Rien de bon dans une telle union

Quelle idée bizarre que celle d’organiser une rencontre au sommet entre la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick et la Anglo Rights Association of NB. On se demande bien ce que ces deux organismes aux idées diamétralement opposées sur la place des francophones dans notre province pourraient accomplir.

Évidemment, il est difficile à la base de s’opposer au dialogue. Nous ne commencerons pas à jeter la pierre à des représentants d’organismes s’ils souhaitent nouer des liens. La Anglo Rights Association a beau être controversée et défendre des idées rétrogrades, elle n’est pas, aux dernières nouvelles, un regroupement néo-nazi.

Il importe toutefois de garder en tête la véritable nature de ce nouvel interlocuteur.

La Anglo Rights Association of NB soutient n’avoir officiellement aucun problème avec le droit des francophones de vivre et d’être servis par l’État dans leur langue. Elle affirme toutefois qu’il y a un déséquilibre qui favorise la minorité de langue française. Aux yeux de ses militants, il est pratiquement impossible pour un unilingue anglophone d’être embauché en tant que fonctionnaire.

Ce groupuscule avait frappé un grand coup durant l’été 2016 en diffusant une publicité en plein centre-ville de Moncton, sur laquelle il était écrit English have rights too (Les anglophones ont aussi des droits).

L’association gère une page Facebook. En fait, le mot “gérer” est mal choisi. Elle laisse ses membres publier sans gêne des commentaires disgracieux et des théories du complot, dont les Acadiens font souvent les frais.

Elle s’oppose aussi aux deux régies de la santé divisées sur une base linguistique, un système qui coûte trop cher à ses yeux. La commissaire aux langues officielles du N.-B., Katherine D’Entremont, est la cible de ses critiques. Elle est vue comme étant à la solde de la minorité acadienne. Le regroupement réclame que son poste soit aboli.

Et c’est avec ces gens que la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick accepterait hypothétiquement de s’entretenir?

Ce n’est toutefois pas cela qui est le plus surprenant. En effet, si l’objectif était tout simplement de mettre fin aux quiproquos et d’empêcher que des faussetés contaminent le discours public, une telle action de la SANB serait justifiable.

Mais celle-ci a été plus loin. Elle se dit ouverte à faire front commun avec la Anglo Rights Association afin de faire pression sur le gouvernement dans des dossiers comme celui du transfert de la gestion du Programme extra-mural à l’entreprise Medavie. «Ensemble, nous aurons plus de poids. C’est clair», a déclaré dans nos pages le président par intérim de la Société de l’Acadie du N.-B., Joey Couturier.

À la décharge de M. Couturier, ce n’est pas comme si une date avait été coulée dans le ciment et qu’une salle de conférence avait été réservée.

L’idée semble avoir été lancée en l’air sans qu’aucun effort concret n’ait eu lieu pour la réaliser. Il n’est même pas certain que les deux organismes ont entrepris un rapprochement en coulisses. Nous sommes très loin d’une conférence de presse conjointe.

Néanmoins, la prudence est de mise.

La Anglo Rights Association a des membres, une page Facebook, une surprenante capacité de mobilisation et un message (les droits des francophones coûtent trop cher et nuisent aux unilingues anglophones) qu’elle ne se gêne pas de propager à gauche et à droite.

Par contre, elle n’a pas de crédibilité.

La Société de l’Acadie du N.-B. reçoit chaque année des subventions des gouvernements. Son président a le privilège de rencontrer le premier ministre du Nouveau-Brunswick. En compagnie de plusieurs de ses ministres, il fait régulièrement acte de présence à son assemblée générale annuelle.

L’association Anglo Rights n’a rien de ça.

La presque totalité des politiciens la considère trop toxique pour assister à ses activités. Un premier ministre ou un chef de l’opposition qui participerait à une assemblée de ce groupuscule risquerait de payer un prix politique considérable. Même chose pour un gouvernement qui déciderait de subventionner ses activités.

La SANB jouerait un jeu dangereux en accordant à la Anglo Rights un vernis de crédibilité – aussi mince soit-il – en s’en faisant par exemple un allié dans ses efforts de lobbyisme auprès du gouvernement provincial.

À l’inverse, cette dernière a tout à gagner à devenir fréquentable afin de propager à un plus grand nombre de citoyens sa vision d’un Nouveau-Brunswick moins bilingue et plus anglais.

Que la SANB ne veuille pas prêcher uniquement aux convertis et qu’elle souhaite assurer une meilleure compréhension de nos droits linguistiques auprès de l’association anglophone est une chose. De travailler main dans la main avec ces gens en est une autre.

Rien de bon ne peut sortir d’une telle union.