Députés et harcèlement

Une bombe est tombée jeudi soir, alors que le député provincial Chris Collins a été suspendu du caucus libéral, à la suite d’allégations de harcèlement à l’égard d’un ancien employé de l’Assemblée législative. Bien que M. Collins a le droit à la présomption d’innocence, le premier ministre n’avait pas d’autre choix que de prendre ses distances de son député devenu toxique.

Il est toujours délicat d’analyser un tel dossier. Pour des raisons de confidentialité évidente, Brian Gallant n’a pas dévoilé beaucoup d’informations. Nous ignorons de quoi exactement est blâmé le député.

Commençons d’abord par ce que nous savons. Chris Collins est député dans la région de Moncton depuis 11 ans. S’il n’a été ministre que pendant quelques mois sous Shawn Graham, le fait qu’il ait été élu à trois reprises montre qu’il jouit d’une certaine popularité au sein de l’électorat.

Précisons aussi que Chris Collins n’a pas une personnalité toujours commode. Au cours de ses années en politique, il s’est emporté à quelques reprises en plus d’avoir été au centre de quelques controverses.

En 2012, Chris Collins a appuyé le candidat Michael Murphy dans sa tentative de remporter la course à la direction du Parti libéral du Nouveau-Brunswick.

L’Acadie Nouvelle avait obtenu copie d’une chaîne de messages échangés entre les deux hommes et envoyés par inadvertance par M. Collins à l’ensemble du caucus libéral. Le vitriol ne manquait pas.

Face à la possibilité de perdre sa circonscription (advenant que Brian Gallant devienne chef), Chris Collins avait annoncé dans le courriel censé être confidentiel son intention de se présenter en tant que candidat indépendant contre Brian Gallant, se promettant de l’entraîner ainsi que le parti dans sa chute. Dans un autre courriel rendu public, il avait utilisé un langage ordurier à l’endroit de M. Gallant.

Les deux hommes ont éventuellement fait la paix. Chris Collins a ensuite été nommé président de l’Assemblée législative, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.

Autre preuve du tempérament du député, il a été impliqué dans une altercation avec un employé du Parti progressiste-conservateur dans une salle de toilettes d’un bar de Fredericton, le 19 décembre 2007. Une accusation d’agression mineure a été déposée contre M. Collins, avant d’être retirée huit mois plus tard par la Couronne. Il avait dit regretter les gestes qui lui étaient reprochés.

Tout cela prouve-t-il que Chris Collins est un harceleur? Bien sûr que non. Nous avons tous écrit dans notre vie un ou des courriels dont ne nous ne serions pas particulièrement fiers s’ils étaient soudainement étalés à la une des journaux. Et s’il fallait que chaque patron qui a déjà haussé le ton soit suspendu pour harcèlement, il y aurait pas mal de postes vacants dans les hautes directions de nos entreprises acadiennes.

Néanmoins, il est permis de croire que le Parti libéral est conscient de la personnalité parfois bouillante de son député et que cela a influencé l’analyse de la plainte.

Brian Gallant a d’ailleurs laissé tomber une information intéressante, jeudi. Il a expliqué que le bureau du premier ministre a été informé par le passé de l’existence de conflits de personnalités entre M. Collins et un employé de l’Assemblée législative.

«Des mesures avaient été prises pour transférer ce membre du personnel dans un autre milieu de travail», a-t-il déclaré. Cette décision peut laisser croire que la situation avait dégénéré et que quelque chose ne tournait pas rond.

Cela dit, ne faisons pas l’erreur de nous substituer à l’enquête à venir. Nous ne savons même pas quelles sont les allégations, si elles sont de nature sexuelle par exemple. Nous ne savons pas non plus si le gouvernement aurait pu agir plus tôt, comme le prétend l’opposition officielle.

La décision de suspendre temporairement Chris Collins du caucus libéral est la bonne dans les circonstances. C’est le sort qui attend les députés qui font l’objet d’allégations, d’accusations ou de certaines controverses. Pas plus tard qu’en novembre 2017, Brian Gallant avait sommé Donald Arseneault, qui venait d’accepter un poste de lobbyiste à Ottawa, de démissionner sous peine d’être expulsé du caucus du Parti libéral.

C’est ainsi que ça fonctionne en politique.

Pour le reste, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que d’attendre les résultats de l’enquête. Chaque employé, que ce soit à l’Assemblée législative ou dans n’importe quelle autre sphère de la société, a le droit à un environnement de travail sécuritaire et respectueux.

Si Chris Collins a réellement dépassé les bornes, il devra en subir les conséquences.