Retenir des leçons d’Humboldt

L’accident d’autobus d’une équipe de hockey de la Saskatchewan a ébranlé le pays tout entier. Si l’heure est au deuil et à la solidarité, il sera aussi bientôt temps de chercher à retenir des leçons de cette tragédie.

Le vendredi 6 avril, un autobus transportant l’équipe de hockey des Broncos de Humboldt et ses accompagnateurs a tenté de traverser une intersection. Un camion semi-remorque a passé outre un arrêt obligatoire et a frappé de plein fouet le véhicule.

On a tendance à s’arrêter au nombre de morts, mais c’est oublier que les autres passagers ne sont pas sortis indemnes. Une thérapeute a succombé à ses blessures quatre jours après la collision. Un jeune a perdu l’usage de ses membres inférieurs. Et c’est sans compter les dommages psychologiques infligés aux survivants, le choc post-traumatique et les familles qui devront apprendre à vivre sans un être cher.

L’accident a fait 16 morts, mais il a causé bien plus de victimes.

L’élan de solidarité qui a suivi est magnifique et exceptionnel. Des milliers de gens trouvent des moyens pour enlever un peu de souffrance. Certains ont fait une contribution à la campagne de financement (plus de 8 millions $ ont été recueillis) alors que les dons de sang ont grimpé de 50% au pays dans les jours qui ont suivi. D’autres y ont été de gestes simples, par exemple en sortant leurs bâtons de hockey à l’extérieur, en hommage aux victimes.

En Acadie, plusieurs écoles ont invité les élèves à porter un chandail aux couleurs des Broncos ou, tout simplement, un chandail d’une quelconque équipe sportive, en guise de solidarité, jeudi.

L’émotion sera à son comble dans les prochains jours, alors qu’auront lieu les funérailles. Trois d’entre elles ont eu lieu vendredi. D’autres suivront. On nous rappellera qui sont ces jeunes et ces moins jeunes et comment ils ont eu le temps de marquer positivement leurs proches et leur communauté avant de voir leur vie prendre fin abruptement.

Pendant ce temps, l’enquête se poursuit. Les autorités tenteront de découvrir ce qui a bien pu se produire pour qu’un camion lourd fonce ainsi à toute vitesse sur un autobus. Le conducteur a-t-il été aveuglé par le soleil, comme il l’a soutenu après l’accident? Le «Stop» était-il bien visible? Le carrefour est-il dangereux, comme l’ont affirmé certains ces derniers jours? Toutes des questions auxquelles il faudra trouver des réponses.

L’objectif, évidemment, est d’assurer qu’une telle tragédie ne se reproduise plus. Plus facile à dire qu’à faire.

La collision de Humboldt a rappelé de mauvais souvenirs à l’organisation du Titan d’Acadie-Bathurst, dont l’autobus a frappé de plein fouet un orignal en août 2002. Les joueurs s’en étaient tirés indemnes, mais le chauffeur avait été gravement blessé.

Il a aussi un air de déjà vu pour les anciens des Pêcheurs de Cap-Pelé. Leur autobus a été impliqué dans un grave accident au retour d’une partie en décembre 2012. Des occupants du véhicule avaient été éjectés et avaient subi de graves blessures.

Quand on pense aux milliers de kilomètres que franchissent certaines équipes sportives année après année, c’est probablement un miracle qu’il n’y a pas plus d’accidents.

Même s’il est impossible de complètement éviter toute forme de danger, nous croyons que la tragédie de Humboldt doit servir de catalyseur aux organisations sportives et aux ligues.

Un chroniqueur québécois a abordé le sujet maladroitement en laissant sous-entendre, volontairement ou non, que le Titan d’Acadie-Bathurst accordait plus d’importance à ses revenus aux guichets qu’à la sécurité des joueurs.

Ce n’est bien sûr pas le cas. Néanmoins, la Ligue de hockey junior majeur du Québec devrait profiter des événements récents pour réfléchir à des manières de limiter le nombre de kilomètres effectués par les jeunes dont elle a la responsabilité, en particulier pendant les séries éliminatoires.

Tristement, il semble que nous avons besoin d’une catastrophe comme celle survenue en Saskatchewan pour changer nos mentalités.

Nous l’avons découvert à la dure après l’accident de Bathurst en 2008, qui a fait huit victimes. Le drame a provoqué une prise de conscience sur la sécurité des jeunes athlètes au Nouveau-Brunswick.

Dix ans plus tard, bien moins de choses sont laissées au hasard. Les écoliers ne voyagent plus en minifourgonnette. Il y a une plus grande flexibilité au niveau des horaires. Des équipes ne se gênent plus pour annuler leur présence à un tournoi plutôt que de s’aventurer dans la neige.

Il est encore trop tôt pour savoir ce que nous retiendrons de l’accident des Broncos de Humboldt. Souhaitons qu’après le choc, le deuil et la tristesse, nous réussirons là aussi à tirer des leçons qui serviront à nos équipes habituées de la route, tant dans ce fameux carrefour saskatchewanais que partout ailleurs au pays, jusqu’ici en Acadie.