Le vrai Blaine Higgs

Le mémoire déposé par Blaine Higgs en 1985 nous montre à quel point il a été en colère contre les francophones et leurs droits acquis de haute lutte, il jette un peu de lumière sur certaines déclarations et décisions récentes et nous pousse à nous interroger sur les intentions de celui qui souhaite devenir premier ministre.

Le mémoire intitulé «Canadiens ou Français, que serons-nous?» est sidérant tant il contient d’énormités. Parmi celles-ci:

– Blaine Higgs réclame le démantèlement du bilinguisme au nom de l’unité nationale.

– Il exige un référendum afin de faire de l’anglais la langue officielle du Nouveau-Brunswick.

– Il souhaite que les francophones unilingues suivent des cours d’anglais afin de pouvoir communiquer avec les agences gouvernementales.

– Il nie que des Néo-Brunswickois souffrent parce qu’ils ne peuvent pas obtenir de service dans leur langue maternelle.

Et nous vous faisons grâce des paragraphes du document où il règle ses comptes avec le Québec et le French Power, où il craint qu’en cas d’attaque d’une puissance étrangère, nos troupes se retrouvent «au front en train de se chamailler sur la langue dans laquelle les ordres devraient être donnés» et où il critique un règlement monétaire offert aux Canadiens d’origine japonaise «pour des torts supposés» survenus après les deux conflits mondiaux.

M. Higgs a été loin. Très loin.

Ce discours, précisons-le, a été livré il y a plus de 30 ans. Blaine Higgs était un simple citoyen, à des années-lumière de devenir le chef progressiste-conservateur que nous connaissons aujourd’hui.

La grande question maintenant: ce document disqualifie-t-il Blaine Higgs à titre de candidat au poste de premier ministre du Nouveau-Brunswick?

Afin d’obtenir un début de réponse, il faut regarder dans le passé. Il est arrivé que des députés progressistes-conservateurs fassent des envolées contre les Acadiens. Dans la plupart des cas, le chef est intervenu rapidement, a forcé le récalcitrant à revenir sur ses paroles et a tourné la page.

En 2011, les députés du PC Glen Tait, de Saint-Jean-Est, et Sherry Wilson, de Petitcodiac, ont affirmé que les francophones ne devraient pas avoir droit à des systèmes d’éducation et de santé dans leur langue, puisque cela coûte trop cher à leurs yeux. Le chef David Alward a rencontré les deux députés en privé, les a forcés à s’excuser et a émis une déclaration sur son appui au bilinguisme et à la dualité en éducation.

En 2004, le ministre Tony Huntjens avait été cité dans un livre en train de s’opposer à la dualité en éducation. Le premier ministre Bernard Lord avait réprimandé son ministre et confirmé que son gouvernement n’endossait pas cette position.

Le cas de Blaine Higgs est différent, dans le sens qu’il n’a pas de supérieur pour le réprimander. Il est le chef! À sa défense, il ne s’est pas défilé. Il reconnaît s’être senti menacé à l’époque en tant que jeune unilingue anglophone originaire d’un milieu rural. Celui qui a récemment livré un discours uniquement en français à Shippagan affirme désormais que le Nouveau-Brunswick est une meilleure province en raison du bilinguisme.

Dossier réglé, du moins si on se fie à la jurisprudence politique néo-brunswickoise.

Néanmoins, en tant que chef, M. Higgs a pris des décisions qui soulèvent des doutes. Il a brièvement nommé en 2017 son député le plus ouvertement opposé aux droits des francophones, Jake Stewart, à titre de critique… de l’éducation! Il a laissé son parti menacer de destitution la commissaire aux langues officielles. Il s’est prononcé à plusieurs reprises en faveur des autobus scolaires «bilingues».

Personne ne pense que les positions de M. Higgs sont aussi extrêmes qu’il y a 30 ans. Mais en tant que prétendant au poste de premier ministre, il a la responsabilité d’être garant de nos droits linguistiques. Pas seulement de les accepter, mais aussi de les promouvoir et de les défendre.

Le premier ministre Blaine Higgs nommerait-il Jake Stewart ministre? Fusion­nerait-il les deux régies de la santé francophone et anglophone? Forcerait-il l’ancien aspirant à la direction du PC Mike Allen, à supposer qu’il devienne candidat aux prochaines élections, à revenir sur sa vision du «bon sens» avant le bilinguisme officiel?

Ces questions sont d’autant plus importantes que le Parti progressiste-conservateur ne comptera bientôt aucun député francophone d’expérience ou influent capable de tenir tête aux éléments les moins tolérants de la formation.

Nous devons savoir qui est le vrai Blaine Higgs. Qu’il le veuille ou non, il est condamné à prouver qu’il comprend la réalité linguistique au N.-B., le concept de l’égalité des deux communautés et le droit à des services de qualité égale. Faire acte de contrition et démontrer qu’il est en faveur du bilinguisme n’est pas suffisant. Il devra aussi faire la preuve d’ici les élections qu’il s’assurera que les politiques de son parti et ses députés suivent cette ligne de conduite.