Cachez ce cannabis…

Nous commençons à en savoir un peu plus sur les intentions du gouvernement provincial à propos du cannabis. Sans surprise, Fredericton ratisse large afin de s’assurer que la légalisation se fasse tout en douceur. Le vieux réflexe centralisateur est au rendez-vous.

Le gouvernement fédéral, dirigé par Justin Trudeau, a déposé en avril un projet de loi visant à légaliser le cannabis à des fins récréatives à compter du 1er juillet 2018.

Le gouvernement Gallant n’a pas perdu son temps. Il a multiplié les annonces et les conférences de presse afin de faire connaître les règles qu’il entend imposer.

La plupart d’entre elles n’étonneront personne. Elles sont inspirées de la législation déjà existante en ce qui a trait à l’alcool et aux cigarettes. Ainsi donc, il faudra être âgé d’au moins 19 ans pour acheter ou consommer du cannabis à des fins récréatives au Nouveau-Brunswick, soit le même âge que pour boire de l’alcool ou fumer du tabac.

De même, il sera illégal de consommer du cannabis dans un endroit public. Encore là, ça tombe sous le sens. Il est déjà interdit de fumer la cigarette dans les terrasses et autres lieux du genre.

Les jeunes âgés de moins de 19 ans n’auront pas le droit d’acheter du cannabis et du matériel pour fumer ou vapoter. Encore une fois, la province ne fait qu’appliquer des règlements virtuellement identiques à ceux déjà existants pour le tabac.

D’autres restrictions prévues dans la loi montrent toutefois que le gouvernement voit cette drogue d’un très mauvais œil et qu’il est prêt à tout pour faire comprendre aux électeurs qu’il priorise la sécurité et la jeunesse.

Par exemple, la loi prévoit qu’à la maison, le cannabis devra être entreposé dans un contenant verrouillé ou dans une salle fermée à clé, hors de la portée des personnes d’âge mineur. Cela laisse l’impression que les autorités voient cette drogue comme étant quelque chose d’aussi dangereux que les armes à feu, dont la réglementation prévoit que les munitions doivent être entreposées dans un endroit verrouillé et distinct de l’arme.

Dans la même veine, les jeunes ne pourront entrer dans un magasin où l’on vend du cannabis, même s’ils sont accompagnés d’un adulte. Encore une fois, on note la volonté des politiciens de rassurer la population. Oui, cette drogue sera légalisée, mais nos jeunes n’y auront pas accès. Ils ne pourront même pas la voir!

Mais nulle part la volonté du gouvernement provincial de surveiller étroitement la vente de ce produit ne paraît plus que dans le modèle de distribution qui a été adopté.

Fredericton a décidé de confier la vente au détail à Alcool NB, qui ouvrira un nombre maximal de 20 commerces éparpillés dans 15 collectivités.

Disons-le franchement, si l’objectif derrière la légalisation du cannabis à des fins récréatives est de nuire au crime organisé et d’empêcher nos enfants de s’en procurer, le gouvernement provincial ne pouvait pas s’y prendre plus mal.

Croyez-vous vraiment que le citoyen de Lamèque qui achète présentement son pot d’un vendeur illégal prendra dorénavant la route jusqu’à l’unique point de vente prévu dans la Péninsule acadienne (Tracadie) pour acheter sa dose?

C’est sans compter qu’en mettant en place une structure aussi lourde pour vendre le produit, le gouvernement sera incapable de concurrencer les prix du marché noir. Pire, il ne fera sans doute pas ses frais. Prévoyez dès l’année prochaine que les contribuables essuieront de lourdes pertes financières.

Un produit qui sera dispendieux et en vente dans un nombre très limité d’établissements. Pas exactement le plan d’affaire le plus viable.

Le plus simple aurait été de confier la vente au secteur privé, dans des dispensaires réglementés ou dans des dépanneurs, comme c’est déjà le cas pour les cigarettes. Le Nouveau-Brunswick aurait pu aussi se tourner vers les pharmacies, présentes un peu partout et déjà spécialisées dans la vente de produits qui demandent une expertise particulière. Enfin, rien ne l’empêchait de réaménager ses succursales d’Alcool NB afin de réserver un coin à la vente de cannabis.

Rien de cela n’est toutefois surprenant. Nous parlons ici d’une province qui a de peine et misère accordé à Alcool NB la permission de vendre de la boisson dans un petit nombre d’épiceries dans le cadre d’un projet pilote et qui tient mordicus à son monopole.

Attendre du gouvernement qu’il accorde au secteur privé la responsabilité de vendre de la drogue était irréaliste. Il faut le laisser évoluer à son propre rythme. Quand les déficits s’accumuleront et qu’il deviendra clair que le marché noir continuera de prospérer, la province larguera peut-être un peu de lest.

Il est possible d’assurer la sécurité publique et de protéger notre jeunesse sans tout centraliser dans de coûteux magasins gouvernementaux. Cela vaut pour le cannabis, l’alcool et bien d’autres produits.