Une porte de sortie

Le ministre de la Santé, Benoît Bourque, a causé une certaine surprise en confiant à l’Acadie Nouvelle qu’il n’écartait plus la possibilité d’abandonner le projet de privatisation des services non médicaux dans les hôpitaux. Les critiques et les réserves exprimées sur ce projet ont porté.

Le prédécesseur de Benoît Bourque au ministère de la Santé, Victor Boudreau, avait annoncé son intention d’accorder pendant 10 ans la gestion de l’entretien ménager, des services alimentaires et du transport des patients dans les hôpitaux à la multinationale française Sodexo.

Notons que nous parlons ici uniquement de la gérance du service. Les personnes qui travaillent dans ces services continueraient d’être des employés du gouvernement. Même paie, même pension, mêmes bénéfices, avait résumé le ministre l’été dernier.

Le projet a immédiatement été la cible de critiques des syndicats hospitaliers, mais aussi du Réseau de santé Vitalité. Celui-ci a fait une contreproposition qui permettrait à la province de générer des économies additionnelles de presque 3,5 millions $ sur 10 ans par rapport au contrat proposé avec Sodexo.

Cela n’avait pas eu l’heur d’émouvoir le ministre Boudreau, qui a toujours été inflexible quant à ses intentions dans ce dossier. En septembre 2017, il a toutefois été éjecté du conseil des ministres après avoir confirmé au premier ministre son intention de ne pas être candidat aux prochaines élections.

Après une courte période de réflexion, son successeur Benoît Bourque a annoncé qu’il gardait le cap. Tant le transfert à Medavie de la gestion du Programme extra-mural et de Télé-Soins que celui des services non médicaux à Sodexo iront de l’avant, avait-il alors expliqué.

En octobre de la même année, nous avons eu l’occasion de discuter avec le ministre Bourque au cours d’une rencontre éditoriale. Il avait alors exprimé ses doutes face à la capacité du réseau Vitalité de réaliser les économies promises. Si la direction du réseau est réellement en mesure d’économiser des millions de dollars, pourquoi ne l’a-t-elle pas déjà fait, nous avait déclaré en substance le nouveau ministre.

Bref, rien ne laissait croire à un possible recul. Nous en sommes pourtant là. Que s’est-il produit?

La réponse se trouve peut-être dans la différence dans la manière dont les ententes avec Medavie et Sodexo ont été vantées à la population.

Dès le départ, le gouvernement Gallant a insisté sur le fait que l’entente avec Medavie n’a pas été conclue dans l’objectif de dégager des économies. Au contraire, celle-ci coûte plus cher au gouvernement que le statu quo.

L’objectif est d’améliorer le service. Le contrat prévoit que Medavie, qui gère déjà Ambulance NB, bonifiera l’efficacité et l’accès aux programmes dont elle a dorénavant la gestion, diminuera la pression sur les urgences des hôpitaux de la province et réduira l’attente entre la prise de contact initiale et la première visite chez un nouveau patient du Programme extra-mural.

L’entente (non signée) avec Sodexo n’est pas du même acabit. Dès le départ, l’idée a toujours été de d’économiser des sous. Fredericton n’a jamais tenté de nous faire croire que les hôpitaux seront plus propres ou que la nourriture aura meilleur goût une fois la gestion de ces services remise entre les mains de la multinationale.

En fait, c’est plutôt le contraire. La nourriture d’hôpital n’a jamais eu bonne réputation (à tort ou à raison). Mais personne ne croit que les plats préparés et congelés de Sodexo seront de meilleure qualité que ceux cuisinés dans la cafétéria d’un établissement hospitalier.

Un rapport publié en mai 2017 avait d’ailleurs critiqué la qualité des repas de Sodexo. La chercheuse DeeAnne Oldham en était venue à la conclusion que la nourriture en question est «beaucoup transformée», en plus de contenir de fort taux de glucides, de lipides, de sodium et d’additifs.

Mme Oldham ajoutait que ce type d’alimentation provoque un inconfort digestif et favorise l’obésité, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires.

Des voix s’étaient aussi élevées afin de rappeler que ce que mangent les patients pendant leur séjour à l’hôpital est un facteur important de leur guérison.

Benoît Bourque a pris la bonne décision en formant un groupe de travail composé de représentants du ministère, des deux régies de la santé et des syndicats pour étudier non seulement l’offre de Sodexo mais aussi pour évaluer d’autres options.

Cela donnera un vernis de légitimité au ministre si le comité recommande la signature d’un contrat avec Sodexo, mais aussi une porte de sortie au ministre si la recommandation est de faire confiance au Réseau de santé Vitalité.

Quant à la position éditoriale de l’Acadie Nouvelle sur ce sujet, elle n’a pas changé depuis le début de ce processus. Nous croyons que Vitalité a fait la démonstration qu’il est capable d’offrir un service au moins aussi bon que Sodexo et à meilleur prix.

Nous ne voyons pas pourquoi il serait utile de faire confiance au secteur privé dans ces circonstances.