps à sa profession d’avocat. Il a toutefois continué de siéger à la législature sans que cela ne provoque le moindre remous.

Le dossier Arseneault est différent. Ses nouvelles fonctions au sein des Syndicats des métiers de la construction du Canada se rapprochent beaucoup du lobbyisme. Selon ses explications, il ne fera pas de représentations directes auprès des décideurs politiques à Ottawa. Mais il sera toutefois appelé à aider ses collègues de travail, y compris des lobbyistes, à préparer leurs dossiers visant à influencer le pouvoir politique.

Du lobbyisme indirect, en quelque sorte.

Ça ne va pas à l’encontre de la loi. Mais ça va certainement à l’encontre de l’esprit de celle-ci. Rien de tout cela ne serait survenu si elle avait été plus claire. Fredericton devra s’attaquer à ce dossier aussi vite que possible, en s’attardant particulièrement à deux trous en particulier dans la législation.

Celle-ci précise qu’un député en fonction ne peut pas faire de lobbyisme, point. Donald Arseneault avait d’abord choisi d’interpréter cela comme étant une interdiction d’effectuer cette tâche au Nouveau-Brunswick, mais qu’il pouvait le faire ailleurs (au fédéral par exemple). Cela devra être clarifié.

Deuxièmement, il est temps d’interdire formellement aux députés d’occuper un double emploi. Nous l’avons écrit en éditorial au début de la semaine, nos députés ne doivent servir qu’un seul maître: la population. Pas la direction d’une entreprise ou d’un syndicat national.

Entretemps, le premier ministre Brian Gallant aura d’autres chats à fouetter. Toute cette histoire lui fait mal, politiquement.

Ce n’est que dans les derniers jours qu’il a exigé de Donald Arseneault qu’il choisisse entre sa nouvelle carrière à Ottawa et son poste de député libéral. Or, M. Arseneault a annoncé publiquement son changement de carrière le 23 octobre. Quant à Brian Gallant, il affirme avoir été mis au courant des intentions de son ancien homme de confiance dès le 21 août.

Il aura donc fallu plus de deux mois avant que le premier ministre ne se décide à lancer son ultimatum. Il affirme avoir attendu parce qu’il faisait confiance au jugement du commissaire à l’intégrité, qui était responsable du dossier. Néanmoins, l’impression qui se dégage est que M. Gallant ressent le besoin de montrer qu’il ne tolérera pas les dérives éthiques uniquement parce qu’il sent la soupe chaude et que la controverse nuit à l’image de son gouvernement.

Il s’agit d’une autre tache au dossier du premier ministre, après sa gestion de l’après-Atcon, le scandale des impôts fonciers et son incapacité à convaincre la population des bienfaits du transfert du Programme extra-mural à Medavie. Elles s’accumulent dangereusement rapidement, à moins d’un an des élections.

À court terme, les libéraux voient aussi leur majorité réduite à deux sièges. En tenant compte que le président de l’Assemblée législative est un libéral et qu’il ne peut voter qu’en cas d’égalité, cela signifie que le gouvernement Gallant n’aura plus qu’une seule voix de majorité sur l’opposition. Il se retrouvera donc dans une situation très délicate, encore plus en tenant compte du fait qu’au moins quatre autres députés (Victor Boudreau, Ed Doherty, Hédard Albert et Bertrand LeBlanc) ont déjà annoncé leur retraite à venir de la politique.

Brian Gallant devra aussi déterminer le meilleur moment pour déclencher une élection complémentaire dans Campbellton-Dalhousie. Il n’est pas souhaitable que les électeurs de cette région ne soient pas représentés à la législature jusqu’en septembre 2018, date prévue des élections provinciales.

Nous invitons le gouvernement à ordonner un scrutin dans cette circonscription aussitôt que le départ de Donald Arseneault sera officialisé, et ce, sans faire traîner les choses jusqu’à l’automne prochain.