Quand chimiothérapie et politique se mélangent

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick et le Réseau de santé Vitalité pensaient bien avoir mis le couvercle sur la marmite en concluant une entente qui permettra d’offrir des traitements d’oncologie aux hôpitaux de Saint-Quentin et de Grand-Sault. C’est plutôt le contraire qui est en train de se produire. Le feu est en train de prendre dans la cuisine.

Les problèmes ont commencé quand le réseau Vitalité a annoncé qu’il cessera d’offrir des services d’oncologie à Saint-Quentin et à Grand-Sault. Les futurs patients seront dirigés vers l’Hôpital régional d’Edmundston. La décision a soulevé un tollé, au point où le ministre de la Santé, Benoît Bourque, s’en est mêlé.

Déjà, à la base, cette situation (l’intervention du ministre) pouvait être qualifiée d’inédite. Ce n’est quand même pas la première fois qu’un hôpital subit des compressions. Dans une réunion publique, mardi, la mairesse de Saint-Quentin a elle-même dénoncé le fait que l’hôpital de sa communauté ait été graduellement amputé de plusieurs services au cours des 13 dernières années.

Cette situation n’est pas unique à Saint-Quentin. L’actualité nous offre souvent des situations du genre. Un exemple parmi tant d’autres: en juillet 2015, les élus de Tracadie ont partagé leur colère après l’annonce de la fermeture du service de mammographie de l’hôpital de la ville, au profit de celui de Caraquet.

Or, on ne voit pas le ministre de la Santé intervenir chaque fois pour imposer le maintien du service menacé ou l’ajout d’un nouveau. Il laisse le Réseau de santé Vitalité gérer ses budgets et vivre avec les critiques.

Cette fois-ci, par contre, la pilule n’a pas passé. La lutte contre le cancer est un enjeu qui tient à cœur aux Acadiens, comme le prouvent les succès que sont la campagne de l’Arbre de l’espoir et les Relais pour la vie. Cette terrible maladie pousse les citoyens à faire preuve d’une grande solidarité.

Les gens de Saint-Quentin et de Grand-Sault n’allaient pas baisser les bras sans rien dire. Abandonner un service d’oncologie frappe beaucoup plus l’imaginaire de la population touchée que la perte d’une unité palliative, comme ça été le cas à Dalhousie en 2014.

Le ministre Benoît Bourque a donc exigé une solution. Vitalité a réagi en proposant l’embauche d’une infirmière immatriculée qui ferait la navette entre Saint-Quentin et Grand-Sault, moyennant un budget supplémentaire de 120 000$ par année. Fredericton a accepté de payer, permettant à tout le monde de sauver la face et de se réjouir.

Il y a toutefois un hic dans ce scénario. Il s’agit d’un bon compromis pour le Réseau de santé Vitalité et pour le ministère de la Santé. Mais personne ne semble s’être demandé s’il s’agit aussi d’une bonne solution pour les hôpitaux en question.

Si on se fie à la réaction des gens touchés, la réponse est non.

En effet, les communautés ne sont pas dupes. Il s’agit bel et bien d’une perte de service.

Le fait qu’une employée se déplacera d’Edmundston ou de Campbellton pour l’offrir n’y changera rien. On craint qu’éventuellement, le gouvernement ne renouvelle pas le financement et que les traitements de chimiothérapie finissent de toute façon par n’être offerts qu’à Edmundston.

La méfiance des citoyens est compréhensible. Ils ont déjà joué dans ce film-là. L’établissement de Saint-Quentin a failli perdre son statut d’hôpital en 2004. Le Plan provincial de santé prévoyait qu’il serait transformé en centre de santé communautaire et qu’il perdrait 10 de ses 12 lits. Les opposants avaient fait plier le ministre Elvy Robichaud par la force de leurs arguments, mais aussi en bloquant la route 17.

Dans le dossier des services de chimiothérapie, le Réseau de santé Vitalité et le ministre Benoît Bourque ont commis une erreur capitale. Ils ont trouvé une solution politique à un problème de santé.

Vitalité souhaitait cesser d’offrir ces traitements à Saint-Quentin et à Grand-Sault. Le ministre ne voulait pas voir des dizaines de personnes cancéreuses prendre la route en plein hiver en raison d’une décision administrative. Ils ont négocié un accommodement (financer les voyages d’une infirmière de l’extérieur) sans s’interroger à savoir s’il est acceptable pour les communautés visées ou même s’il s’agit de la meilleure chose pour les patients.

À ce point-ci, le mieux serait de tout recommencer à zéro. Le ministère est déjà prêt à verser 120 000$ par année pour financer des infirmières voyageuses. Il reconnaît surtout l’importance qu’accorde la population aux services d’oncologie. Cela coûterait-il beaucoup plus cher de maintenir le statu quo? Et sinon, d’autres solutions pourraient-elles être envisageables?

Nous invitons les décideurs à refaire leurs devoirs. Mais cette fois, ne faites pas l’erreur de laisser les principaux intéressés hors du coup.