Mauvaise décision pour Campbellton-Dalhousie

La cause est entendue. Il n’y aura pas d’élection partielle dans Campbellton-Dalhousie avant les élections générales du 24 septembre. La décision du premier ministre Brian Gallant ne surprendra personne, tant elle était prévisible. Ça ne signifie pas que c’est la bonne.

La circonscription de Campbellton-Dalhousie était représentée par le libéral Donald Arseneault. Elle est vacante depuis le 1er décembre.

La loi électorale oblige le premier ministre à annoncer la date de l’élection partielle au plus tard six mois après la vacance, ce qui nous amène au 1er juillet. La loi ne précise pas quand ce scrutin doit avoir lieu et permet de l’annuler si des élections générales sont déclenchées.

C’est la voie que privilégie le premier ministre. Cela signifie que les citoyens de Campbellton-Dalhousie ne seront pas représentés à Fredericton pendant presque dix mois. C’est long.

Brian Gallant en est conscient. Pour tuer la controverse naissante dans l’oeuf, il a annoncé que les députés de deux circonscriptions voisines seront présents dans la circonscription l’équivalent d’une journée par semaine. Le caucus tiendra également une retraite dans la région.

Bref, tout est fait pour éviter que les électeurs se sentent oubliés et abandonnés.

Nous croyons néanmoins que l’élection d’un nouveau député aurait été meilleure que n’importe quel compromis.

Brian Gallant s’y est refusé. Il laisse sous-entendre que cela coûte trop cher (environ 150 000$) d’organiser un scrutin qui permettra à un nouveau député de siéger à l’Assemblée législative «quelques jours, peut-être quelques semaines dans le meilleur des cas».

La position du premier ministre souffre de deux problèmes.

D’abord, la démission de M. Arseneault ne s’est pas faite de façon soudaine et précipitée. Il l’a annoncée plusieurs semaines à l’avance.

Brian Gallant aurait pu déclencher le 1er décembre une campagne électorale qui aurait débuté dans la deuxième semaine de janvier. Celle-ci serait sur le point de se terminer, si bien que le nouveau député aurait été en poste à temps pour voter après le dépôt du budget provincial.

Deuxièmement, la déclaration du premier ministre laisse sous-entendre que le travail d’un député se limite au temps qu’il passe à l’Assemblée législative. Puisqu’un nouvel élu n’y passerait que «quelques jours», pour reprendre le propos de M. Gallant, pourquoi se donner la peine d’aller aux urnes?

Or, le travail d’un député est beaucoup plus large. C’est particulièrement vrai dans les régions rurales éloignées de Fredericton.

Il est la courroie de transmission entre les citoyens de son coin de pays et les décideurs de la capitale. Il pousse dans le dos des fonctionnaires et des ministres pour s’assurer que les dossiers chers à sa région ne se retrouvent pas sous la pile des priorités. Il contribue à trouver des solutions aux petits dossiers individuels comme aux enjeux collectifs plus importants.

Bref, un député efficace et engagé peut jouer en coulisses un rôle beaucoup plus important qu’on ne pourrait le croire.

Le chef de l’opposition, Blaine Higgs, a mis le doigt sur la véritable raison pour laquelle Brian Gallant refuse de remplacer son député démissionnaire.

Les libéraux ont perdu les deux élections complémentaires qui ont été déclenchées depuis 2014. Leurs chances de succès sont certainement meilleures dans Campbellton-Dalhousie, mais la victoire n’est pas assurée non plus.

Donald Arseneault y est respecté et populaire. Plusieurs citoyens n’ont pas digéré l’ultimatum du premier ministre, qui a forcé M. Arseneault à démissionner. Nul ne sait de quelle façon cette grogne se reflètera.

Traditionnellement, une élection complémentaire qui survient dans la deuxième moitié d’un mandat est un bon moment pour la population d’envoyer un message au parti au pouvoir.

Notons aussi que Campbellton-Dalhousie est le fruit de la fusion de deux circonscriptions. Si Dalhousie-Restigouche-Est était un château fort libéral, on ne peut en dire autant de Campbellton-Restigouche-Centre, qui a alterné entre les rouges et les bleus.

Le gouvernement libéral a refusé de déclencher une élection partielle parce qu’il craint que le climat politique lui soit défavorable dans la circonscription.

C’est sans compter qu’une défaite serait catastrophique pour le gouvernement qui, en tenant compte du fait que le président de la législature est un libéral, se retrouverait alors avec autant de députés que les partis d’opposition et plus aucune marge de manoeuvre.

Les libéraux n’allaient pas se tirer dans le pied à moins d’un an d’un scrutin. Même si cela signifie de priver le coeur du Restigouche d’un député jusqu’à la mi-septembre.