Brian Gallant perd ses piliers

Le ministre Serge Rousselle quittera la politique à la fin de son mandat. Voilà une très mauvaise nouvelle pour le premier ministre Brian Gallant, qui perd un de ses piliers les plus compétents et les plus fiables.

C’était jour d’adieux à Fredericton vendredi. Les députés qui prennent leur retraite politique ont profité de la dernière journée de session législative avant les élections de septembre pour prendre la parole une ultime fois dans l’auguste enceinte.

Les progressistes-conservateurs Jody Carr et Madeleine Dubé, de même que les libéraux Bertrand LeBlanc, Ed Doherty, Victor Boudreau, Serge Rousselle et Hédard Albert, ont tous expliqué à quel point ce fut pour eux un honneur et un privilège de représenter leurs concitoyens à la législature. Donald Arseneault, qui a remis sa démission avant Noël, était présent dans la galerie.

Ces gens ont donné beaucoup de leur temps et de leur énergie au nom de la démocratie. Ils ont fait face aux critiques de la population et rendu des comptes. Ils ont fait des sacrifices familiaux afin de remplir leur devoir à Fredericton, dans des rencontres publiques, devant des manifestants, dans leur bureau de circonscription, etc.

Quoi qu’on pense de leur bilan, ils méritent nos remerciements et notre respect.

Un rapide coup d’oeil sur la liste des démissionnaires nous fait réaliser que le Parti libéral est particulièrement touché, avec le départ de six députés sortants, y compris quatre anciens ministres. C’est donc dire que le tiers du premier Cabinet d’octobre 2014 (quatre ministres sur 12) abandonne après un seul mandat au pouvoir avec Brian Gallant.

C’est énorme.

Chez les francophones de la première heure, seuls Roger Melanson, qui était en 2014 ministre des Finances et des Transports, Denis Landry (à l’époque aux Ressources naturelles) et Francine Landry (elle était à l’Éducation postsecondaire, Formation et Travail) poursuivent leur route en compagnie du premier ministre.

Roger Melanson, Victor Boudreau, Serge Rousselle et Donald Arseneault étaient au départ considérés comme étant les ministres les plus influents. Seul le premier n’a pas jeté l’éponge en prévision du prochain rendez-vous électoral.

Ce genre d’exode est habituellement observé au sein des gouvernements en fin de parcours et victimes de l’usure du pouvoir. On l’a vu récemment au Québec, où pas moins de six membres du caucus libéral ont annoncé depuis le début de l’année qu’ils ne brigueront pas un nouveau mandat, y compris certains poids lourds. Sept autres députés ont confirmé être en réflexion.

Or, le gouvernement Gallant ne vient d’entreprendre que sa 4e année. Si sa réélection n’est pas assurée, il reste qu’il est en bonne position dans les sondages. Nous ne sommes pas ici devant un cas de rats qui quittent le navire en train de couler.

L’une des raisons qui expliquent ce phénomène réside dans le fait que Brian Gallant s’était, après sa victoire électorale, entouré de plusieurs anciens ministres de l’éphémère gouvernement de Shawn Graham. La moitié d’entre eux, pour être plus précis, avaient déjà été en poste dans la période 2006-2010. Victor Boudreau (2004), Donald Arseneault (2003) et Hédard Albert (2003), pour ne nommer que ceux-ci, ont été élus pour la première fois il y a un peu moins d’une quinzaine d’années.

Ils estiment avoir assez donné. On ne peut les blâmer. Il y a une vie après la politique.

En tout respect pour Francine Landry, Denis Landry, Gilles Lepage, Brian Kenny, Monique LeBlanc, Daniel Guitard et Wilfred Roussel, aucun d’entre eux ne jouit de l’influence et de la notoriété provinciales des Boudreau, Arseneault et Rousselle.

Cela ne signifie pas que le Parti libéral se retrouve soudainement démuni sur le front francophone.

Benoît Bourque a rapidement pris du galon à titre de ministre de la Santé dans les derniers mois. Nous pouvons présumer aussi que les rouges nous réservent d’autres candidats vedettes dans le Nord, comme c’est le cas dans Caraquet avec la nomination de l’artiste Isabelle Thériault. Les circonscriptions d’Edmundston-Madawaska-Centre et Campbell­ton-Dalhousie seront particulièrement à surveiller.

Néanmoins, le départ de Serge Rousselle après seulement quatre ans dans la capitale fait mal au premier ministre, lui qui n’a pas hésité par le passé à se tourner vers le député de Tracadie pour gérer des patates chaudes comme la fermeture des petites écoles, les relations avec les municipalités et, surtout, la crise des évaluations foncières truquées de Service NB.

Le premier ministre perd un bras droit fiable et compétent. Son gouvernement s’en trouve affaibli.

Brian Gallant a la réputation d’être un centralisateur, qui aime conserver beaucoup de pouvoir pour lui seul, un peu comme le faisait Stephen Harper à Ottawa. Cette manie explique-t-elle le départ de certaines des personnalités les plus fortes de son cabinet?

La capacité de s’entourer d’autres voix crédibles d’ici les prochaines élections nous en dira long sur le leadership de M. Gallant.