Un budget dépensier

«Il faut dépenser de l’argent pour gagner de l’argent», a déclaré la ministre des Finances, Cathy Rogers, afin de justifier l’importante hausse des dépenses prévues dans le budget provincial 2018-2019. Alors que le gouvernement sacrifie la santé financière de notre province pour améliorer ses chances de réélection, vérifions plus en profondeur où la ministre Rogers a choisi d’injecter l’argent des contribuables.

Un budget représente bien plus qu’un total des dépenses et des revenus. Il indique aussi de quelle manière le gouvernement dépensera les fonds publics.

La première chose qui saute aux yeux est à quel point notre système de santé est devenu un ogre qui accapare une part toujours grandissante de notre budget.

Les dépenses atteindront 2,8 milliards $ dans la prochaine année financière, sur un budget total de 9,4 milliards $. Cela ne compte même pas les services sociaux et les foyers de soins, qui sont eux aussi liés à la santé. Avec notre population qui vieillit le plus vite au Canada de même que la volonté légitime des communautés de voir les services de santé s’améliorer et de ne surtout pas être les victimes de compressions budgétaires, ce montant est appelé à exploser.

Nous ne sommes pas sortis du bois.

À cela s’ajoute notre système d’éducation, qui représente 1,3 milliard $. En fait, la santé et l’éducation représentent environ 42% de toutes les dépenses du gouvernement. Par ailleurs, les paiements sur les intérêts de la dette s’élèveront à 675 millions $, ce qui signifie que ces trois postes de dépenses accapareront plus ou moins la moitié du budget. Il ne reste donc que des miettes pour tout le reste.

Si vous vous demandez pourquoi les prestations d’aide sociale stagnent, pourquoi nos universités doivent se contenter d’une hausse de subvention de 1% par an ou pourquoi vos routes sont moins bien déneigées et déglacées, vous avez là une partie de la réponse.

En allant plus dans le détail, nous remarquons que le système d’éducation bénéficiera de 72 millions $ supplémentaires. À noter que cela comprend l’argent annoncé dans les derniers mois pour améliorer la qualité et l’accès aux garderies. Des fonds ont aussi été réservés pour l’embauche d’enseignants, en particulier en littératie.

Une bonne façon de savoir si des élections approchent est de surveiller le budget alloué aux foyers de soins. Depuis une bonne dizaine d’années, les partis politiques qui se succèdent au pouvoir injectent des millions dans ces milieux où les besoins sont nombreux, mais aussi parce que c’est très rentable politiquement, les personnes âgées étant nombreuses à voter.

Le gouvernement Gallant a mis le paquet cette année en annonçant 34 millions $ en nouvelles dépenses, y compris 12 millions $ pour augmenter le salaire des employés. On retrouve aussi des fonds pour l’ajout de lits pour certains groupes de patients et même 2,1 millions $ qui serviront à encourager les employeurs (pas seulement ceux des foyers de soins) à embaucher des aînés.

Notons aussi l’ajout de 73 millions $ pour stimuler l’économie. Le gouvernement n’a donc pas fini de multiplier les annonces préélectorales.

Le budget nous offre plus d’informations à propos de la vente du cannabis, qui sera légalisée à compter du 1er juillet. Si on se fie aux projections, le gouvernement empochera au minimum 7,2 millions $ de revenus.

Ces chiffres laissent sous-entendre que la décision de limiter l’offre à quelques magasins éparpillés dans un petit nombre de centres urbains de même que des prix compétitifs suffiront à mettre en échec le marché noir et permettront même à la province de réaliser un petit profit.

Rien n’est moins sûr. Nous l’avons déjà écrit en éditorial, la lourdeur de l’infrastructure mise en place par la province laisse plutôt présager un gouffre financier. Les prévisions optimistes de la ministre n’ont rien pour nous rassurer.

Un calcul effectué par Brunswick News laisse entendre que pour atteindre ses objectifs fiscaux, le N.-B. devra vendre 13 grammes de cannabis à chaque Néo-Brunswickois d’âge légal. Nous avons des doutes sur le réalisme de ces prévisions. L’avenir nous dira bien assez tôt si Cannabis NB nous fera mentir.

À noter aussi que le budget ne prévoit rien de spécifique pour les municipalités qui réclament de l’aide financière pour assumer certains coûts liés à la sécurité à la suite de la légalisation du pot. Il n’est pas dit que la ministre ne fera pas une annonce à ce sujet dans les prochains mois, alors qu’approchera le scrutin et que la pression des élus municipaux se fera plus forte.

Le budget est teinté par le fait que nous serons bientôt en campagne électorale. Cela ne signifie pas que nous n’y retrouverons que du mauvais, bien au contraire.

Néanmoins, l’histoire nous révèle que quand la province ne dépense pas avec parcimonie, cela donne toujours des lendemains électoraux amers pour les contribuables.