Des remaniements pour sauver les meubles

À quatre mois des élections, le premier ministre Brian Gallant nous offre ce qui sera le dernier remaniement ministériel de son mandat. Nous avons une bonne idée qui seront les piliers sur lesquels il misera dans sa quête pour défaire les progressistes-conservateurs de Blaine Higgs.

La nomination d’un député au sein du conseil des ministres est un moment important dans une région. Nous en avons une nouvelle fois été témoins dimanche, quand Wilfred Roussel a été assermenté à l’édifice municipal de Le Goulet, là où il a siégé en tant que maire de 2012 à 2014.

Plus d’une centaine de personnes ont assisté à la cérémonie. Des libéraux, des partisans de la première heure de M. Roussel, mais aussi de simples citoyens curieux ou heureux de féliciter leur nouveau ministre.

Wilfred Roussel avait causé une certaine surprise en l’emportant dans Shippagan-Lamèque-Miscou aux dépens du vice-premier ministre Paul Robichaud.

Il a toutefois su éviter les pièges et les controverses durant son mandat. On l’a vu appuyer les travailleurs saisonniers victimes du trou noir ainsi que travailler en collaboration avec le comité de sauvegarde de l’île Miscou, qui craint les coupes à blanc, l’épandage de pesticides et le développement sauvage de bleuetières.

Il a été au front pour des dossiers importants dans sa région, telle la rénovation du pont reliant l’île Lamèque à Shippagan ainsi que l’absence d’une déneigeuse à Miscou. On l’a vu aussi s’intéresser aux changements climatiques, lui qui a fait partie d’un comité spécial de l’Assemblée législative à ce sujet.

Bref, il devrait être un ministre de l’Agriculture, des Mines et des Affaires rurales compétent.

Néanmoins, il faut bien le dire, ce n’est pas le bilan de Wilfred Roussel qui le mène au Cabinet aujourd’hui, mais plutôt les circonstances. Avec la retraite du député de Caraquet Hédard Albert et le départ du ministre Serge Rousselle (Tracadie), le gouvernement avait un urgent besoin de sang neuf dans la région.

C’est sans oublier que les conservateurs croient pouvoir reprendre Shippagan-Lamèque-Miscou avec leur candidat à l’investiture Robert Gauvin. En nommant Wilfred Roussel ministre, Brian Gallant tente de barrer la route à M. Gauvin, qui peut lui aussi rêver d’un ministère advenant son élection et l’accession de son parti au pouvoir.

Cela dit, promouvoir un député au Saint des saints n’est pas un gage de réélection, surtout quand cela se produit aussi près de l’échéance électorale. Les électeurs ne sont pas dupes et savent deviner quand une nomination est surtout électoraliste.

Un tel scénario s’était écrit dans cette circonscription en 1998, quand Jean-Camille DeGrâce avait été nommé ministre d’État sans portefeuille. Cela ne l’avait pas empêché de subir une lourde défaite un an plus tard. À sa décharge, seuls dix libéraux avaient survécu au raz-de-marée progressiste-conservateur.

Les électeurs ont quatre mois pour se forger une opinion sur leur nouveau ministre. C’est bien peu, surtout en période estivale.

Brian Gallant a pris une autre décision digne de mention en transférant le titre de «ministre responsable du Nord» à Francine Landry (Madawaska-les-Lacs-Edmundston).

Elle aussi se retrouve à ce poste en raison de circonstances particulières.

Après un passage difficile à l’Éducation postsecondaire, Mme Landry a été transférée au Développement économique, un ministère qui est devenu une sorte de coquille vide depuis que ses responsabilités ont été transférées à Opportunités NB.

Or, les deux principaux lieutenants francophones dans le nord de la province, Donald Arseneault et Serge Rousselle, ne seront pas candidats. Par ailleurs, la retraite politique de la progressiste-conservatrice Madeleine Dubé (Edmundston-Madawaska-Centre) ouvre la porte à une possibilité de gain des libéraux.

Le titre de ministre du Nord aurait très bien pu échoir à un ministre comme Brian Kenny ou Denis Landry. Mais un peu comme celle de Wilfred Roussel, la nomination de Francine Landry a l’avantage de répondre à un impératif électoral.

Avec cette nouvelle équipe, Brian Gallant cherche avant tout à sauver les meubles.

Son gouvernement a été fragilisé par des départs, certains controversés (Chris Collins, Donald Arseneault), d’autres moins (Victor Boudreau, Serge Rousselle, Ed Doherty).

C’est beaucoup d’expérience disparue d’un coup. Cela met les libéraux dans une position difficile sans que les conservateurs n’aient eu à lever le moindre petit doigt.

Dans la dernière année, des députés d’arrière-ban tels Benoît Bourque, Gilles LePage, Andrew Harvey et maintenant Wilfred Roussel ont accédé au cabinet après le départ de ministres bien connus.

Depuis son arrivée au pouvoir, Brian Gallant n’a jamais craint de brasser les cartes.   Des députés en qui il avait moins confiance en 2014 occupent désormais des rôles importants. Reste à voir s’il a la main gagnante.