Le véritable patron

L’année 2017 a été celle où le premier ministre Brian Gallant a véritablement assis son autorité.

Cela ne signifie pas que Brian Gallant n’assumait pas auparavant son statut de chef du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Après son arrivée au pouvoir en 2014, Brian Gallant a copié plusieurs pages du livre d’un autre premier ministre, Stephen Harper, reconnu pour ses penchants centralisateurs. Il a concentré au sein de son cabinet la prise de décisions importantes, a mis fin prématurément à des sessions législatives, etc.

Néanmoins, la dernière année a été différente des autres.

Brian Gallant ne s’est pas gêné pour tasser du conseil des ministres deux ténors de son gouvernement, Victor Boudreau et Donald Arseneault. Il a été jusqu’à pousser M. Arseneault vers la porte (en lui lançant un ultimatum), quand il est apparu clair que la controverse entourant l’embauche de ce dernier au sein d’un syndicat national n’allait pas s’envoler de sitôt.

Il a aussi rétrogradé Ed Doherty à la suite du scandale des évaluations foncières truquées de Service NB et s’est nommé ministre responsable de la région de Saint-Jean.

Bref, le premier ministre en mène plus large que jamais. Un deuxième mandat consécutif est dans l’ordre du possible, exploit qui n’a pas été accompli dans la province depuis la réélection du progressiste-conservateur Bernard Lord en 2003.

Dans ces circonstances, ce n’est pas une surprise que le comité éditorial de l’Acadie Nouvelle ait choisi M. Gallant comme étant le francophone le plus influent au Nouveau-Brunswick.

Soyons terre-à-terre. Le premier ministre en fonction pourrait obtenir ce premier rang chaque année. Qui d’autre a le pouvoir d’aller piger autant dans les poches de ses concitoyens (en augmentant les taxes), de modifier les lois, d’appuyer ou d’enterrer des initiatives locales, de créer un nouveau congé férié (le jour de la Famille, en février), etc?

Dans les faits, le comité éditorial du journal s’inspire aussi de l’actualité. Dominic LeBlanc, en tant que bras droit de Justin Trudeau, a été identifié comme étant le plus influent en 2015. L’année dernière, le titre a été remis au juge en chef de la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick, Ernest Drapeau. Il avait rappelé que le pouvoir des dirigeants politiques a des limites, notamment en envoyant le gouvernement refaire ses devoirs dans le dossier des autobus dits «bilingues».

Le choix de Brian Gallant s’imposait toutefois cette année. Il a rappelé par ses actions qu’il est le véritable patron. Il a réussi ce coup d’éclat au cours d’une année tumultueuse, pendant laquelle il a été critiqué pour sa gestion de la crise du verglas, pour le scandale des évaluations foncières truquées et pour le transfert de la gestion du Programme d’extra-mural ainsi que de Télé-Soins 811 à Medavie, une entreprise sans but lucratif.

Notons toutefois que le gouvernement Gallant a gardé le cap dans la tempête, comme il l’avait fait lors de la fermeture des bureaux de Services NB et de palais de justice il y a deux ans. Nous sommes loin du politicien hésitant qui, lors de sa première année au pouvoir, avait reculé aussitôt que la grogne s’était fait sentir dans le dossier de la hausse des frais imposés aux aînés dans les foyers de soins.

Cette assurance s’explique en partie par les intentions de vote favorables dont jouissent les libéraux. Les controverses ont eu beau s’accumuler sur le dos de ceux-ci au cours de la dernière année, les partis d’opposition n’ont pas été capables de réduire l’écart.

À moins d’une année du scrutin électoral, il sera intéressant de voir ce que nous réserve le premier ministre. En effet, ce ne sont pas les enjeux qui manquent.

Brian Gallant devra convaincre le gouvernement du Canada que sa stratégie de tarification du carbone est la bonne. Sinon, le fédéral pourrait imposer sa propre taxe au Nouveau-Brunswick.

Il faudra aussi surveiller de près le transfert de la gestion du Programme extra-

mural. Il n’est pas dit qu’il se déroulera comme sur des roulettes. Avec une pénalité qui pourrait atteindre jusqu’à 1 million $ en cas de rupture du contrat, le gouvernement aura tout intérêt à s’assurer que sa stratégie fonctionne bien. La dernière chose dont il a besoin est d’un fiasco dans le domaine de la santé à quelques semaines des élections.

Il devra aussi dans les prochains mois mettre sur pied un réseau de vente de cannabis. Le potentiel d’un dérapage financier sera important.

Le premier véritable test aura toutefois lieu à la fin du mois, quand la ministre Cathy Rogers présentera le dernier budget du mandat. Fredericton gardera-t-il le cap sur la réduction du déficit? Offrira-t-il des bonbons aux électeurs? Osera-t-il imposer des compressions budgétaires?

Ce budget donnera une très bonne idée des intentions de notre influent premier ministre en plus de nous offrir des indices sur les enjeux qu’il entend mettre de l’avant lors de la prochaine campagne électorale.