Le Crépuscule…

Si 2017 nous a permis de célébrer ensemble le cent cinquantième anniversaire de naissance du Canada, on aurait pu tout aussi bien célébrer le même anniversaire pour la presse écrite acadienne, née le 8 juillet 1867, avec la parution de la première édition du Moniteur acadien à Shediac.

Au risque de passer pour un esprit négatif, force nous est d’admettre que la presse écrite aussi bien en Acadie qu’ailleurs au pays n’a rien à célébrer en cette fin d’année qui a vu des dizaines et des dizaines de journaux mourir essentiellement à cause d’un manque de revenus publicitaires.

Notre quotidien provincial n’est pas à l’abri des menaces qui pèsent sur la presse écrite, et quand on sait que l’Acadie Nouvelle est – avec Radio-Canada Acadie -, la seule source d’information sur laquelle la communauté francophone et acadienne de la province peut compter sur une base quotidienne, les obstacles à surmonter sont nombreux.

À cela s’ajoute un double mandat également en milieu minoritaire, puisque le journal doit aussi voir à la défense et à la promotion de l’ensemble des causes acadiennes. Là où le bât blesse cependant c’est que la Société Radio-Canada peut compter sur une enveloppe budgétaire très généreuse de la part du gouvernement fédéral, et peut également se permettre de puiser dans plusieurs fonds destinés à la création et à la diffusion.

Pour la presse écrite, non seulement n’a-t-elle pas accès à des sources de financement public, mais elle se voit privée depuis quelques années des revenus de la publicité gouvernementale tant au niveau provincial que fédéral. Ces gouvernements choisissent de plus en plus les réseaux sociaux pour leurs besoins publicitaires.

Ce faisant, nos dirigeants politiques participent consciemment ou inconsciemment à la mort lente de notre presse francophone,faisant fi de leurs obligations constitutionnelles qui leur exige des efforts en matière de protection et de promotion des communautés minoritaires de langue française. Il faut se l’avouer, une proportion importante de notre lectorat préfère encore l’édition papier de notre journal pour des motifs bien évidents.

Se limiter à diffuser sur le web comme le font trop souvent nos gouvernements prive nos communautés d’être bien informées. Pour les gouvernements des solutions sont possibles. D’abord ils pourraient instaurer une politique d’achat publicitaire dans les médias régionaux et mettre en place un fonds d’investissement tiré a même les revenus des médias sociaux.

Les communautés francophones et acadiennes, ont mal digérés le mois dernier, le refus de la ministre du Patrimoine Mélanie Joly de rencontrer des représentants de la presse écrite francophone de partout au pays, qui voulaient faire valoir à la ministre l’urgence d’agir devant la catastrophe imminente qui se prépare pour nos journaux régionaux.

En assumant que les ressources financières supplémentaires allouées à Radio-Canada répondent aux engagements du gouvernement, la ministre commet une grave erreur, dont les conséquences pourraient dans un avenir plus près que l’on pense provoquer la mort de journaux comme notre Acadie Nouvelle.

Malgré ce triste portrait, chers lecteurs, votre journal vous remercie d’abord du soutien que vous lui offrez, et souhaite pour l’année qui s’en vient d’être capable de vous fournir l’information de qualité que vous méritez.

Nous en appelons à toute la communauté francophone du Nouveau-Brunswick de maintenir et d’augmenter son appui a notre journal, et demandons aux autorités publiques de prendre leurs responsabilités dans la promotion de nos communautés.

L’histoire de notre presse écrite ressemble étrangement à un chemin de croix, ou après de nombreuses chutes, nous nous sommes relevés, mais je crains que la prochaine nécessite une résurrection.

Bonne année 2018.

 

Clarence LeBreton,
Président Conseil d’administration des Éditions de l’Acadie Nouvelle.