Garderies: le grand chantier

Le gouvernement libéral est sur la bonne voie pour atteindre son objectif d’améliorer les services de garde au Nouveau-Brunswick. Le chantier est toutefois gigantesque, si bien que tant les parents que les intervenantes en services de garde ne seront pas en mesure de crier victoire de sitôt.

Il faut toutefois bien commencer quelque part. Et les nouvelles dans les derniers mois ont été positives.

Il faut rappeler que pendant longtemps, les garderies néo-brunswickoises ont été plus ou moins laissées à elles-mêmes. Elles devaient bien entendu respecter des critères, au risque de perdre leur permis. En l’absence d’un financement public digne de ce nom, elles devaient cependant se débrouiller avec les moyens du bord.

Des progrès ont eu lieu depuis dix ans, tant sous les gouvernements libéraux que progressistes-conservateurs. Des millions ont notamment été injectés afin de bonifier le salaire des employées (très majoritairement des femmes).

Ils ont aussi soufflé le chaud et le froid. En 2015, la décision du gouvernement Gallant de priver les propriétaires de 267 garderies à but lucratif du soutien financier qui leur permettait d’augmenter leur taux horaire jusqu’à 5$ l’heure avait été très mal accueillie.

Fredericton avait ainsi économisé 2,4 millions $, montant qu’il s’était engagé à reverser (en plus de 400 000$ en argent frais) afin d’inclure un plus grand nombre d’employées.

Les libéraux ont aussi pu se défendre en rappelant qu’ils avaient fait de l’amélioration du système de garde une de leurs priorités lors de la dernière campagne électorale. Et même s’ils n’ont pas atteint leurs objectifs, force est de contester qu’ils n’ont pas traîné les pieds non plus.

Les trois grands engagements n’ont pas encore été remplis. Les libéraux n’ont pas créé de registre provincial des places disponibles, n’ont pas doublé l’aide financière aux parents et n’ont pas augmenté à 30 000 le nombre de places (la province en compte environ 28 000 présentement).

Ce n’est que partie remise. Le gouvernement a laissé entendre que d’autres annonces surviendront prochainement.

Il a aussi mis sur pied une commission visant à examiner les services de garde au Nouveau-Brunswick afin de mieux comprendre l’ampleur des défis à relever. Si toutes les recommandations n’ont pas été retenues, nous ne pouvons que saluer la décision de transformer jusqu’à 300 garderies en centres de la petite enfance.

Ceux qui voudront faire de leur garderie un centre de la petite enfance devront se soumettre à des normes d’apprentissage plus élevées, mais recevront en échange du financement supplémentaire de Fredericton et d’Ottawa. Les éducatrices qualifiées (qui ont un diplôme d’études postsecondaires) verront aussi leur rémunération bonifiée, elles qui sont présentement parmi les moins bien payées au Canada.

Des services de garde mieux financés et des enfants mieux préparés à faire leur entrée à l’école? Des intervenantes mieux payées et avec un incitatif pour être mieux formées? Voilà d’excellentes nouvelles.

Il ne faut pas que cela s’arrête là. En effet, ces «super-garderies» ne régleront pas tout.

D’abord, les garderies ne sont toujours pas assez nombreuses. Plusieurs d’entre elles comptent une liste d’attente de plusieurs centaines de noms. Et ce, même si dans bien des cas, elles sont hors de prix. Pour de nombreux parents, envoyer ses enfants à la garderie est l’équivalent de payer une deuxième hypothèque. C’est particulièrement vrai pour ceux qui ont des enfants âgés de moins de 2 ans, où la facture risque d’être exorbitante.

Or, les taux versés aux parents dont le revenu annuel se situe entre 30 000$ et

55 000$ n’ont pas changé depuis 2014, malgré la promesse faite par les libéraux. Cela signifie que les super-garderies risquent surtout d’être au service des Néo-Brunswickois qui ont les moyens d’y envoyer leurs enfants.

De plus, il y a encore et toujours le grand éléphant dans la pièce, celui que tous les gouvernements préfèrent ignorer. Nous parlons évidemment de la question linguistique.

Malgré les changements apportés, les garderies bilingues continueront de pulluler dans la province. Les super-garderies devront choisir un curriculum anglais ou français et l’enseigner dans une seule langue, mais cela ne les empêchera pas d’accueillir des enfants des deux communautés linguistiques, avec le risque d’assimilation que cela suppose.

L’enjeu n’est pas que théorique. Chaque année, des écoles – en particulier dans le sud de la province – reçoivent des petits francophones qui ont passé quelques années dans des garderies qui n’étaient bilingues que de nom. Ils ont été anglicisés et sont donc en retard comparativement à leurs petits camarades à la maternelle.

Les progrès réalisés sont importants. Mais il en faudra encore beaucoup plus. Les efforts des dernières années ne doivent pas être considérés comme une finalité en soi, mais comme un commencement. Les principales formations politiques devront profiter de la prochaine campagne électorale pour expliquer comment elles comptent s’y prendre pour améliorer le réseau, le rendre plus accessible et plus rentable ainsi que combattre l’assimilation.