Le NPD sur la bonne voie

Le NPD du Nouveau-Brunswick repart de loin, peut-être plus encore qu’on ne pouvait l’imaginer. La bonne nouvelle pour les tenants de la gauche, c’est qu’il est en train de se relever. Et qu’il profite de sa reconstruction pour se débarrasser de quelques boulets dont il s’était encombré pendant le règne de Dominic Cardy.

La chef du Nouveau Parti démocratique, Jennifer McKenzie, s’est rendue à Caraquet, jeudi, afin de participer à une rencontre éditoriale. Elle a répondu à nos questions, en français, pendant un peu plus d’une heure.

L’exercice n’était pas vain. Malgré son statut de chef politique provincial, Mme McKenzie est aujourd’hui une parfaite inconnue pour la plupart des Néo-Brunswickois, en particulier les francophones.

À moins d’une année des élections, il importe pour elle de se faire connaître.

Les dernières années ont été mauvaises pour le NPD, et ce n’est pas peu dire. Il n’a pas réussi à faire élire de candidat lors des élections de 2014. Il a laissé le plancher au Parti vert, qui a fait élire un premier député à l’Assemblée législative.

Le chef Dominic Cardy a ensuite quitté sa formation politique en brûlant au passage bien des ponts. Des militants avaient déjà abandonné le parti sous son règne controversé. D’autres sont partis en même temps que lui. À travers ces déchirements, il était difficile d’imaginer les néo-démocrates capables de convaincre qui que ce soit de voter pour eux.

Jennifer McKenzie a appris des erreurs de son prédécesseur. Contrairement à M. Cardy, elle n’a pas l’intention de souffler sur les braises linguistiques. Elle n’a aucun problème avec des autobus scolaires séparés sur une base linguistique ni avec la division du système de santé en deux réseaux anglophone et francophone. Elle ne laisse aucun indice laissant croire qu’elle veut enlever des acquis aux Acadiens.

Voilà une bonne chose de réglée.

Mme McKenzie et son équipe nous ont aussi réservé une surprise, en révélant à l’Acadie Nouvelle leur intention de miser sur le nord du Nouveau-Brunswick, là où, selon eux, se trouve le plus grand potentiel de croissance pour le parti.

C’est un virage important. Même l’ancienne chef du NPD, Elizabeth Weir, qui a été députée de 1991 à 2005, faisait rarement campagne hors de Saint-Jean et de Fredericton. Le Nord a toujours été vu traditionnellement comme une terre aride où il était illusoire d’effectuer des gains (outre la grande exception d’Yvon Godin).

Mme McKenzie affirme venir toutes les quelques semaines dans les régions du Nord (elle a de la famille à Bathurst). Elle a suivi des cours de français à Shippagan, où elle a insisté pour en apprendre plus sur la culture acadienne. Elle suivra un autre cours d’immersion cet hiver, toujours à Shippagan.

Bref, il y a là une volonté de communiquer avec les Acadiens et surtout de les comprendre. Le chef du Parti progressiste-conservateur, Blaine Higgs, dont les progrès dans la langue de Molière sont beaucoup plus lents que ceux de Mme McKenzie, aurait avantage à s’inspirer de son adversaire néo-démocrate.

Le grand défi de la chef néo-démocrate reste toutefois de se faire connaître. Elle n’a pas une personnalité plus grande que nature comme Jack Layton et Jagmeet Singh, sur la scène fédérale.

Pire, son parti éprouve des difficultés à attirer ceux qui devraient normalement se tourner vers lui. Qu’une personne comme Kevin Arseneau, dont les opinions de gauche sont bien connues et documentées, ait choisi de se présenter pour le Parti libéral plutôt que sous la bannière orange, montre l’ampleur du défi.

Comment le NPD peut-il réussir la percée dont il rêve dans le Nord? C’est la grande question. Jennifer McKenzie nous répond qu’elle va à la rencontre des gens, qu’elle communique et qu’elle fait la tournée des Tim Hortons.

Mais ce n’est pas comme si ses prédécesseurs étaient muets. Eux aussi ont tenté de convaincre l’électorat. Mme McKenzie affirme que les Néo-Brunswickois, et encore plus les francophones, partagent les mêmes valeurs que le NPD. C’est peut-être vrai, mais ça ne les empêche pas de bouder sa formation élections après élections.

Jennifer McKenzie rêve de devenir première ministre du Nouveau-Brunswick, mais serait sans doute satisfaite de se faire élire en même temps que quelques autres néo-démocrates. Encore plus si cela pouvait lui assurer la balance du pouvoir.

Comment pense-t-elle accomplir cet exploit? Nous n’avons pas pu obtenir une réponse satisfaisante, si tant est qu’elle existe.

Au moins, le NPD nous a rassurés sur ses intentions. Il a fini de se tirer dans le pied et d’utiliser la question linguistique pour faire des gains à court terme.

Il ne pourra réaliser tous ses objectifs en 10 mois. Mais si Mme McKenzie continue de bien jouer ses cartes, son parti pourrait redevenir pertinent.