Punir, mais aussi retenir des leçons

La GRC a été condamnée à payer 550 000$ pour avoir violé le Code canadien du travail. Mais dans cette affaire qui découle de la fusillade de juin 2014 qui avait coûté la vie à trois policiers, le plus important n’est pas le montant de l’amende.

L’histoire est aujourd’hui bien connue. Le 4 juin 2014 en début de soirée, la GRC a reçu des appels à propos d’un homme lourdement armé qui se promenait dans un quartier résidentiel de Moncton. À peine arrivés sur les lieux, les policiers ont été canardés par l’individu. Trois ont perdu la vie. Deux autres ont été blessés. Un homme a été arrêté puis condamné.

Ce n’était toutefois pas la fin des procédures juridiques. Si la responsabilité du tireur a été facilement démontrée, il restait encore à déterminer celle de la Gendarmerie royale du Canada.

Comme tout autre employeur, cette organisation policière a la responsabilité d’offrir un environnement de travail sain et sécuritaire à ses employés. Si un de vos collègues perd la vie à la suite d’un accident de travail, que ce soit sur un chantier de construction, dans une usine ou dans un édifice à bureaux, des enquêteurs débarqueront rapidement sur les lieux afin de faire la lumière sur les circonstances du drame et éviter que cela ne se reproduise.

Ils détermineront s’il s’agit d’un bête accident qui était inévitable, si l’employé n’a pas suivi les règles de sécurité élémentaire ou si la faute incombe à l’employeur qui a forcé ses travailleurs à oeuvrer dans un environnement non sécuritaire.

Le cas échéant, l’entreprise peut être traînée devant les tribunaux et condamnée à payer une forte amende. De tels cas surviennent malheureusement encore trop souvent.

Le même principe s’applique pour la GRC, bien que des nuances s’imposent.

Il est impossible d’assurer des conditions de travail sécuritaire à 100% aux agents, en raison de la nature même de la mission qui leur incombe. Il existe en effet une part d’imprévisibilité dans leur travail. Un policier ou une policière qui interpelle un automobiliste en raison d’un excès de vitesse ignore l’état d’esprit de la personne à l’intérieur du véhicule. Il ne peut être complètement certain si le conducteur qui se penche vers le coffre à gants en sortira son permis de conduire ou une arme à feu qu’il entend utiliser dans les prochaines secondes.

Le risque zéro ne sera peut-être jamais atteint. Cela ne déresponsabilise pas pour autant l’employeur. Celui-ci doit mettre en place tous les moyens pour que ses policiers puissent accomplir leur boulot dans des conditions raisonnables.

Dans le dossier de la fusillade de 2014, le principal enjeu était celui de l’armement. Le tireur était mieux outillé que les hommes et les femmes qui devaient l’interpeller. Nous nous souvenons tous de ce graphique qui avait révélé la portée des armes des personnes au coeur de la fusillade. De petits cercles entouraient les policiers, alors que celui qui entourait le tueur était de très grande taille.

Si les policiers avaient eu accès à des armes de plus longue portée, il n’auraient peut-être pas approché le tireur d’aussi près, ce qui aurait augmenté leurs chances de survie.

Or, dès 2007, la force policière avait identifié le besoin d’équiper ses agents de carabines pour réagir à de telles situations.

Sept ans plus tard, les policiers de Codiac n’avaient toujours pas eu accès à ces armes ni à la formation pour s’en servir.  Est-ce de la mauvaise gestion? Une question de budget? De l’incompétence? Peu importe la raison, il y a clairement quelqu’un, quelque part, qui n’a pas pris au sérieux la sécurité des agents pendant toutes ces années.

Le montant de l’amende, dans le grand ordre des choses, n’était pas si important. Peu importe que la GRC soit condamnée à payer 1$, 500 000$ ou 1 million $. Le versement de fonds publics ne ramènera pas à la vie les trois agents tombés en mission.

L’objectif premier, avec cette condamnation, était d’avant tout de forcer la GRC à réparer les torts et surtout de retenir les leçons de son incurie dans ce dossier. De ce côté là, il semble que ce soit mission accomplie. «On n’aborde aucune journée de la même façon depuis le 4 juin 2014», a déclaré le commandant de la GRC au Nouveau-Brunswick, Larry Tremblay.

C’est au moins cela de gagné.

Le métier de policier comportera toujours une dose de danger. La fusillade de 2014 nous a toutefois appris que la direction des corps policiers a un grand rôle à jouer pour protéger ses agents.

Quand elle délaisse ses responsabilités, elle met du même coup en danger la vie de ses employés et celle de nos concitoyens.