L’attention médiatique avant l’information

Le premier ministre Brian Gallant est en campagne électorale. Ceux qui en doutent encore n’ont qu’à analyser de plus près sa stratégie de communication dans le dossier des garderies.

Le gouvernement libéral a annoncé la semaine dernière que les enfants des familles à faible revenu pourront fréquenter gratuitement les nouveaux centres de la petite enfance, dont les deux premiers verront le jour à Saint-Jean et à Edmundston d’ici la fin de l’année.

Est-ce une annonce à caractère électorale? Oui, bien sûr. Il n’y a rien là de neuf sous le soleil. La majorité, sinon la totalité des annonces des gouvernements qui entrent dans leur dernière année de mandat ont notamment pour objectif d’améliorer leurs chances de réélection.

Cela ne se résume pas au dossier des garderies. Le premier ministre vient d’annoncer un plan de cinq ans pour la remise à neuf et la construction de ponts. Il y en aura pour près de 100 millions $ cet été, juste avant les élections. Et ça ne fait que commencer. Un budget provincial sera déposé à la fin du mois. Lui aussi risque d’être accompagné d’une odeur électorale.

Cela n’empêche pas de juger au mérite les initiatives dévoilées dans les mois précédant le déclenchement d’élections.

Nous l’avons écrit il y a une dizaine de jours en éditorial, le système de garderies du Nouveau-Brunswick a besoin d’aide. Les défis sont complexes. Les intervenantes sont sous-payées. Les places ne sont pas assez nombreuses et sont trop dispendieuses. C’est encore plus vrai en ce qui a trait à celles réservées aux enfants âgés de 2 ans et moins.

Bref, il y a des problèmes à régler à pratiquement tous les niveaux.

Chaque annonce visant à améliorer la situation est donc la bienvenue. Même quand elles sont électoralistes.

Néanmoins, la stratégie du gouvernement de dévoiler ses intentions au compte-goutte, une semaine à la fois, est préoccupante. Une réforme majeure est dévoilée morceau par morceau, comme s’il ne s’agissait que d’une série d’annonces indépendantes les unes les autres.

Le 7 décembre, Fredericton annonçait que 300 garderies seront transformées en centres de la petite enfance. Le 13 décembre, cadeau de Noël pour les éducatrices en service de garde, du moins celles qui possèdent un diplôme postsecondaire. Leur salaire sera augmenté de 3$ l’heure sur quatre ans. Le 19 décembre, nous apprenions que Saint-Jean et Edmundston accueilleront les deux premiers centres de la petite enfance. Le 9 janvier, 200 nouvelles places seront réservées pour les nourrissons d’ici 2020. Le 11 janvier, nouvelle annonce! Elle vise cette fois certaines familles à faible revenu qui pourront envoyer leurs enfants à la garderie gratuitement avant la fin de l’hiver.

Certains de ces investissements ont été annoncés deux fois plutôt qu’une. Par exemple, le premier ministre du Canada Justin Trudeau s’est rendu à Moncton le 30 août pour signer une entente de 71 millions $ avec le N.-B. Nous avions appris que l’argent servira… à créer 200 places de garderies pour les tout-petits ainsi qu’à transformer 300 garderies en centres de la petite enfance.

À noter que d’autres conférences de presse suivront, dont une pas plus tard que cette semaine qui devrait toucher les familles de la classe moyenne.

Multiplier les annonces sur un même sujet est vieux truc politique. Frank McKenna était devenu un maître à ce petit jeu. De leur côté, Brian Gallant et son équipe ont clairement identifié les familles en général et les garderies en particulier comme étant un enjeu électoral sur lequel ils peuvent se distancer des progressistes-conservateurs.

L’ennui, c’est que cela se fait dans une logique électoraliste extrême. Quand nous exigeons plus de détails, la réponse officielle est qu’ils seront révélés plus tard.

Même le milieu des services de garde ne sait trop à quel saint se vouer et préfère attendre d’avoir le portrait complet avant de déterminer s’il y a lieu de se réjouir. Se pourrait-il, à titre d’exemple, que ces annonces se feront au détriment d’autres programmes d’aide qui seront éventuellement éliminés, comme cela a été le cas pour la «gratuité» des études postsecondaires? Est-on en train de nous passer sous le nez une réforme majeure que le gouvernement dévoile à la pièce afin d’éviter une confrontation avec les propriétaires des services de garde?

Le gouvernement Gallant est très gourmand en terme d’attention médiatique, mais avare en terme de détails. Il s’évite ainsi des critiques, si tant est qu’il en mérite.

Paradoxalement, il se tire aussi dans le pied. En refusant de présenter son plan dans son entièreté, en omettant d’expliquer comment tout cela fonctionnera et en remettant continuellement les explications «à la prochaine annonce», les libéraux produisent plus de cynisme au lieu de recevoir les applaudissements qu’ils estiment mériter.