Le budget de la marmotte

Le budget provincial 2017-2018 passera comme celui où le gouvernement du premier ministre Brian Gallant a sacrifié l’état des finances publiques au profit de ses efforts pour se faire réélire.

La ministre des Finances Cathy Rogers a déposé un budget qui comprend des hausses de revenus, de dépenses, de déficit et de la dette. Ce faisant, elle a repoussé d’une année le déficit zéro et les décisions difficiles qui accompagnent l’atteinte de cet objectif.

Elle a justifié cette décision en affirmant que des investissements importants devaient être effectués pour permettre au Nouveau-Brunswick de faire face à de grands défis, notamment le vieillissement de sa population. «Il faut dépenser de l’argent pour gagner de l’argent», a aussi déclaré la ministre.

Il suffisait d’y penser…

La stratégie du gouvernement provincial n’a rien de surprenant. Brian Gallant, malgré ses promesses d’il y a trois ans de faire de la politique autrement, ne fait que suivre le chemin tracé par ses prédécesseurs. Il n’est pas le premier à ouvrir les coffres afin de séduire l’électorat. David Alward avait fait de même avant le scrutin de 2014.

La formule est toujours la même. Les compressions dans les premières années du mandat, les dépenses et les cadeaux dans la dernière. Puis, on recommence.

Le jour de la marmotte.

Cette façon de faire n’est pas toujours couronnée de succès, comme peuvent en témoigner Shawn Graham et David Alward, tous les deux battus après seulement quatre années au pouvoir.

En 2006, le gouvernement de Bernard Lord avait aussi déposé un budget électoraliste dans l’espoir de réduire l’écart avec les libéraux qui les devançaient dans les sondages.

Le plan avait fonctionné jusqu’à un certain point. Les progressistes-conservateurs ont pris l’avance dans les intentions de vote. L’embellie n’a toutefois été que temporaire et les libéraux ont repris le pouvoir.

Ces échecs n’empêchent pas les éminences grises du gouvernement Gallant de tenter la même chose.

Dans une entrevue de fin d’année, le premier ministre avait annoncé ses couleurs dans nos pages en disant qu’il n’allait pas devancer d’une année le retour à l’équilibre budgétaire.

Il comprend que les bénéfices d’atteindre plus rapidement l’équilibre budgétaire ne compenseront pas les dommages que les compressions causeront au taux de satisfaction à l’endroit de son gouvernement.

Soyons réalistes. Ce n’est pas faux.

Mais il y a un gouffre entre respecter le plan de redressement budgétaire et aggraver l’état des finances publiques. Un gouffre que n’hésitent pas à franchir les libéraux.

Les chiffres sont implacables. L’année financière 2017-2018 se termine avec un déficit d’environ 115 millions $. Au lieu de poursuivre la tendance à la baisse des dernières années, le déficit augmentera plutôt à près de 189 millions $ l’an prochain. Une hausse de 74 millions $ (la première en cinq ans) qui ne se justifie que d’une seule façon: la volonté de Brian Gallant d’être réélu premier ministre.

Les libéraux poussent l’audace de repousser d’une année l’atteinte de l’équilibre budgétaire. L’objectif est désormais de 2021-2022. Ce plan ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit.

Une enquête de la CBC a rappelé à notre mémoire que le Nouveau-Brunswick n’a pas équilibré son budget depuis une décennie. Pendant cette période, les premiers ministres Graham, Alward et Gallant ont présenté un total de six plans de retour à l’équilibre budgétaire. Le premier prévoyait un retour à l’encre noire… en 2012!

Croire aujourd’hui qu’un gouvernement dirigé par Brian Gallant, qui n’a pas hésité à balancer son propre plan pour assurer sa réélection, agirait différemment en 2022 – alors qu’il entreprendrait la dernière année d’un hypothétique deuxième mandat – relève de l’acte de foi.

Il est plus facile d’augmenter la dette provinciale (laquelle atteindra 14,5 milliards $ l’an prochain, sans compter la dette d’Énergie NB) que de gouverner de façon responsable.

Cela a bien sûr des conséquences.

Le service de la dette s’élèvera à 675 millions $ en 2018-2019. On ne parle pas de rembourser notre dette publique, mais simplement de payer les intérêts qui s’accumulent à un rythme hallucinant. Ce sont autant de millions que nous ne pouvons pas dépenser sur nos priorités, y compris celles identifiées dans le budget de mardi.

Cela signifie aussi que les lendemains électoraux seront pénibles. Les taxes et les impôts des contribuables sont déjà parmi les plus élevés au Canada, alors que notre croissance économique est parmi les plus faibles.

Le gouvernement n’aura pas le choix d’aller piger encore plus dans nos poches pour honorer ses engagements ou d’effectuer des compressions toujours plus importantes.

Mais tout cela attendra encore quelques mois. Pour le moment, les libéraux préfèrent l’option de remplir la carte de crédit. S’ils sont réélus, ils nous présenteront la facture et les conséquences qui l’accompagnent après les élections.

Il sera alors toujours temps de présenter un nouveau plan de restrictions budgétaires… qui sera vite oublié avant le scrutin suivant.