Entre libéraux

Des militants libéraux de partout au Canada se sont réunis à Halifax en fin de semaine. Un congrès qui nous a permis de découvrir que les relations sont au beau fixe entre le fédéral et les gouvernements provinciaux de la région, mais aussi que la bataille pour les 32 sièges fédéraux en Atlantique est loin d’être gagnée d’avance.

Il n’y a pas beaucoup de controverses au niveau des relations fédéral-provincial en Atlantique. Il faut dire que les gouvernements de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick sont tous libéraux.

Ces premiers ministres jouissent de bonnes relations avec le gouvernement de Justin Trudeau. Ils n’ont rien à gagner à se disputer avec Ottawa. Le fédéral a été généreux côté infrastructures depuis deux ans et les communications sont au beau fixe.

Rien à voir avec les relations parfois orageuses à l’époque de Stephen Harper.

Les quatre premiers ministres de l’Atlantique ont participé à une table ronde portant sur le Canada atlantique, samedi, dans le cadre du congrès libéral fédéral. Stephen McNeil, de la Nouvelle-Écosse, ne s’est d’ailleurs pas gêné avec un tonitruant appel au profit de Justin Trudeau: «Donnons-lui un nouveau gouvernement majoritaire!»

Nous sommes loin des années du conservateur terre-neuvien Danny Williams, pour qui un combat contre les fédéraux n’attendait pas l’autre…

Quant aux militants, ils ont adopté une quinzaine de résolutions. La plupart d’entre elles étaient résolument de gauche. Ils ont appuyé la décriminalisation de toutes les drogues, la légalisation de la prostitution, l’implantation d’un régime pancanadien d’assurance médicament, la lutte contre les paradis fiscaux et même l’instauration d’un revenu minimum garanti.

Rien n’oblige le Parti libéral à retenir ces résolutions dans sa plateforme électorale. Les idées des militants sont considérées comme n’étant que des suggestions, rien de plus.

Ceux-ci sont d’ailleurs plus à gauche que l’est le gouvernement. Il y avait des moments où nous avions l’impression que c’était le NPD qui tenait son congrès. Son chef Jagmeet Singh ne serait pas senti dépaysé…

En ce sens, cela prouve que les libéraux fédéraux sont sur la même longueur d’onde que ceux du Nouveau-Brunswick. Ceux-ci viennent de tenir leur congrès biennal à Bathurst. Et là aussi, les militants ont tenté de pousser leur parti plus à gauche. Les deux groupes sont dans la même mouvance.

La décision de tenir le congrès fédéral à Halifax est aussi très significative.

Le Parti libéral du Canada a toujours, historiquement, réussi de bonnes performances en Atlantique. Il se retrouve toutefois dans une position particulière.

Lors des dernières élections fédérales, en 2015, les libéraux ont remporté les 32 circonscriptions que compte notre coin de pays. Il s’agit là d’un accident de parcours, une sorte de tempête parfaite qui a vu le jour en raison de l’usure du pouvoir qui affligeait le gouvernement Harper ainsi qu’à la popularité personnelle de Justin Trudeau, qui s’est transformée en Trudeaumanie.

Or, les libéraux sont condamnés à perdre du terrain. Ils ne feront pas élire 32 députés dans la région à chaque élection.

Halifax, en particulier, est depuis longtemps un endroit fertile pour les néo-démocrates. En invitant plus de 2500 délégués libéraux dans la capitale néo-écossaise et en laissant ceux-ci voter pour un chapelet de résolutions progressistes, le parti tente d’empêcher un retour en force du NPD.

La majorité libérale au Canada est plus fragile qu’elle ne le paraît. Les rouges éprouvent des difficultés dans plusieurs régions du pays. Ils ne peuvent pas se permettre de perdre trop de sièges en Atlantique.

Ils surveilleront de près ce qui va survenir au Nouveau-Brunswick dans les prochains mois. Le premier ministre Brian Gallant est un proche allié de Justin Trudeau. Or, sa réélection est loin d’être assurée.

Si Brian Gallant tombe et que le progressiste-conservateur Blaine Higgs prend le pouvoir, cela pourrait être interprété comme un signal que les électeurs néo-brunswickois sont prêts à larguer aussi les libéraux de Justin Trudeau.

Les dix circonscriptions fédérales de notre province sont représentées par des députés libéraux. Mais de 2011 à 2015, il y avait plutôt huit députés conservateurs, contre un néo-démocrate (Yvon Godin) et un libéral (Dominic LeBlanc).

Bref, les rouges n’ont pas intérêt à laisser des irritants comme celui du trou noir et de l’assurance-emploi traîner jusqu’aux élections provinciales de septembre.

Le vent peut tourner très rapidement. La garde rapprochée du premier ministre Trudeau en est sûrement consciente. Il en est de même pour les militants, tant sur la scène provinciale que fédérale.