Traitement inhumain pour un résistant acadien

L’hiver approche à grands pas, avec son cortège de froid, de neige et de glace. Et quelque part dans le Parc national Kouchibouguac, un résistant acadien âgé de 88 ans ne bougera pas, peu importe les conditions.

L’histoire de Jackie Vautour est aujourd’hui connue de tous. Lui et les siens ont été expulsés en 1976 de leur communauté afin de faire place à la construction d’un parc national.

Deux ans après les événements, Jackie Vautour est revenu avec son épouse Yvonne s’installer dans sa communauté disparue, en plein coeur du parc Kouchibouguac. Il y est toujours. Le gouvernement fédéral n’approuve pas sa présence, mais il la tolère. Pourquoi? Probablement parce qu’il sait que toute tentative d’expulser une nouvelle fois de force le vieux combattant et de raser sa demeure provoquerait un concert de critiques, un cirque médiatique et aurait l’effet d’un oeil au beurre noir sur la réputation du politicien qui ordonnerait une telle opération policière.

Ainsi, tout le monde attend. Quoi au juste? Le décès du vieil homme ou – qui sait? – une hypothétique victoire de celui-ci devant la Cour suprême du Canada, qui reconnaîtrait ses droits sur ses anciennes terres et même l’illégalité du parc national?

En attendant, les années passent, Jackie Vautour vieillit et son entourage commence à s’inquiéter pour sa santé et sa sécurité, de même que pour celle de son épouse. Ils habitent une maison construite avec les moyens du bord, sans eau courante, ni électricité, ni téléphone. Une roulotte s’est aussi ajoutée sur les lieux.

En 2014, un groupe mené par le militant acadien Jean-Marie Nadeau a lancé une campagne visant à améliorer les conditions de vie du couple d’octogénaires. L’objectif était de déménager une maison mobile dans le parc et d’améliorer le site.

Les autorités avaient immédiatement bloqué la demande. C’est une chose d’accepter une forme de «coexistence pacifique» avec les Vautour. C’en est une autre de les laisser vivre dans une maison digne de ce nom, dans les limites du parc Kouchibouguac.

Les proches et amis ont finalement dû se contenter de retaper discrètement la cabane, en y ajoutant notamment un poêle, un nouveau plancher et une nouvelle porte en 2015.

Ce n’est évidemment pas suffisant. L’avocat de Jackie Vautour a approché le gouvernement fédéral dans le but obtenir la permission d’apporter des améliorations modestes à la structure afin qu’elle ait une meilleure isolation et de la chaleur appropriée pour l’hiver. Rien ne laisse croire à ce point-ci que la requête sera acceptée.

C’est inhumain.

Ce n’est pas comme si les Vautour souhaitaient se creuser une fondation en ciment, faire installer l’eau et les égouts ou asphalter leur cour. Nous parlons ici de rénovations qui leur permettraient de mieux vivre, tout simplement.

Le fédéral fait déjà une exception à ses règles en laissant Jackie Vautour habiter dans le parc. Le voir faire le pointilleux au point de bloquer l’accès à des matériaux de construction est franchement indécent.

Nous comprenons que Jackie Vautour a fait le choix délibéré de ne pas tourner la page sur le drame qu’il a vécu et de vivre dans ces conditions. Rappelons qu’à sa dernière journée en tant que premier ministre du Nouveau-Brunswick, en 1987, Richard Hatfield a signé avec M. Vautour une entente qui était censée mettre fin à la saga.

C’est ainsi que Jackie Vautour a accepté de quitter le parc en échange d’une nouvelle terre et d’une indemnisation de 228 000$, une jolie somme à l’époque, et qui même aujourd’hui est suffisante pour acheter une maison de qualité raisonnable dans toutes les localités néo-brunswickoises. Toute l’histoire aurait pu se terminer là.

Le rebelle acadien a plutôt choisi de rester et vit aujourd’hui avec les conséquences de ses actes. Le gouvernement fédéral n’est pas responsable de ce choix. Mais cela ne le dispense pas de faire preuve de compassion et d’humanité.

Il souhaite manifestement punir Jackie et Yvonne Vautour pour leur résistance en les laissant croupir dans les conditions les plus difficiles possible jusqu’à ce qu’ils quittent d’eux-mêmes ou «jusqu’à ce qu’ils crèvent», comme l’a déclaré leur fils Edmond dans nos pages en 2014.

Sa façon d’agir est particulièrement odieuse, quand on sait que les immigrants illégaux qui ont afflué cet été au Canada ont été beaucoup mieux traités. Personne n’aurait accepté qu’on les laisse se débrouiller cet hiver dans une cabane, sous prétexte qu’ils ne méritent pas mieux parce qu’ils ne respectent pas les règles fédérales.

Ottawa a appris au cours des années à tolérer la présence des Vautour sur le parc. Nous l’invitons à «tolérer» une amélioration de leurs conditions de vie, tout en cessant de leur mettre des bâtons dans les roues.