Gallant peut mieux respirer

Nous n’avons pas terminé d’entendre parler du système d’évaluations foncières et des ratés qui ont mené au scandale qui a ébranlé le gouvernement plus tôt cette année. À ce point-ci, nous pouvons toutefois conclure que le premier ministre Brian Gallant a évité le pire.

La vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick, Kim MacPherson, a remis la semaine dernière son rapport portant sur le fiasco. Rappelons que Service NB a accéléré la mise en place d’un système aérien d’évaluation de la valeur des propriétés.

Ce nouvel outil permet d’évaluer les propriétés plus rapidement et surtout plus souvent. Cela aurait permis d’augmenter les revenus de 350 millions $ dès cette année. Les augmentations prévues étaient si spectaculaires que des fonctionnaires de Service NB ont décidé de les justifier en inventant des rénovations dans leurs rapports.

Dans ce dossier, il est rapidement devenu apparent que la décision de truquer les évaluations n’était pas politique. Il n’existe aucune preuve que Brian Gallant ou quelqu’un de son équipe a ordonné directement à ses fonctionnaires de tricher.

Il n’est pas clair qui a autorisé ce raccourci honteux. Quelqu’un en a toutefois subi les conséquences. La veille du dévoilement du rapport de la vérificatrice générale, il a été annoncé que l’ex-président de Service NB, Gordon Gilman, prenait sa retraite après 37 années dans la fonction publique.

Si les évaluations truquées sont l’oeuvre de fonctionnaires, il est évident que ceux-ci ont agi en raison de ce qu’ils ont perçu comme étant une directive en haut lieu d’accélérer la mise en place du système d’imagerie aérienne, surnommé «pictométrie».

Le premier ministre Brian Gallant a assisté, le 6 mai 2016, à une activité portes ouvertes de Service NB portant sur les technologies émergentes. Il a demandé à son chef de cabinet de s’assurer de prévoir la réaction de la population aux hausses d’impôt provoquées par cette nouvelle technologie.

Ce même jour, la décision a été prise de faire passer la mise en place du nouveau programme de trois à un an, enclenchant la série d’événements qui allaient mener à des milliers d’évaluations foncières erronées.

Le premier ministre, répétons-le, n’a pas ordonné de truquer celles-ci. Mais a-t-il réclamé que la mise en place de la pictométrie soit accélérée? Rien ne permet de le prouver, selon la vérificatrice générale.

Pour Brian Gallant, il s’agit d’une victoire immense.

Il peut désormais s’appuyer sur le rapport de Kim MacPherson pour répliquer aux assauts de l’opposition, laquelle tente depuis le début de le lier directement au scandale.

Le chef libéral n’est toutefois pas sorti du bois. Il existe encore un doute quant à son implication. La vérificatrice générale ne l’a pas complètement blanchi. Elle indique dans son rapport ne pas avoir «pu déterminer si le premier ministre avait demandé le “régime accéléré”». Elle ne lui accorde pas le Bon Dieu sans confession.

Et pour cause! Le fil entre le bureau du premier ministre et l’implantation en catastrophe de la pictométrie est extrêmement ténu, mais il existe. Brian Gallant a assisté à une réunion sur le sujet. Il a demandé à son chef de cabinet de faire un suivi avec le président de Service NB. Celui-ci a obtempéré le jour même. Et Service NB a ensuite décidé d’accélérer le processus, quitte à tourner les coins ronds.

Néanmoins, les zones grises, les nuances, les discussions téléphoniques qui n’ont pas laissé de traces écrites et les contradictions sont nombreuses. Bonne chance au chef de l’opposition Blaine Higgs s’il croit être capable de lever tout doute sur le rôle de son adversaire libéral d’ici la campagne électorale.

En fait, la vérificatrice générale jette surtout le blâme sur la direction de Service NB (qu’elle accuse d’avoir manqué de leadership), sur les communications trompeuses qui ont laissé croire aux employés que la directive venait directement de Brian Gallant et sur un environnement de travail toxique.

Face à une analyse aussi accablante, il était évident que des changements devaient avoir lieu, d’où la mise à la retraite forcée de l’ex-président Gilman.

Du point de vue politique, le plus dur est fait pour le gouvernement. Le ministre responsable de Service NB, Ed Doherty, a été sacrifié lors du plus récent remaniement ministériel. L’image du premier ministre a été égratignée, mais pas de façon irrémédiable. Et surtout, le gouvernement Gallant dispose désormais d’une bonne base pour rétablir le lien de confiance avec les propriétaires fonciers, grâce aux 25 recommandations de la vérificatrice MacPherson qu’il devrait s’empresser d’implanter.