Un nouvel examen, ça presse!

Ne tournons pas autour du pot. La façon dont ont été traités les finissants francophones en science infirmière au Nouveau-Brunswick dans les trois dernières années est honteuse. Et pas mal de monde est responsable.

Pour devenir infirmière, il ne suffit pas d’avoir en poche un diplôme décerné par un établissement universitaire connu. Vous devez aussi réussir un examen en ligne d’admission à la profession.

Celui-ci est offert depuis 2015 par une entreprise américaine basée à Chicago. Il a remplacé un test d’admission qui était en vigueur depuis près de deux décennies.

Le nouvel examen est discriminatoire à l’égard des francophones. Non seulement la qualité de la traduction laisse à désirer, mais les manuels, les logiciels et une banque de milliers de questions (servant à préparer le test) sont disponibles en anglais seulement. Des ressources en français existent, mais elles ne sont pas de qualité comparable.

L’Acadie Nouvelle s’est intéressée au dossier dès 2015, après avoir appris que le taux de réussite au nouvel examen d’immatriculation était désastreux chez les diplômés de l’Université de Moncton.

Les chiffres n’avaient pas ébranlé l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick, qui avait vanté le fait que l’examen était traduit par des experts dans un français canadien.

Elle avait invité les étudiants lésés à se plaindre auprès du fournisseur de l’examen à Chicago et avait nié tout problème. «L’examen est juste pour nos diplômés. Est-ce que le programme (de science infirmière) est trop faible ou est-ce que l’étudiant ne s’est pas assez préparé? Il y a trop de variables», avait tranché la directrice générale de l’association à l’époque, Roxanne Tarjan.

Trois ans plus tard, l’incurie de l’association a fini par la rattraper.

La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick a confirmé, après enquête, que les droits linguistiques des futures infirmières sont bafoués.

Galvanisés par le rapport, l’Université de Moncton et le Réseau de santé Vitalité, qu’on avait peu entendu sur le sujet, ont exigé des changements. La Société de l’Acadie du N.-B. et la Fédération des étudiantes et des étudiants du campus universitaire de Moncton privilégient la voie des tribunaux.

Quant à l’Association des infirmières, elle a fait preuve de mépris à l’endroit des étudiants, en refusant de commenter le rapport et en affirmant devoir d’abord consulter un avocat.

Nous avons des suggestions à lui offrir en prévision du jour où elle sortira de son mutisme.

Elle doit offrir des excuses immédiates aux finissants qui voient leur avenir professionnel s’écrouler en raison de l’insouciance de gens censés protéger leurs droits.

Elle doit promettre de consulter les diplômés ainsi que l’Université de Moncton afin d’identifier les principaux problèmes et de mettre en place des solutions sérieuses et crédibles.

Elle doit annoncer que les étudiants francophones n’auront plus à subir l’examen américain et qu’ils pourront plutôt passer l’ancien, en attendant que l’imbroglio soit réglé. Nous invitons tout ce beau monde à jeter un oeil à ce qui se passe au Québec, où un autre test est en vigueur. Eh oui! Évaluer en français les compétences d’un travailleur de la santé ne demande pas la quadrature du cercle. C’est possible.

Un mot aussi à propos du ministre Brian Kenny, qui s’est vu confier le dossier des langues officielles l’année dernière. Interviewé à propos de la controverse, il n’a rien trouvé de plus pertinent à dire qu’il n’avait pas eu le temps de lire le rapport de la commissaire.

Le problème, répétons-le, existe depuis trois longues années. Au lieu d’ignorer les notes de breffage préparées par ses fonctionnaires, le ministre Kenny doit mettre au pas l’Association des infirmières et infirmiers du N.-B. Il doit être clair qu’il n’acceptera pas que celle-ci se défile encore une fois de ses obligations.

Même chose pour l’Université de Moncton et le Réseau de santé Vitalité, qui doivent enfin faire comprendre aux décideurs qu’ils ne toléreront plus ce fiasco. Le temps n’est pas à la timidité.

Pendant que tout le monde tergiverse, de jeunes adultes qui ont une formation, qui ont réussi leurs stages dans nos hôpitaux et qui ont mérité la confiance de leur employeur doivent vivre avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête.

Il n’est pas normal que 39% des finissantes en sciences infirmières de l’Université de Moncton aient réussi l’examen au premier essai en 2016, contre 71% à l’Université du N.-B.

Un problème qui n’est pas unique au Nouveau-Brunswick. Le taux de réussite à la première tentative dudit examen en français au Canada a été de 26,9% en 2015, 35,2% en 2016 et 29,7% en 2017.

La farce a assez duré. Il faut un nouvel examen adapté à la réalité linguistique de la province, avec des ressources équitables pour tous. Pas question d’attendre trois autres années pour que cela se fasse.