Premier test, premier échec

C’est le moins que l’on puisse dire, Raymond Théberge n’aura pas mis de temps avant de donner raison à ceux qui doutent de sa capacité à bien jouer le rôle de commissaire aux langues officielles du Canada.

En éditorial la semaine dernière, l’Acadie Nouvelle avait déjà exprimé ses préoccupations face à la candidature de Raymond Théberge. Rien, dans son parcours en tant que fonctionnaire au sein du gouvernement ontarien ou en tant que recteur de l’Université de Moncton, ne nous laissait croire qu’il peut être le chien de garde dont ont besoin les francophones en milieu minoritaire.

Au contraire, il nous a plutôt offert l’image d’un commissaire qui ne montrera pas les dents, qui ne brassera pas la cage et qui ne mettra pas trop de pression sur les décideurs. Bref, un candidat parfait, non pas pour les francophones qu’il devra défendre, mais pour un gouvernement bien timide sur la question des langues officielles.

Raymond Théberge a subi un premier test cette semaine, alors qu’il a dû répondre aux questions des sénateurs et à celles des députés membres du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes.

Il l’a échoué.

Invité à expliquer s’il était en faveur du bilinguisme à la Cour suprême, Raymond Théberge s’est enfargé dans une explication nébuleuse dans laquelle il a dit que cela pourrait être compliqué à mettre en pratique parce que «le Canada est multiculturel».

Il est vrai que le Canada compte des dizaines de langues et de cultures. Le pays ne comprend toutefois que deux langues officielles, et c’est le travail de M. Théberge de s’assurer qu’elles soient traitées sur un pied d’égalité, y compris à la Cour suprême.

Sa réponse allait à l’encontre de la position de son prédécesseur, Graham Fraser, en plus de donner l’impression que M. Théberge a dit ce qu’il croyait que son patron voulait entendre.

Il a réalisé que ses actions seront surveillées de plus près à Ottawa qu’elles ne l’étaient à Moncton. Face à la controverse, il est revenu sur ses propos, en affirmant cette fois être en faveur du bilinguisme à la Cour suprême.

Cet incident démontre un autre problème avec la candidature de Raymond Théberge, soit ses piètres qualités de communicateur.

Après son passage devant les sénateurs, pendant lequel il avait exprimé ses doutes sur le bilinguisme à la Cour suprême, M. Théberge avait ensuite refusé de répondre aux questions des journalistes. Ceux-ci souhaitaient l’entendre élaborer sur sa vision et dissiper la confusion dont il était responsable, mais se sont butés à un mur.

Encore une fois, cela n’a rien de surprenant. Raymond Théberge a montré lors de son passage à l’Université de Moncton qu’il éprouve des difficultés à exprimer clairement sa pensée. Et quand il sent la soupe chaude, il refuse de monter au front jusqu’à ce qu’il n’ait plus le choix.

Nous en avons été témoins au début de l’année quand il n’a pas su comment réagir à la cyberattaque dont avait été victime une étudiante. Des dizaines de courriels comprenant des photos et des vidéos compromettantes avaient été envoyées aux élèves et employés de l’institution.

La stratégie de communication du recteur a été teintée d’improvisation. À un certain moment, au lieu d’essayer de se faire rassurant et d’expliquer les mesures prises pour résorber la crise, M. Théberge a choisi de ne plus répondre aux questions des journalistes. Exactement comme il a fait cette semaine!

Quelques heures plus tard, le recteur changeait d’idée et accordait une entrevue impromptue à un reporter, puis participait à une conférence de presse le lendemain à l’Université de Moncton.

Or, en tant que commissaire, une grande partie de son travail sera justement de communiquer des positions claires et sans ambiguïté afin de forcer le gouvernement fédéral à respecter ses obligations à l’endroit de la minorité francophone.

Malgré cela, le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes a approuvé son embauche. Est-ce la bonne décision? La réponse est oui.

Il faut cesser de jouer au fou. Déjà, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a discrédité le processus d’embauche en nommant d’abord une amie du Parti libéral (l’ancienne ministre provinciale ontarienne Madeleine Meilleur, qui a dû ensuite se récuser). Malgré les faiblesses manifestes de Raymond Théberge, nous ne pouvons pas imaginer le gouvernement recommencer une troisième fois.

Le poste est vacant depuis suffisamment longtemps. Et M. Théberge a les qualifications nécessaires pour l’occuper, à défaut d’avoir les qualités attendues.

Après s’être brûlé dans le dossier Meilleur, le gouvernement Trudeau a fait preuve de génie en trouvant un candidat apolitique, indépendant et qualifié, tout en atteignant son objectif d’embaucher quelqu’un qui ne le mettra pas dans une position difficile.

C’est une raison de plus pour garder le nouveau commissaire à l’oeil. Les francophones ne peuvent se permettre de passer les prochaines années à faire du surplace avec la question des langues officielles.