Les excuses et les larmes

Le premier ministre a été tantôt salué, tantôt moqué après avoir offert ses excuses à la communauté gaie, bisexuelle, transgenre (et plus) et échappé plusieurs larmes. Soyons plutôt heureux de voir qu’un premier ministre fait preuve d’empathie et reconnaît les torts de ses prédécesseurs à l’endroit de personnes qui étaient très vulnérables.

Justin Trudeau a livré un discours émouvant dans la Chambre des communes, la semaine dernière. Il a demandé pardon aux minorités sexuelles qui ont été persécutées pendant des décennies au Canada. Il a utilisé des mots comme «honte» et «profond regret». Il a parlé du rôle qu’a joué le Canada «dans l’oppression, la criminalisation et la violence» à l’endroit de cette communauté.

Le vocabulaire était bien choisi. En effet, si on se fie aux témoignages de gens de l’époque, le gouvernement canadien a mis en place un régime de terreur qui visait à débusquer les personnes qui n’avaient pas la chance d’être de la «bonne» orientation sexuelle.

Ces événements ne remontent pas à la Nouvelle-France. C’est beaucoup plus récent qu’on ne peut l’imaginer. Dans nos pages, Diane Doiron a courageusement raconté l’enfer qu’elle a vécu dans les années 1980, alors qu’elle faisait partie de la Marine royale canadienne. Elle a été victime d’une véritable chasse aux sorcières, pendant une période où les personnes homosexuelles étaient jugées comme étant un risque pour la sécurité nationale.

Pendant environ deux ans, Diane Doiron a été constamment harcelée, l’armée s’étant donnée pour objectif de prouver qu’elle était une sorte de déviante sexuelle qu’il fallait expulser à tout prix. Des unités d’enquête spéciales l’interrogeaient régulièrement dans l’objectif de la prendre en défaut.

Ça ne s’invente pas!

Surtout, il ne s’agissait pas d’un cas isolé. Partout au Canada, l’appareil fédéral inventait des manières toujours plus tordues de punir ces gens qui ne demandaient qu’à servir leur pays et vivre leur vie en paix.

Mme Doiron affirme qu’elle se sentait comme une prisonnière de guerre, souffrait d’anxiété et craignait de faire face à des accusations criminelles. Elle a fini par être admise dans un centre psychiatrique. «J’étais brisée. Je n’en pouvais plus», a-t-elle expliqué à l’Acadie Nouvelle.

Oui, la façon d’agir du gouvernement canadien était tout ce qu’il y a de plus honteuse. Offrir des excuses à la population visée n’est que la moindre des choses, même si cela ne change rien au passé.

Justin Trudeau a partagé ses émotions et il ne s’agissait pas de larmes de crocodile. Des personnes ayant assisté au discours et qui ont vécu cette oppression (dont Diane Doiron) ont été émues par les propos du premier ministre.

Mme Doiron a d’ailleurs eu le privilège de discuter en tête-à-tête avec M. Trudeau, dans le cadre d’une réception avec d’autres membres de la communauté LGBTQ2. Une photo montrant le premier ministre essuyer une larme pendant qu’il reçoit les remerciements de Mme Doiron a fait le tour du pays.

Justin Trudeau est un habitué de ce genre d’exercice. Depuis le début de son mandat en 2015, il a offert au nom de son gouvernement des excuses publiques à l’ex-enfant soldat Omar Khadr pour les abus dont il a souffert à Guantanamo, aux enfants innus, inuits et du NunatuKavut de Terre-Neuve-et-Labrador qui ont été victimes de mauvais traitements dans les pensionnats, ainsi que pour la décision de refouler en 1914 un navire dans lequel se trouvait des centaines d’Indiens sikhs.

Justin Trudeau est souvent accusé par ses détracteurs d’être une sorte de coquille vide, un fils à papa qui passe plus de temps à prendre des égoportraits qu’à s’occuper des choses sérieuses.

Néanmoins, force est d’admettre que sa volonté de réparer les erreurs du passé est plus que sincère.

Ne sous-estimons pas l’importance des excuses publiques dans le cœur de ceux et celles qui les reçoivent. Pour Diane Doiron, elles représentent «une vraie acceptation de qui nous sommes». Elle a expliqué qu’un poids a enfin été enlevé de ses épaules.

Si les excuses officielles (et les pleurs qui les accompagnent parfois) semblent si nombreuses ces jours-ci, c’est parce que les torts commis à une époque que nous espérons révolue le sont tout autant. Certains abus ont été commis il y a quelques décennies. D’autres, il y a plus d’un siècle. Qu’importe.

Il n’est jamais trop tard pour reconnaître avoir mal agi.