Avenir des petites écoles: une occasion en or

C’est reparti dans la Péninsule acadienne. Quatre écoles dans la région de Tracadie sont menacées de fermeture. Mais cette fois, les autorités scolaires s’y prennent longtemps à l’avance, dans l’espoir de susciter un débat moins émotif. Une stratégie que nous saluons, même si rien ne garantit qu’elle permettra d’obtenir de meilleurs résultats.

Le District scolaire francophone Nord-Est propose de fermer quatre écoles primaires: Le Tremplin (157 élèves), La Source (357 élèves) et La Ruche (314 élèves) à Tracadie, ainsi que La Relève (83 élèves) à Saint-Isidore.

Différents scénarios sont à l’étude. Les élèves pourraient être transférés à Pont-Landry ou à Tracadie-Beach. Le district pourrait aussi décider de construire une nouvelle école en remplacement des quatre appelées à disparaître.

Le plus intéressant dans l’approche du district est qu’il ne s’y prend pas à la dernière minute. Les quatre établissements scolaires fermeraient d’ici cinq à sept ans. Les parents et la communauté n’ont donc pas l’impression d’être acculés au pied du mur. Ceux-ci se sont d’ailleurs fait promettre une sorte de droit de veto. «Le statu quo restera viable tant que les parents le désireront», a indiqué une porte-parole.

Il n’y a en effet pas de raison d’attendre à minuit moins une avant d’annoncer à des citoyens que leur école est vétuste, que les classes sont pratiquement vides et qu’il faut déménager les enfants dans une institution située un peu plus loin.

Les districts scolaires et le gouvernement provincial sont capables de faire des projections démographiques sur plusieurs années. Ils sont en mesure de prévoir à quel point la chute de la population scolaire sera marquée dans un endroit plutôt qu’un autre.

Le même argumentaire vaut pour la qualité des infrastructures. Il est possible de savoir bien à l’avance combien de millions de dollars seront nécessaires pour maintenir à niveau un édifice vieillissant.

Fermer une école n’est pas facile en Acadie. Plusieurs d’entre elles sont situées dans de petites communautés où on ne retrouve pas beaucoup d’autres points d’ancrage. Pas plus tard que mardi, au cours d’une assemblée publique à Tracadie, on a encore entendu des parents répéter le sempiternel argument que l’école est «le coeur d’une communauté». Le maire de Saint-Isidore, Oscar Roussel, avait dit la même chose dans nos pages au début du mois.

Ajoutez à cela des éléments émotifs, comme tous ces parents qui ont fréquenté un établissement et qui tiennent à ce que leurs enfants fassent de même, plus l’impact économique et vous avez ce qu’il faut pour qu’un débat dérape aussi vite qu’il n’en faut pour dire Saint-Sauveur ou Saint-Simon.

La dernière tentative de discussion sur l’avenir des petites écoles est survenue au tournant de 2015 et de 2016, quand le gouvernement a ordonné aux conseils d’éducation des districts scolaires de statuer sur l’avenir des établissements qui comprennent moins de 100 élèves ou qui ont un taux d’occupation de moins de 30%.

La résistance s’est organisée, si bien que les commissaires ont fait fi de leurs responsabilités et simplement décrété que toutes les écoles visées, à l’exception d’une seule, sont viables.

Ce n’était évidemment pas le cas. À peine quelques mois plus tard, les parents des écoles de Saint-Sauveur (24 élèves) et de Pointe-Verte (36 élèves) ont convenu que les ressources n’étaient plus suffisantes pour offrir un enseignement de qualité aux enfants. Les élèves ont été transférés.

Les commissaires ont au moins retenu une leçon: en laissant du temps aux principaux intéressés, leur pensée finira peut-être par évoluer.

Nous en avons été témoins dans le Restigouche, quand des parents ont fait dérailler en 2003 un projet de regroupement des écoles primaires de Balmoral, de Dundee et d’Eel River Crossing. Quatre ans plus tard, les opposants de l’époque avaient changé leur fusil d’épaule en raison de la décroissance des effectifs scolaires. Les élèves ont pris possession de la nouvelle école Mosaïque du Nord de Balmoral une quinzaine d’années après que l’idée ait été initialement rejetée.

Avant d’être le coeur d’une communauté, l’école est d’abord et avant tout un lieu d’apprentissage. Et les élèves qui fréquentent une école vieillotte ou désuète dotée de peu de services ne sont pas sur un même pied d’égalité que ceux d’un établissement plus moderne, plus spacieux et plus populeux.

Il n’y a pas que la qualité de l’enseignement qui est en jeu, mais aussi tout ce qui fait qu’une école se démarque et est en mesure de s’adapter à sa clientèle scolaire (culture, sports, services spécialisés, etc).

La restructuration des écoles primaires de Tracadie et de Saint-Isidore ne doit pas se transformer en débat sur la façon de sauver des bâtisses à tout prix. Il s’agit plutôt d’une occasion d’offrir plus de ressources pour l’apprentissage de nos enfants.