Éliminez la politique des bureaux de scrutin

Élections NB souhaite embaucher le personnel des bureaux de scrutin sur la base du mérite, au lieu de laisser cette responsabilité au parti au pouvoir. La recommandation tombe tellement sous le sens qu’on s’étonne qu’il faille l’étudier.

La Loi sur les élections à date fixe prévoit que nous serons appelés aux urnes le 24 septembre 2018, ce qui exige bien sûr un minimum de préparation.

Cela comprend l’embauche de 49 directeurs de bureau de scrutin (un par circonscription).

Ces personnes choisissent les lieux où la population ira voter en plus d’embaucher les agents qui expliquent et remettent les bulletins de vote aux électeurs, les superviseurs qui gèrent le bureau de vote ainsi que les personnes responsables de réviser la liste électorale, pour ne nommer que ceux-là. Bref, tout ce qui est gestion du personnel et aspect logistique d’une élection dans la circonscription.

Nous parlons ici de gens ayant d’importantes responsabilités. La qualité de leur travail a un impact sur l’expérience que vous vivrez en tant qu’électeur. Si c’est le fouillis le jour du vote, vous saurez qui blâmer.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les directeurs ne sont pas embauchés par Élections NB. C’est plutôt le conseil des ministres qui nomme ces personnes. L’agence électorale n’a pas un mot à dire, même si c’est elle qui doit ensuite les former.

Il n’est donc pas rare de voir en poste des directeurs de scrutin dont l’affiliation politique est bien connue. Quand le parti au pouvoir est défait, vous savez que de nombreux directeurs ne seront pas réembauchés par le nouveau gouvernement aux élections suivantes.

Le système fonctionne quand même. Malgré la politisation de ce poste crucial, personne ne fait jamais état de scandale politique le soir des élections. Nous n’entendons pas parler de directeurs de bureau de scrutin qui auraient utilisé leur pouvoir pour favoriser un candidat ou nuire aux aspirations d’un autre.

Les soirées électorales comportent toujours leur lot de problèmes, que ce soit les sempiternelles files d’attente ou le dévoilement des résultats qui se fait au compte-goutte. Un cas extrême était survenu lors des élections provinciales de 2014, quand le dévoilement des résultats avait été retardé de plusieurs heures en raison de problème avec le système de vote électronique.

Mais un candidat battu à la suite de manoeuvres douteuses d’un directeur de bureau de scrutin associé au Parti libéral ou au Parti progressiste-conservateur? Voilà qui relève plus, de nos jours, de la politique-fiction.

Ce n’est pas une raison pour attendre qu’un scandale éclate avant de songer à améliorer le fonctionnement de notre démocratie.

Nous ne voyons que des avantages à confier cette mission à Élections NB, une agence indépendante dont la neutralité n’est plus à prouver.

Celle-ci tient à procéder à un véritable processus d’embauche qui permettrait de choisir les meilleurs candidats, en particulier ceux qui possèdent certaines compétences recherchées. Ils seraient embauchés pour une période de plusieurs années, ce qui permettrait à ceux-ci d’être formés en continu, de développer une expertise et de gagner de l’expérience.

Pas besoin de repartir à zéro à chaque changement de gouvernement.

Nous l’avons expliqué, les partis politiques ne tirent pas vraiment d’avantages à mettre en place des personnes «de la bonne couleur» à ces postes stratégiques. Pourtant, ils tiennent à conserver cette prérogative.

Pourquoi? Parce qu’il s’agit d’une façon pour eux de récompenser certains de leurs alliés. Du bon vieux «patronage». Ce reliquat du passé (dixit le politologue Roger Ouellette) n’a pour unique but que de récompenser de bons soldats en leur offrant un contrat payant.

À titre informatif, les responsables des élections municipales de 2016 ont été payés environ 15 000$ chacun.

Cela offre aussi un peu de pouvoir aux députés d’arrière-ban, qui proposent ceux qui sont à leurs yeux les meilleurs candidats.

C’est un peu la même logique qui permettait aux députés de déterminer quelles associations et organismes allaient recevoir du financement provincial pour les emplois d’été. Le député libéral Hédard Albert avait défendu ce système, y compris le fait que les circonscriptions dans l’opposition recevaient moins de financement que celles au pouvoir.

Le gouvernement provincial a depuis retiré cette responsabilité des mains des députés. Il est maintenant le temps qu’il fasse de même avec celle des embauches électorales.

Il faut dépolitiser encore plus le processus électoral afin d’éliminer jusqu’au plus petit doute sur la neutralité de celui-ci. La meilleure façon d’accomplir cet objectif est d’accorder plus de pouvoir à Élections NB.