Vieillissement: occasion unique

La décision du gouvernement fédéral de consacrer 75 millions $ à un projet pilote sur les aînés et le système de santé au Nouveau-Brunswick est une nouvelle inespérée pour la province.

La proportion de la population de personnes âgées de 65 ans et plus a atteint 19,9% en 2016 au Nouveau-Brunswick. Les projections de Statistique Canada indiquent que ce taux augmentera considérablement dans les prochaines décennies. D’ici 2038, plus de 30% de la population de la province sera âgée de plus de 65 ans.

L’impact sera majeur sur notre système de santé et sur nos finances publiques. À titre comparatif, une personne de 65 ans coûte en moyenne 11 635$ par année au système de santé, comparativement à seulement 2663$ pour un citoyen âgé de 15 à 64 ans.

Sous l’impulsion de l’ancien premier ministre Stephen Harper, le système de transferts fédéraux n’a pas tenu compte de cette réalité. Les fonds destinés aux personnes âgées étaient donc calculés en fonction du nombre de citoyens dans la province, et non en fonction de l’âge moyen de la population.

L’auteur et économiste Richard Saillant a sonné l’alarme dans son livre Deux pays: Le Canada à l’ère du Grand déséquilibre démographique. Il y explique qu’à moins de changements majeurs dans la façon dont la richesse est répartie à l’échelle du Canada, les provinces les plus pauvres où le vieillissement est le plus rapide ne seront pas en mesure de maintenir des programmes sociaux de la même qualité que ceux des provinces plus riches.

Entretemps, le gouvernement du premier ministre Brian Gallant a conclu une nouvelle entente sur le financement de la santé en 2016 avec le fédéral. Souvenez-vous, Fredericton avait brisé le bloc uni des provinces et territoires pour signer directement avec Ottawa, ce qui avait provoqué la colère des autres provinces, avec au premier chef le Québec. Celles-ci ont toutes fini par rentrer dans le rang.

Le budget fédéral déposé cette semaine comprend une récompense pour le N.-B., soit le projet pilote de 75 millions $ pour les aînés.

En quoi consistera cette initiative? Ce n’est pas encore clair. Nous le saurons dans les prochains mois, alors que seront révélés les détails de cet investissement.

En mai 2016, Brian Gallant avait toutefois donné des indications sur ce qu’il souhaitait retrouver dans une éventuelle entente. Lors d’une visite dans la capitale nationale, il avait indiqué qu’un projet pilote permettrait de découvrir «comment on peut faire des investissements et des programmes qui vont nous aider à mitiger les défis d’une population vieillissante».

M. Gallant avait lancé plusieurs idées. Il avait notamment évoqué la possibilité d’aider les aînés à demeurer plus longtemps dans leur communauté et à la maison, de «mieux gérer les maladies chroniques», de favoriser la recherche et d’investir dans les infrastructures pour cette tranche de la population.

La formation de la main-d’oeuvre et la rétention des jeunes pour compenser les départs à la retraite faisaient aussi partie de la vision qu’il a présentée à ses collègues fédéraux.

Surtout, M. Gallant croyait que ce projet pilote pouvait non seulement être développé au Nouveau-Brunswick, mais aussi être exporté ensuite ailleurs au Canada.

Le gouvernement Trudeau n’avait pas balayé l’idée du revers de la main, mais n’avait pas non plus laissé d’indices laissant croire qu’il irait de l’avant avec cette vision. C’est pourtant exactement ce qui vient de se produire.

Le fait que la nouvelle ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, est originaire du Nouveau-Brunswick – elle est députée de Moncton-Dieppe-Riverview – a sans doute joué dans la balance. La force des liens entre Brian Gallant, le député fédéral Dominic LeBlanc et Justin Trudeau a certainement contribué aussi à cet heureux dénouement.

Reste maintenant à voir de quelle manière sera dépensé cet argent. Nos dirigeants n’ont pas droit à l’erreur.

En effet, cet alignement des astres ne sera pas éternellement en place. Des élections auront lieu au Nouveau-Brunswick cet automne et sur la scène fédérale l’année prochaine.

Il sera donc crucial de bien utiliser ce projet pilote et les millions de dollars qui y sont rattachés afin de trouver des solutions à long terme. À très long terme.

Le problème du vieillissement de la population néo-brunswickoise n’est pas sur le point de se résorber, bien au contraire. Il empirera au cours des prochaines décennies, bien après la retraite des Trudeau, Gallant, LeBlanc, Petitpas Taylor et compagnie.

Le Nouveau-Brunswick n’aura pas 25 occasions de trouver une sortie de secours.

Il a pour le moment l’écoute du fédéral et 75 millions $ pour découvrir la meilleure marche à suivre. Cet argent ne doit pas être gaspillé sur des initiatives à saveur électorale. Il doit préparer la voie à suivre, tant à Fredericton qu’à Ottawa. L’enjeu est important et la marge d’erreur, inexistante.