Injustice dans les hôpitaux francophones

Les dirigeants du Réseau de santé Vitalité devaient savoir que leur décision de cesser d’offrir des traitements d’oncologie dans les hôpitaux de Grand-Sault et de Saint-Quentin ne passerait pas la rampe. Ils ne se doutaient toutefois pas que la controverse se transformerait en un débat sur l’accès aux services de santé.

Le compromis proposé, qui consiste à embaucher une infirmière immatriculée qui fera la navette entre Saint-Quentin, Grand-Sault et Edmundston, a été très mal accueilli par la communauté. Celle-ci comprend qu’au-delà des promesses du réseau Vitalité, son hôpital est en train de perdre un service important.

Un autre.

Un comité a été mis sur pied et a tenté de répondre à une question fort simple: comment se compare l’hôpital de Saint-Quentin avec d’autres hôpitaux de taille semblable mais situés en territoire anglophone?

Aux fins d’études, le comité a analysé les services offerts dans les hôpitaux de Perth-Andover, de Sackville et de Sussex. Tout comme Saint-Quentin, ils sont situés dans des endroits relativement éloignés des grands centres. Mais c’est là le seul lien qui les unit.

L’ampleur du déséquilibre a en effet surpris à peu près tout le monde.

Saint-Quentin fait figure de parent pauvre avec ses six lits, contre 27 à Perth-Andover, 21 à Sackville et 25 à Sussex. Notons que ces trois hôpitaux sont tous situés plus près d’un hôpital régional que ne l’est Saint-Quentin.

Mais c’est en analysant la liste des services spécialisés disponibles dans les hôpitaux qui ont servi d’étalon de comparaison que nous pouvons réaliser à quel point Saint-Quentin est victime d’une injustice. Les services offerts dans les hôpitaux anglophones sont nombreux: oncologie, laboratoire, imagerie diagnostique offerte de jour comme de nuit, psychologues, etc. On ne retrouve rien de tout ça dans le Restigouche-Ouest.

Résultat, les patients de cette région sont plus souvent appelés à voyager de longues distances (généralement à Edmundston ou à Campbellton) que ceux des trois autres endroits comparés.

Il y a là deux poids deux mesures.

Le problème ne touche pas que Saint-Quentin. Les hôpitaux francophones offrent beaucoup moins de services que ceux situés dans des villes majoritairement anglophones.

Égalité santé en français en fait son cheval de bataille depuis des années. Il y a déjà dix ans, l’organisme révélait que la régie de santé anglophone offrait en double ou en triple pas moins de huit soins tertiaires qui n’étaient pas du tout disponibles dans les établissements de santé francophones.

Règle générale, cela signife qu’un service de santé spécialisé était offert en priorité à l’hôpital de Saint-Jean, à celui de Fredericton et à celui de Moncton, mais pas à Dr-Georges-L.-Dumont, à Bathurst ou à Edmundston.

«Les deux régies sont inégales et cette situation est tout simplement inacceptable et indéfendable», affirmait dans nos pages le Dr Hubert Dupuis… en 2009.

Malgré les apparences, cette situation n’est pas le fruit d’un complot antifrancophone. Elle est plutôt le résultat d’un système de corporations hospitalières qui a placé les hôpitaux en compétition les uns avec les autres.

Quand Saint-Jean obtenait un service, Moncton et Fredericton réclamaient le même, et vice-versa. Le trois grandes cités comprenaient une députation nombreuse et plus influente. Elles finissaient ainsi par obtenir gain de cause.

La lutte était aussi féroce entre les plus petits centres de santé. Encore une fois, ceux situés dans les milieux anglophones ont réussi à mieux tirer leur épingle du jeu.

Pendant ce temps, une région comme la Péninsule acadienne compterait un plus grand nombre de soins spécialisés si elle s’était dotée d’un hôpital régional. Au contraire, les gens de Lamèque, de Caraquet et de Tracadie ont plutôt dû batailler – parfois entre eux – pour conserver leurs acquis.

On ne parle pas ici d’une époque révolue. Il suffit qu’un service ferme dans un hôpital au profit de l’autre pour que le vent souffle à nouveau sur les braises.

Le gouvernement provincial est conscient du déséquilibre. À la suite d’une poursuite d’Égalité Santé en français, il a accepté en 2012 de mettre sur pied un plan de rattrapage de 9 millions $. Le ministère de la Santé se retrouvait ainsi à reconnaître l’inégalité au niveau des services entre les établissements de santé de langue française et anglaise.

Six ans plus tard, force est de constater que ces belles promesses n’ont pas changé grand-chose. L’inégalité est toujours aussi criante.

Il est bien sûr illusoire d’espérer que le ministre de la Santé Benoît Bourque ordonnera que les soins disponibles dans les hôpitaux anglophones soient dorénavant tous offerts dans ceux de langue française.

Une première étape serait toutefois de cesser d’enlever des acquis aux établissements comme ceux de Saint-Quentin.