Presse écrite: les solutions bancales de Mélanie Joly

Les médias écrits traversent des années difficiles. Les appels à l’aide aux gouvernements se font de plus en plus nombreux. La plus insensible, pourtant, demeure la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

Ses silences sont évocateurs, tout comme les quelques paroles qu’elle prononce pour défendre son gouvernement, lorsqu’elle se risque à le faire.

Au cours des derniers jours, elle n’a rien eu de conséquent à dire lorsque les propriétaires de 30 journaux et hebdomadaires, principalement de l’Ontario, ont annoncé leur fermeture prochaine. Elle n’avait pas quelques minutes à consacrer à la Fédération nationale des communications, représentant de syndicats de journalistes au Québec, venus plaider la cause de l’information à Ottawa.

Elle n’a pas réagi non plus lorsque des dizaines de personnalités du Québec ont signé une lettre ouverte, le mois dernier, pour appeler le fédéral à l’action devant une presse écrite en péril. Le gouvernement Trudeau, qui réalise pourtant la gravité de la situation, n’agit que sur quelques plans. Dans son premier budget après l’élection du 4 novembre 2015, il a rajouté 675 millions $ sur cinq ans au financement de Radio-Canada, qui avait souffert de coupes étouffantes sous les conservateurs de Stephen Harper.

Mais les autres médias?

La ministre Joly dit qu’elle se refuse à financer des médias dont le modèle économique est dépassé, se disant ouverte à appuyer leur transfert vers de nouvelles technologies. Il lui échappe qu’ils doivent survivre avant de financer des éditions en ligne. Comment justifier un transfert vers internet quand les journalistes disparaissent… ceux-là mêmes qui doivent créer du contenu pour ces plateformes virtuelles?

Sans parler de la cannibalisation des revenus web par des géants comme Google et Facebook…

À cela, la ministre n’a rien répondu sauf qu’il n’était pas question d’imposer une taxe de 5% sur l’accès à internet pour financer les médias, comme l’a proposé un comité parlementaire, le printemps dernier.

Certes, la création d’une nouvelle forme d’imposition aurait été fort impopulaire. Si ce n’est pas sa voie, elle doit en proposer une autre.

La ministre a défendu son gouvernement, cette semaine, rappelant qu’il avait investi «75 millions $ par année dans les médias locaux». Il a fallu lui faire la démonstration que des magazines comme TV Hebdo, Châtelaine, Hockey News et Allo Vedettes ne contribuaient pas grand-chose comme «nouvelles locales»… Ces médias sont tous légitimes, mais le programme auquel Mme Joly réfère n’est pas admissible aux quotidiens.

Si cela ne suffisait pas… Rares sont les organisations de presse aussi fragiles que celles établies dans les milieux minoritaires pour lesquelles la ministre du Patrimoine doit avoir une sensibilité accrue. Dans neuf provinces et trois territoires, 2,6 millions de Canadiens vivent en français et leur accès à des médias de proximité s’avère crucial.

Mme Joly ne peut l’ignorer: elle consulte depuis deux ans les communautés minoritaires en vue du futur Plan d’action sur les langues officielles. La Fédération des communautés francophones et acadiennes a rappelé, en commission parlementaire en mars 2016, que les médias locaux qu’ils représentent ont perdu 2 des 3,2 millions $ en publicité fédérale sous les conservateurs. La FCFA a même porté plainte au Commissariat aux langues officielles pour manquements aux obligations linguistiques des ministères.

Ces communautés sont souvent très isolées, parfois vieillissantes, où l’accès à internet à haute vitesse n’est pas disponible, trop onéreux… ou incompris. Comment la ministre Joly peut-elle ignorer ces appels, ou proposer des solutions qui n’en sont pas?

Collaboration spéciale
Pierre Jury, éditorialiste-en-chef
Le Droit, Ottawa