Les bornes fantômes

Énergie NB investit des millions de dollars dans l’installation de bornes de recharge pour les véhicules électriques. Léger problème, celles-ci ne sont pratiquement pas utilisées.

Énergie NB a annoncé il y  a un peu plus d’un mois le lancement d’un réseau public de bornes de recharge. L’objectif est louable, soit de fournir un déplacement sans soucis aux conducteurs de partout dans la province.

Le réseau comprend 15 sites le long des routes les plus achalandées, en plus de celles déjà en place dans les municipalités et certaines entreprises participantes (généralement des hôtels).

Ces quinze bornes rapides permettent, selon Énergie NB, de recharger les véhicules entièrement électriques en 20 à 30 minutes. Il y en a plus ou moins une par région: à Bathurst, à Campbellton, à Tracadie, etc.

Une enquête de la CBC révèle toutefois que les bonnes intentions de la société de la Couronne n’ont pas produit beaucoup de résultats. Les bornes de recharge sont là. L’ennui, c’est qu’à peu près personne ne les utilise. À titre d’exemple, celle de Tracadie n’a été utilisée qu’une seule fois en décembre. Pas exactement un succès populaire.

Cet échec n’empêche pas Énergie NB de vouloir installer 18 autres bornes ailleurs dans la province. Coût: environ 1,4 million $.

Le principal problème est l’absence (ou presque) de véhicules électriques sur les routes du Nouveau-Brunswick. Regardez autour de vous, dans votre cercle d’amis. Combien de vos proches conduisent une auto électrique? Allez vous promener dans votre quartier. Combien de vos voisins ont choisi un véhicule électrique plutôt qu’une camionnette ou un véhicule utilitaire sport (VUS)?

Malgré tout, Énergie NB poursuit son programme. Les dirigeants estiment (avec raison) que les Néo-Brunswickois n’adopteront jamais la conduite électrique tant qu’il n’y aura pas d’infrastructures pour les accommoder.

Nous ne sommes toutefois pas sortis du bois. Selon Équiterre, trois des cinq véhicules les plus vendus au Canada sont des camionnettes, et 60% des 30 véhicules les plus vendus au pays sont des camionnettes, des VUS et des fourgonnettes. Ces modèles de véhicules, vous vous en doutez, polluent davantage que les voitures ordinaires.

Toujours au niveau national, le secteur du transport représente 28% des gaz à effet de serre. Le transport automobile en constitue  la plus grande partie. En gros, les automobilistes polluent autant, sinon plus, que les usines.

Cela ne changera pas de sitôt. Les consommateurs achèteront des autos électriques quand celles-ci seront moins dispendieuses que les véhicules à essence.

Pour y arriver, les gouvernements devront se décider à taxer les voitures en fonction de leur empreinte environnementale. Plus votre véhicule est polluant, plus la taxe sera élevée.

À l’inverse, ils devront aussi subventionner l’achat des véhicules non polluant (comme cela se fait déjà au Québec), en particulier ceux qui sont électriques ou hybrides, le prix d’achat étant le principal facteur dans la décision d’acquérir un véhicule. Une autre option pourrait être de réduire ou d’éliminer la taxe de vente sur les autos les moins polluantes.

Mais surtout, il faut trouver un moyen de rendre les bornes de recharge aussi nombreuses et accessibles que les pompes à essence. Le citoyen qui part d’Edmundston en direction de Caraquet ne veut pas regarder sur sa carte afin de trouver où sont les rares bornes électriques de la province.

La meilleure solution serait de forcer chaque propriétaire de station-service à ajouter à son offre une borne de recharge. Votre voiture a besoin d’électricité? Allez à la station-service la plus près, comme vous le feriez si vous aviez besoin d’essence.

C’est seulement à partir de là que nous verrons une différence sur nos routes. En attendant, la conduite électrique restera l’affaire de quelques automobilistes seulement. Une exception plutôt que la règle.

Ces initiatives seront un jour mises en place. Le réchauffement climatique, les hausses du prix du pétrole à mesure que les réserves s’amenuiseront ou tout simplement l’évolution des mentalités de la population finiront par forcer la main des gouvernements.

Mais nous sommes encore loin de là. Très loin.

Pour l’instant, Fredericton propose de rediriger une partie de la taxe sur l’essence et les carburants vers un nouveau Fonds pour les changements climatiques. Il n’y aura aucune nouvelle taxe directe sur les consommateurs.

Le plan ne contient aucune mesure qui découragera l’utilisation des énergies fossiles. Lutter contre les changements climatiques, certes, mais sans pousser qui que ce soit à modifier ses habitudes.

Les gouvernements (et pas seulement celui du Nouveau-Brunswick) sont à des années-lumière d’être prêts à faire le nécessaire pour imposer le changement. La population en général et les politiciens en particulier ne ressentent pas l’urgence de la situation.

Cela viendra plus tard. En attendant, Énergie NB continuera d’ériger à fort prix des bornes fantômes qui sont utilisées par personne. Qui sait, peut-être finiront-elles par servir un jour.