Après les Boys in Red

Les joueurs des équipes sportives de l’école Bathurst High sont depuis longtemps – et encore aujourd’hui – surnommés les Boys in Red. Mais pour une majorité de citoyens, ce surnom restera toujours associé aux victimes d’un terrible accident survenu il y a une décennie.

Javier Acevedo. Codey Branch. Nathan Cleland. Justin Cormier. Daniel Hains. Nicholas Nikki Kelly. Nickolas Quinn. Ces sept noms résonneront encore longtemps dans le coeur des Néo-Brunswickois, en général, et de leurs proches en particulier. À ceux-ci, il faut ajouter celui d’Elizabeth Lord, épouse du conducteur de la camionnette.

L’histoire a été racontée maintes et maintes fois. L’équipe de basketball revenait de Moncton. Les conditions routières étaient mauvaises. À environ 5 minutes de route de sa destination, le véhicule a frappé l’accotement sur la route enneigée, a dérapé et a été éventré par un camion qui arrivait en sens inverse.

Il n’y a eu que quatre survivants: le conducteur, sa fille et deux joueurs. Un drame épouvantable qui a fait et qui continue de faire couler beaucoup de larmes, en particulier à Bathurst. Aucune accusation n’a été portée. Il ne s’agissait que d’un accident routier comme il en arrive tant chaque année sur nos routes. Un accident qui aurait pu être évité, certes, mais quand même un accident.

L’Acadie Nouvelle a publié cette semaine une série d’articles portant sur les suites et les conséquences de ce terrible accident. Des parents ont raconté comment ils vivent cette tragédie depuis déjà une décennie. Certains se sont battus pour améliorer la sécurité des élèves lors des déplacements parascolaires. D’autres ont préféré vivre leur deuil en privé et en famille, loin de l’oeil du public et des médias.

Le souvenir de ces enfants résonne aujourd’hui jusqu’en Afrique, où a travaillé le père de Nikki Kelly. Le drame a été l’élément déclencheur d’un projet visant à équiper une école de Tanzanie d’un terrain de basketball, d’équipement et de ballons, en plus d’un terrain de soccer. Les enfants, parmi lesquels de nombreux orphelins, profitent de ces installations depuis 2010.

Quand un drame comme celui-là survient, il est souvent de mise d’exiger des changements, que ce soit de la part des gouvernements ou dans nos habitudes, afin d’éviter que les victimes n’aient perdu la vie «en vain».

L’expression est probablement mal choisie. Aucune amélioration à la sécurité routière ne peut compenser le fait que ces huit personnes ne sont aujourd’hui plus de ce monde. Elles devraient être aujourd’hui des leaders dans notre communauté, et non pas être honorées au cimetière, au parc commémoratif du centre-ville de Bathurst, sur les lieux de l’accident (où se trouve toujours un hommage improvisé) ou près d’une école africaine.

Néanmoins, il est rassurant de constater que tant de gens aient tiré des leçons des événements.

Nous en sommes témoins dans le milieu du sport scolaire, où les équipes voyagent désormais à bord de minibus. La transition a été accélérée par une loi du gouvernement provincial, qui interdit désormais aux écoles de transporter leurs élèves dans des fourgonnettes comme celle qui a été au coeur de la tragédie, le 12 janvier 2008.

Leur entretien est surveillé de beaucoup plus près. Rien n’est laissé au hasard. Nous l’avons vu cette semaine avec la polyvalente Roland-Pépin, où une Chasse à l’as a été organisée pour acheter un nouveau minibus. Le véhicule actuel vieillit. Il a été acheté il y a 10 ans. Faut-il préciser à la suite de quelles circonstances?

La transformation la plus marquante, celle qui aura un impact à plus long terme, a toutefois eu lieu dans le comportement des personnes qui utilisent le transport parascolaire. En effet, nous aurions beau faire voyager nos enfants dans des véhicules fortifiés, cela ne changera rien si nous continuons d’affronter les éléments au mépris de la sécurité. Les routes enneigées, la pluie verglaçante, les tempêtes et la visibilité nulle font partie du paysage hivernal néo-brunswickois depuis toujours. Elles ne sont pas prêtes de disparaître.

Or, des changements majeurs ont été apportés. Les mentalités ont évolué. Les écoles n’hésitent plus à repousser des parties ou à annuler leur présence à un tournoi quand dame Nature refuse de collaborer. Tous ont compris que ça ne vaut pas la peine de voyager de nuit, dans des conditions météo difficiles, afin de respecter un engagement sportif ou un horaire.

La sécurité prime. Enfin.

Quel dommage qu’il ait fallu un réveil aussi brutal pour y arriver.

Dix ans plus tard, nous pleurons encore les victimes. Nous partageons notre appui à l’endroit des familles éplorées.

Nous nous réjouissons aussi que d’autres drames du genre ne soient pas survenus dans le milieu parascolaire, saluons que des mesures sont prises quotidiennement pour éviter que cela arrive à nouveau et prions pour que nous puissions en dire autant lors du 20e anniversaire de l’accident des Boys in Red, lors du 30e, etc.