Les ristournes disparues

Le regroupement des Caisses populaires acadiennes sous l’appellation d’UNI Coopération financière est un grand succès. Tous les engagements ont été remplis. Tous? Une exception continue de confirmer la règle.

UNI Coopération financière a dévoilé ses états financiers à la fin avril. Les chiffres sont encourageants. L’institution acadienne a beau faire face à une concurrence toujours plus grande et diversifiée, elle continue de tirer son épingle du jeu.

L’institution financière est en croissance. Un nombre est particulièrement spectaculaire: 4 milliards $ d’actifs. Il s’agit d’une hausse de 4% par rapport à 2016.

Au sein du mouvement coopératif, l’atteinte de ce plateau frappe l’imaginaire, au point où le grand patron n’a pas hésité à parler d’un «jalon historique».

En tout respect pour ce que cela signifie en terme de travail et de réussites, c’est toutefois un autre chiffre qui résonne le plus fort auprès des membres: zéro. Comme dans zéro ristourne.

En effet, UNI a beau avoir réalisé encore une fois cette année d’importants surplus, elle a choisi de ne pas les partager avec ses membres. Du moins, pas sous cette forme.

L’organisation a tout de même rappelé avec justesse que de l’argent a été retourné à la communauté sous d’autres formes, notamment des dons, des commandites, des bourses d’études et ce qu’elle qualifie de «tarification plus avantageuse» pour ses membres.

Cette dernière initiative a coûté près de 15 millions $, selon UNI. Ce n’est pas rien.

Néanmoins, l’obstination de la nouvelle direction à ne pas offrir de ristourne à ses membres surprend, surtout quand on sait qu’il s’agissait là de l’un des arguments de vente qui ont permis de convaincre ceux-ci d’adopter la caisse unique.

Il faut rappeler que dans les dernières années, de moins en moins de caisses populaires avaient les moyens d’offrir une ristourne à leurs clients. Seulement quatre caisses en avaient versé en 2014, puis une seule en 2015.

Dès 2013, le PDG et initiateur du grand projet de regrouper toutes les caisses en une seule entité, Camille Thériault, se montrait convaincant et convaincu.

Il affirmait à qui voulait l’entendre que le regroupement collectif, les économies qui en découleraient et les nouveaux revenus qui seraient générés permettraient de partager la richesse.

Les ristournes ne seraient plus limitées à un groupe de privilégiés dans une région (le Nord-Est) mais seraient plutôt offertes à tous.

Remarquez, M. Thériault faisait preuve aussi de lucidité. Dans une lettre ouverte publiée en octobre 2010 – bien avant que l’on parle de caisse unique -, il déclarait que la fidélité des membres ne se gagnait pas seulement à coup de ristournes. «Les gens veulent des services, de l’expertise et des taux avantageux», insistait-il.

Son successeur Robert Moreau a fait le même constat. Il suit cette ligne de conduite et ne s’en cache pas. Il fait aussi preuve d’une grande prudence, une décision louable compte tenu des grands bouleversements vécus par UNI Coopération financière dans les deux dernières années.

Ainsi, personne n’est resté surpris quand aucune ristourne n’a été offerte aux membres en 2017 malgré une hausse des trop-perçus. Non seulement les caisses populaires venaient de se regrouper, mais elles venaient aussi de passer d’un cadre réglementaire provincial au cadre fédéral.

Une transformation majeure.

UNI pataugeait en quelque sorte dans l’inconnu. Robert Moreau avait d’ailleurs partagé sa satisfaction de voir l’organisation qu’il dirige dégager des résultats financiers enviables malgré tous les chambardements.

Un an plus tard, les ristournes ne sont toujours pas de retour et les explications sont moins convaincantes. L’entreprise a beau se targuer d’une «croissance record» et rapporter une hausse importante de ses actifs, elle continue de faire preuve de prudence. Même le bond considérable de ses excédents (de 15,1 millions $ en 2016 à 21,5 millions $ l’année dernière) n’a pas convaincu le conseil d’administration de lâcher du lousse.

On nous rappelle qu’UNI doit s’assurer de maintenir suffisamment de liquidités, de respecter des ratios de capital, de mettre de l’argent de côté pour préparer des changements technologiques et faire face à de nouvelles exigences réglementaires.

Tout cela est vrai cette année et le sera aussi dans cinq ou dix ans. Bref, il est à se demander si les ristournes ne sont pas condamnées à disparaître à jamais.

La direction ne nie d’ailleurs pas qu’elle pourrait complètement abandonner la possibilité de les offrir. «Il n’y a pas de positionnement officiel de l’organisation dans un sens comme dans l’autre», nous dit-on.

UNI Coopération financière avait pourtant laissé entendre, dans ses efforts de promotion de la caisse unique, qu’elle partagerait une partie de ses surplus de cette manière.

La santé de ce fleuron financier s’est grandement améliorée en raison du regroupement collectif. Il est temps pour les membres de savoir si cette partie du contrat sera un jour respectée.