Une Personnalité de l’année inspirante

L’Acadie Nouvelle nomme une Personnalité de l’année, et ce, depuis 1997. Parmi les nommés, rares sont ceux qui sont qui ont eu un parcours aussi inspirant que Diane Doiron, le choix de notre comité éditorial cette année.

Le choix de Diane Doiron surprendra peut-être certains de nos lecteurs. Après tout, bien peu d’entre eux avait entendu parler de cette courageuse femme avant qu’elle soit catapultée à la une de l’Acadie Nouvelle, le 3 octobre, même si elle s’était fait un nom en tant que photographe de presse (plusieurs de ses photos se sont retrouvés dans les pages de votre journal au cours des années).

Ce jour là, Mme Doiron a témoigné des sévices qu’elle a vécu au sein de la Marine royale canadienne dans les années 1980. Présentée comme un risque pour la sécurité militaire en raison de son homosexualité, elle a été constamment harcelée par une unité d’enquête spéciale. Elle a été traitée «comme une criminelle, comme un espion». Poussée à bout, elle a dû abandonner son rêve de servir sous les drapeaux. Brisée, elle a été admise dans un hôpital psychiatrique.

C’est ainsi que le gouvernement canadien traitait certains de ses citoyens à l’époque. Tout simplement honteux.

Diane Doiron a depuis posé deux gestes qui ont changé sa vie – et peut-être aussi celle de nombreuses autres personnes. Elle a d’abord raconté son histoire l’automne dernier à une employée du ministre des Anciens Combattants, à Fredericton. Puis, elle s’est confiée sur Facebook et à l’Acadie Nouvelle.

Diane Doiron n’est évidemment pas la seule personne à avoir vécu l’enfer en raison des politiques homophobes des gouvernements passés. Au Nouveau-Brunswick, elle a cependant été l’une des seules à avoir osé briser le silence et soulevé le voile sur cette période trouble.

Son témoignage dans l’Acadie Nouvelle a eu un grand impact. Elle a de plus été invitée à Ottawa, où elle a rencontré en tête-à-tête le premier ministre Justin Trudeau après que celui-ci ait présenté les excuses du gouvernement du Canada pour le traitement qu’il a fait subir à Mme Doiron et ses semblables.

Dans ses délibérations, le comité éditorial du journal s’est laissé aussi influencer par la mouvance dans laquelle Diane Doiron s’est inscrite.

L’année 2017 a été celle où de nombreuses victimes ont confronté les agresseurs. Le scandale provoqué par les accusations d’agressions sexuelles proférées par des dizaines de personnes contre le producteur hollywoodien Harvey Weinstein a eu des répercussions à travers les États-Unis et ailleurs sur la planète.

Au Québec, des géants ont été déboulonnés de leur trône. Le PDG de Juste pour rire Gilbert Rozon ainsi que l’animateur et producteur Éric Salvail sont les principales têtes d’affiche à avoir roulé en même temps que gagnait en importance l’influence des mots-clics #moiaussi et #metoo. Du jour au lendemain, des présumés agresseurs (personne n’a encore été condamné en cour) qui se croyaient tout permis sont tombés de leur pied d’estale. Plus personne, ou presque, n’est intouchable.

La vague de dénonciations n’a pas frappé l’Acadie. Ne nous faisons toutefois pas d’illusions. Si personne n’ose prendre la parole, si aucun entrepreneur, employeur, artiste ou autre n’a encore été dénoncé publiquement, ce n’est sûrement pas parce que l’Acadie ne compte pas sa part d’agresseurs sexuels. Notre peuple n’est pas plus ou moins vertueux qu’un autre.

Bref, nous ne pouvons pas revenir sur 2017 sans parler de ce phénomène. Surtout dans une province où, comme la démontré l’enquête Unfounded du Globe and Mail, les femmes qui portent plaintes pour agressions sexuelles sont moins susceptibles d’être crues par les forces policières que partout ailleurs au pays.

Diane Doiron n’est pas un produit direct de #moiaussi. Elle est par contre la preuve qu’il est possible en Acadie de dénoncer des injustices, même plusieurs décennies plus tard, d’être entendue et de contribuer à changer les choses.

La liste des Personnalités de l’année de l’Acadie Nouvelle comprend des politiciens, des maires, des chanteurs, des gens du monde des affaires, un enfant, un recteur et bien d’autres.

Aucun n’aura connu un parcours comme celui de Mme Doiron.

Elle ne pouvait imaginer l’ampleur des réactions que sa sortie provoquerait quand elle a entrepris de raconter son histoire. Son courage a été une source d’inspiration pour tous ceux et celles qui ont été victimes d’injustice, autant les personnes qui ont eu droit aux excuses du premier ministre Trudeau que ceux qui souffrent encore dans l’ombre aujourd’hui.

C’est pour cela, et bien plus encore, qu’elle est aujourd’hui la Personnalité de l’année 2017 de l’Acadie Nouvelle.